Des nouvelles pas fraîches

Le deuil à Montréal

Le deuil à Montréal

Le deuil à Montréal

La parade militaire à l'occasion des funérailles de la reine a été touchante et grandiose. Tous les régiments ont pris part à la marche funèbre

La suspension générale des affaires, samedi, 2 février 1901, eut pour effet de faire masser sur nos rues une foule de curieux, dont la plupart portaient des rubans noirs ou des médailles recouvertes de crêpe en signe de deuil pour la reine Victoria.

De bonne heure, les gens commencèrent à inonder les rues par où devaient défiler nos soldats et surtout les environs du carré Victoria où la statue de la reine attirait tous les regards.

Dans les quartiers commerciaux de la ville, des bannières à mi-mât, des portraits de la reine, tout entourée de tentures aux couleurs sombres, s'étalaient en signe de deuil national.

Jamais peut-être on n'a vu à Montréal un tel déploiement d'ornements funèbres, depuis le carré Victoria jusqu'à l'Hôtel de Ville. Aucun édifice n'apparaissait au nu, au regard: tous portaient les marques de la tristesse générale. Samedi, avec les magasins fermés et les citoyens en deuil, l'effet de ses décorations était saisissant. Les résidences privées, les collèges, les entrepôts, les manufactures et les magasins rivalisaient pour honorer la souveraine à qui trois générations de sujets ont obéi.

Il était tout naturel alors que nos rues fussent bondées tout le jour, de gens que la curiosité y amenait où de citoyens qui revenaient de l'église. Vu le mauvais état des trottoirs, les tramways furent largement encouragés. La foule était innombrable, surtout au moment où les cloches annoncèrent le service religieux aux diverses églises; mais tout l'après-midi Montréal offrit l'aspect d'un dimanche d'hiver.

La statue de la reine

La statue de la reine, sur le carré Victoria, était pour tous le principal centre d'attraction: tous, pauvres comme riches y apportaient des tributs floraux. Le centre du piédestal était orné de fleurs magnifiques, présentées par les étudiants de l'Université McGill et représentant l'étoile de l'Ordre de Jarretière, la décoration la plus convoité qui soit au monde. Six cent élèves, professeurs en tête, apportèrent au pied de la statue ce tribut d'hommage.

La Ville de Montréal a envoyé une couronne de violettes portant les armes de la ville. Le Conseil national des femmes, dont Mme Drummond est la présidente, a présenté une magnifique couronne de lis blancs.

Le comité chargé de décorer le carré Victoria s'acquitta de sa tâche d'une manière artistique, et ne laissa rien de côté, de ce qui était envoyé, en signe de regret et de deuil, par les citoyens de la ville.

reine victoria

Monument de la Reine Victoria, sur la Victoria square de Montréal. Photo : © Lucie Dumalo

Drapeaux en berne

Le maire Préfontaine a reçu un télégramme du secrétaire provincial le notifiant du désir du Roi, qui est de tenir les drapeaux en berne jusqu'à lundi, 5 février.

Parade militaire

Le jour de deuil national fut des mieux observés par les autorités militaires, qui organisent une parade d'églises.

Une note touchante de cette parade fut la présence dans les rangs, au-delà de 300 vétérans, comprenant les vétérans de terre et de mer, ceux de l'invasion fénienne et de la rébellion du Nord-Ouest.

Ces vieux débris de nos armées, formant un bataillon à eux seuls, étaient sous le commandement du lieutenant-colonel Frank Bond, avec le major Porteous et le capitaine Armstrong en tête de deux compagnies.

La majorité des vétérans portaient sur la poitrine des médailles de service voilées de crêpe.

À 10 heures, les Carabiniers, au nombre de 200, quittèrent leurs quartiers généraux de la rue Cathcart, et se rendirent à la salle d'exercices où ils joignirent les autres corps. Aussitôt que la brigade fut au complet et eût pris ses positions, le lieutenant-colonel Peters, D.O.C., en compagnie du lieutenant-colonel Geo. Stark, agissant comme officier de brigade, monta sur une des galeries qui entourent l'édifice, et de là, le colonel Peters lut la proclamation annonçant la mort d la reine et l'avènement au trône du roi Édouard VII.

À la Cathédrale

Une grande foule de fidèles remplissait la cathédrale Saint-Jacques, à la grand'messe chantée pour attirer les bénédictions du ciel sur les membres de la famille royale. M. le chanoine Martin officiait, assisté de MM. les abbés Geoffrion et Forges. Mgr l'Archevêque de Montréal présidait au trône. L'élite de la société assistait.

Le 65e régiment

La population de Montréal a été particulièrement touchée de la parade du 65e bataillon à travers les principales rues de cette ville, à l'occasion des démonstrations sympathiques offertes de toutes parts en l'honneur de notre regrettée souveraine.

Les Canadiens Français, surtout, étaient saisis d'orgueil, au passage de notre bataillon, à l'allure martiale, à la tenue irréprochable et, enfin, à l'apparence remarquable.  

L'ensemble du bataillon présentait le plus beau coup d'oeil, et les félicitations les plus chaleureuses lui sont offertes en cette circonstance.

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