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Réputation de Québec

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La réputation de Québec ternie par des émeutiers

Un parlement dévasté, des centaines de milliers de dollars de dommages et surtout la réputation de la capitale, coquette, ternie sur la scène internationale – le lendemain de veille était dur pour la ville de Québec.

Toute la journée, le centre-ville – la place du Carré d’Youville et les rues avoisinantes – fut envahi par les curieux, incrédules devant l’ampleur des dégâts causés par l’émeute. Quelques heures auparavant, environ 2000 jeunes, rassemblés pour un spectacle de la Saint-Jean, ont affronté les policiers municipaux – le deuxième accrochage sérieux en quelques semaines.

Sur la façade du parlement – point de mire du Québec touristique – plus un seul carreau n’était intact au rez-de-chaussée. En matinée, des dizaines d’ouvriers s’affairaient à ramasser le verre brisé et à placarder les plaies béantes des fenêtres. Les voyous sont même entrés dans la bibliothèque voisine du parlement et y ont mis le feu. Toutefois, seuls des documents sans grande valeur, des rapports annuels furent détruits. On sortait aussi les bancs publics qui avaient été projetés dans les verrières, tandis que dans les couloirs du parlement, on empilait les pavés qui avaient été balancés à travers les fenêtres.

Plus de 70 arrestations, dont plusieurs pour «désordre», ont été effectuées entre 1 heure et 6 heures, hier matin, indiquait le capitaine Nicol Marcotte, de la police municipale de Québec. Des comparutions pour méfaits sont prévues pour ce matin. Seulement sept prévenus sont mineurs, la plupart ont de 18 à 25 ans, et quelques-uns sont dans la trentaine.

Peu après le spectacle de Marjo, sur les Plaines d’Abraham toutes proches, les jeunes se sont rassemblés au centre-ville et ont commencé à abattre les immenses vitrines des commerces avoisinants, des tours à bureaux et de l’hôtel Québec Hilton.

En tout, environ 80 commerces ont subi des dégâts, dont une quarantaine ont été pillés, et les estimations policières des dommages (500 000$) semblaient extrêmement conservatrices. Toutes sortes de commerces furent visés – au hasard, on pilla une boutique de souvenirs «médiévaux», un sex-shop, une boutique de vêtements, la succursale de la SAQ, tout près, les vitrines étaient déjà remplacées, mais on voyait encore une caisse éventrée, les malfrats s’étaient servis, essentiellement dans les spiritueux.

Expulsés de la Place d’Youville, environ 200 apaches s’en sont pris à l’Assemblée nationale, entre 2 heures et 4 heures du matin. Les effectif de la Sûreté du Québec, qui a le mandat de protéger le parlement, arrivèrent environ une heure après les premiers accrochages, à indiqué Jean-Yves Légaré, constable à l’Assemblée nationale, et « lapidé » comme ses collègues durant l’émeute. Pas de punks ni de marginaux, mais de jeunes qui avaient l’air tout à fait normaux et beaucoup de jeunes filles, a constaté M. Légaré, qui souligne qu’on devrait repenser l’allée autour de l’Assemblée nationale – elle est fait de petits pavés dont plusieurs ont servi à fracasser les carreaux.

«À partir du moment où on veut un parlement ouvert et accessible, cela peut arriver», a dit le président de l’Assemblée nationale, Jean-Pierre Charbonneau. L’émeute d’hier était totalement imprévue, insiste-t-il. Comme «ce n'est pas une émeute qui a commencé au parlement, ce n’était pas contre une politique ou contre les élus », souligne-t-il.

La police municipale a étrenné son camion-citerne pour repousser les émeutiers. Un véhicule qu’elle avait obtenu à la suite d’une première émeute ce printemps. « C’est nettement la plus importante émeute qu’on ait connu à Québec depuis 30 ans, c’est la première fois qu’on constate une telle frénésie pour tout briser sur son passage », a souligné Normand Bergeron, le chef de la police de Québec. Une émeute mémorable – Samedi de la matraque – était survenue au passage de la reine Elizabeth à Québec. En octobre 1964, mais il n’y avait eu aucun dommage.

«Je ne pense pas qu’un tel événement touche, de façon substantielle, la saison touristique, surtout qu’il n’y a pas eu de blessé», a dit le maire de Québec, Jean-Paul L’Allier. «C’est une situation déplorable, dégradante, tout à fait contraire à ce que les gens de Québec font et veulent de leur ville», a-t-il dit.

«La population de Québec est fière de sa ville, fière d’elle-même, on risque de peinturer sur tout le monde les problèmes de un pour cent de la population » a déclaré M. L’Allier.

(Cela s’est passé le 24 juin 1996).

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