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Incendie de St-Hyacinthe

Incendie de St-Hyacinthe

47 morts et 5 mourants

Le sinistre bilan augment toujours

Les corps de 4 religieux et de 24 élèves se trouvent encore dans les décombres glacés – Anxiété et angoisse des parents en face d’identités impossibles à établir

Saint-Hyacinthe – Le nombre des mortalités se précise encore. À 2 heures 30, le lendemain du feu, on apprend que parmi les disparus jusqu’ici inconnus, il faut ajouter deux autres élèves qui manquent à l’appel; le bilan est donc de 47 victimes.

Ces dernières précisions nous sont communiquées par les RR. FF. Gaétan, directeur de l’académie Girouard, et Lucius, directeur du collège du Sacré-Cœur.

Le nombre de religieux morts est de cinq, qu’on a retrouvé un seul de leurs cadavres, les quatre autres restant sous les décombres. Le nombre des élèves morts est de 42. On a identifié deux des 19 cadavres retrouvés et il reste dans les ruines 24 corps d’enfants; soit un sinistre total de 47. L’identification se poursuit.

L’enquête du coroner commence à 3h 30. Vingt témoins seront entendus.

Saint-Hyacinthe. – Le désastre qui endeuille la ville de St-Hyacinthe et la province de Québec peut garder beaucoup de son mystère. Une explication de l’incendie du collège du Sacré-Cœur sera peut-être donnée au cours de l’enquête qui a lieu aujourd’hui, mais il semble qu’il faudra des mois de recherches pour établir la cause véritable.

Reste le fait brutal du nombre des victimes : 45 (le total devait finalement se situer à 47, y compris cinq religieux) actuellement. À l’hôpital Saint-Charles, on entretient des craintes au sujet de plusieurs blessés. C’est dire que d’heure en heure, la liste funèbre peut s’allonger et personne ne sait encore à quel affreux total elle s’arrêtera.

Depuis combien de temps l’incendie faisait rage? Par quoi l’expliquer? Explosion, court-circuit, combustion spontanée?

Les témoins oculaires eux-mêmes ne peuvent se prononcer. L’hypothèse d’une explosion s’appuie sur un détail suffisamment significatif.

Dans les hautes branches de tous les arbres du parc du collège, dans la cour d’honneur, l’on peut voir encore ce matin des débris de la toiture. Celle-ci s’est effondrée. Alors comment expliquer la présence de pareil débris dans les arbres?

La théorie de l’explosion prend encore quelque crédibilité du fait que le mur nord-est de l’édifice, au-dessus des fournaises, n’existe plus. Le reste de la bâtisse a résisté à la violence du feu, à la pression de la fumée et à la formidable action des gaz.

Évidemment, seuls les experts pourront apporter à ce problème. À défaut de solution, au moins une plausible explication. Ici, dans la ville, l’opinion n’est pas formée. D’aucuns se contentent de dire : c’est un grand malheur, sans en chercher l’explication.

Il y a pire encore! Selon les sapeurs qui travaillent avec acharnement au déblaiement, il faudra des semaines avant de retirer des décombres les 30 cadavres qui y sont encore ensevelis. À l’été, la chose serait facile, mais ce matin, le mercure est à 15 degrés sous zéro (-27Cº).

La glace recouvre les débris. Les victimes qui reposent au fond de l’édifice démoli sont défendues par un cercueil de neige et de glace. Cinq sapeurs, avec des précautions infinies, armés de pics, de pelles, soulèvent avec prudence des poutrelles, des amas de briques, un pan de mur, du fer tordu. Les recherches sont d’autant plus lentes que les murs menacent de s’écrouler d’un moment à l’autre.

Il faut donc procéder aux fouilles avec méthode. Le nombre des victimes est déjà assez grand sans risquer la vie des sauveteurs.

Dès cinq heures ce matin, malgré le froid sibérien, les pompiers ont repris leur triste mais nécessaire besogne.

Où sont les victimes? Dans quelle partie de l’édifice écroulé? Personne ne le sait. On travaille à l’aveuglette, en procédant toutefois aux opérations là, où, hier, on a retiré tant de cadavres, c’est-à-dire au pied de la tour centrale. Celle-ci se dresse encore à 100 pieds de hauteur, témoin tragique d’un sinistre que les mots se refusent à traduire.

(C’est arrivé le 18 janvier 1938)

incendie st hyacinthe

Cette photo, publiée dans La Patrie le 19 janvier 1938, témoigne de la violence de l’incendie et des difficultés qu’ont rencontrées les pompiers à retrouver les cadavres, incommodés qu’ils étaient par la fumée âcre et opaque qui se dégageait toujours du brasier quelques heures après le début de l’incendie.

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