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Jean-Baptiste Québécois, l’acctionnaire

Jean-Baptiste Québécois, l’acctionnaire

Jean-Baptiste Québécois, l’actionnaire

Michaël Constantin, les Diplômés, n° 356, hiver 1987

En 1980, à peine 3% des Québécois détenaient des actions. Quatre fois moins que la moyenne canadienne. L’an prochain, nous allons dépasser cette moyenne.

Le marché de l’investissement est en voie de devenir une véritable industrie au Québec. Une étude effectuée par la Commission des valeurs mobilières du Québec estime la valeur totale du portefeuille d’actions des Québécois à 10 milliards de dollars. Et la clientèle tend à se diversifier de plus en plus. « Il y a cinq ans, c’étaient les gens de 35 ans et plus gagnant des revenus moyens supérieurs qui investissaient -, indique Normand Balthazard, vice-président de la firme de courtage en valeurs mobilières Deragon Langlois Ltée. Aujourd’hui, les jeunes et les personnes plus âgées ont décidé de passer du statut de simple épargnant à celui d’investisseur.

L’influence du Réa

Depuis l’instauration du Régime d’épargne-actions il y a quelques années, une foule d’entreprises ont pu profiter des avantages du marché boursier, particulièrement les petites et moyennes entreprises. En s’ouvrant sur le marché public, ces compagnies ont pu disposer de sommes substantielles que seules les banques pouvaient jusqu’alors mettre à leur disposition.

L’épargnant, devenant investisseur, profite à la fois du rendement des actions achetées et des déductions d’impôt liées au Régime d’épargne-actions. La Loi sur l’impôt prévoit en effet que certaines émissions d’actions peuvent donner à leur détenteur une déduction variant de 50% à 100% de leur coût d’acquisition. Voilà qui réduit le risque de l’investissement ! Toutefois, l’acquisition des actions Réa est limitée à 20% du salaire brut jusqu’à concurrence de 12 000$, moins les contributions versées à un Régime enregistré d’épargne-retraite ou à un Régime enregistré de pension.

Les actions Réa doivent être conservées durant au moins deux ans pour que le contribuable puisse bénéficier des déductions d’impôt. Il pourra les revendre après quelques mois, s’il réalise un gain en capital important par exemple. Mais pour profiter des déductions, il devra immédiatement racheter d’autres actions Réa pour le même montant de déduction. Quant aux actions non Réa, ou ordinaires, elles peuvent être revendues à n’importe quel moment, sans contrainte.

Soulignons que la notion de Réa n’a rien à voir comme tel dans l’émission des actions mais doit être vue de l’angle de l’investisseur.

En d’autres termes, les actions Réa et les actions ordinaires sont exactement les mêmes. C’est à l’investisseur de choisir ce qu’il veut en faire au moment de l’achat.

Tout indique qu’en 1986, pour quelque deux milliards de dollars d’actions admissibles au Réa seront émises au Québec.

Des entreprises de toutes sortes auront donc passé de société fermée à société ouverte avec nombre illimité d’actionnaires. D’où l’importance pour l’investisseur d’être vigilant et de bien se renseigner pour savoir dans quels paniers mettre ses oeufs.
Soulignons à cet effet que les petites entreprises ne sont pas nécessairement plus risquées que les autres. «  Il existe des jeunes entreprises qui peuvent, dans un laps de temps relativement court, avoir des bases financières très solides qu’une compagnie plus âgée n’aura pas réussi à bâtir. Tout dépend des facteurs d’activités, des immobilisations et du fonds de roulement requis » affirme Lucien Perron, avocat pour la firme DeGrandpré, Godin, Paquette, Lasnier & Alary.

Le mécanisme d’émission

Le processus qui mène une compagnie à émettre des actions est relativement complexe. Lorsqu’une entreprise veut se lancer sur le marché public, elle doit contacter un courtier et lui faire part de sa situation financière. « Il faut suivre les règles de la Commission des valeurs mobilières et rédiger un prospectus qui doit représenter full, true and plain disclosure de tout le portait de la compagnie, tant au niveau des finances, de l’historique que de ses activités », explique M. Perron.

De plus, les statuts constitutifs de la compagnie doivent être modifiés pour faire en sorte d’enlever les restrictions rattachées à une compagnie fermée.

Suite à cette démarche, un prospectus provisoire sera émis et passé au peigne fin par la Commission des valeurs mobilières.

Mais ce prospectus servira aussi au courtier, qui pourra tâter le terrain, vérifier l’intérêt que l’émission suscite dans le public. Ensuite arrive l’étape du prospectus final, où apparaissent la date d’émission, le nombre d’actions et leur prix. La Commission effectue une dernière vérification et émet un visa qui permet à l’émetteur de mettre en vente ses actions.

Notons que l’acheteur ne paie pas de commission au courtier lors d’une émission sur le marché primaire (ou, si vous préférez, lors d’une première émission).

C’est la compagnie émettrice qui remettra une somme variant de 6,5% à 87o au courtier. Au lendemain de la clôture de la vente des actions, ces dernières passent de facto au marché secondaire et, pour toute transaction, l’investisseur devra payer une commission à son courtier, commission qui variera de 1% à 3%, selon une échelle sophistiquée.

Qui investit ?

En principe, n’importe qui disposant de quelques économies à la banque peut accéder, via son courtier, au parquet de la Bourse.
D’ailleurs, un sondage réalisé au début de l’année pour le compte de la Commission des valeurs mobilières indique que pour 40% des porteurs, la valeur du portefeuille d’actions est inférieure à 5 000$. Le tiers des portefeuilles québécois varient de 5 000$ à 25 000$, la moyenne s’élevant à 21 000$.

Ce même sondage montre que le bloc d’investisseurs le plus important (45%) est encore composé de personnes âgées de 35 à 54 ans. Par contre, les 25-34 ans et les 55 ans et plus représentent chacun 25%-des investisseurs. Les 18-24 ans se partagent le reste.

Ces données s’expliquent en partie par le fait que près de 90% des porteurs d’actions ont un revenu dépassant 30 000$.

Mais le tableau devrait se modifier graduellement au cours des années qui viennent. On nous apprend en effet dans ce sondage que les nouveaux porteurs d’actions (depuis moins d’un an) sont en moyenne plus jeunes et sont proportionnellement plus nombreux dans les tranches de revenu inférieures. -Les jeunes ont commencé à croire qu’il y a autre chose que le bas de laine et les obligations d’épargne et que les actions des compagnies québécoises ne sont pas si risquées et offrent un bon potentiel de gain et de rendement» affirme Normand Balthazard.

Il semble que la voie privilégiée pour accéder au marché soit le Réa. Près de 50% des porteurs d’actions se sont intéressé au marché depuis moins de quatre ans, ce qui correspond à la période d’essor du Régime d’épargne actions, souligne le sondage de la Commission.

La diversification du portefeuille

Quiconque se met à «jouer à la Bourse » espère bien entendu un rendement supérieur à celui des certificats d’épargne ou des obligations, qui tourne actuellement autour de 8 % ou 9%, il s’agit des placements les plus sécuritaires, mais qui ne comportent pas de potentiel de croissance.

Mais à quel rendement un investisseur doit-il s’attendre ? «Tout dépend de la diversification et des objectifs du portefeuille », répond M. Balthazard.

Pour établir un portefeuille d’actions, le courtier en valeurs mobilières doit savoir exactement ce que l’investisseur veut. En se tournant vers les blue chips, autrement dit les titres les plus connus (Bell Canada, C.P., les banques…), l’investisseur aura en main des actions qui fluctueront relativement peu. Le rendement sera facilement prévisible alors qu’avec un portefeuille plus agressif, composé d’actions de jeunes firmes ou d’entreprises en plein essor, le cours peut monter beaucoup plus et beaucoup plus rapidement ; mais les chutes peuvent être tout aussi abruptes. On peut quand même affirmer sans risquer de se tromper qu’un rendement de 20% est tout à fait réalisable.

La règle d’or : la diversification du capital dans plusieurs entreprises et même la diversification au niveau des risques.

Selon M. Balthazard, un portefeuille de 10 000$ à 15 000$ permet déjà une bonne distribution. Le portefeuille peut progresser très graduellement. Avec le temps, l’investisseur, de concert avec son courtier, sera de plus en plus en mesure de juger des possibilités de rendement de ses actions.

« Le partage se fait au fil des années. Il est normal que de nouveaux clients qui sortent de l’université commencent par un Réa. Ensuite, ils ajoutent un régime de retraite et des abris fiscaux.

Plus tard, les enfants commencent à être plus grands, la maison est payée, ils sont moins serrés. Ils ont des promotions et là ils commencent à investir dans un portefeuille d’actions ordinaires», explique Normand Balthazard.

Un marché en croissance

En 1980, seulement 3%de la population québécoise investissait alors que la moyenne nationale tournait autour de 10% ou 11%, rappelle M. Balthazard. L’instauration du Régime d’épargne actions a été le moteur principal de cette croissance. «En ce moment, 11% des Québécois sont des investisseurs et on est actuellement en train de passer devant plusieurs autres provinces. Je pense qu’avec le rythme de croissance que l’on connaît, on pourrait bien dépasser, cette année ou l’année prochaine, la moyenne nationale. »

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Cité Multimédia. Photo : GrandQuebec.com

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