Des nouvelles pas fraîches

Explosion dans une poudrière

Explosion dans une poudrière

La catastrophe fait plus de 25 orphelins et huit veuves

Les cadavres des victimes de l'épouvantable explosion de la cartoucherie de l'Île Perrot sont pulvérisés. Deux ouvriers échappent miraculeusement à la mort. Tout est ébranlé dans un rayon de 10 milles. les ponts tremblent sur leurs piliers

Vaudreuil. – L`Île Perrot, sise entre les lacs des Deux-Montagnes et Saint-Louis, a été, hier, le 11 février 1908, vers une heure de l’après midi, le théâtre d’un désastre affreux dont les dépêches télégraphiques ont transmis déjà de court mais épouvantables détails.

En un moment la pénible nouvelle avait volé aux quatre coins de la province encore sous le coup de l’émotion pénible qu’a provoquée la catastrophe du pont de Québec au cours de laquelle une centaine de braves travailleurs perdaient la vie, en septembre dernier et nul ne voulait crois que le malheur fut si grand que le prétendaient les services d’information.

Et tandis que la foule divisée en groupe sur la grande route, s’entretenait du triste événement de la journée, les représentants de La Presse se dirigeaient vers l’hôtel Central, où, prévenus de leur arrivée, quelques ouvriers de la Standard Explosive Co s’étaient donnés rendez-vous.

Là, il nous fut donné d’entendre les récits les plus émouvants de l’affreuse calamité et de constater combien grande est la sympathie dont sont l’objet les familles dont les chefs ont trouvé une mort si affreuse.

Décrire le spectacle qui s’offrait aux yeux du voyageur arrivant à la cartoucherie qu’une explosion venait de détruire, n’est pas chose facile. Partout, sur le sol glacé, des membres meurtris, des chaires saignantes, des lambeaux de vêtements maculés de sang et aux branches des arbres tordus, fendus, quasi arrachés pendaient des loques souillées, banderoles sinistres, que le vent faisait claquer lugubrement.

Plusieurs solides gars, poussant devant eux de lourds traîneaux, parcouraient les environs de l’usine et ramassaient les débris humains, enfouis sous la neige rouge.

Tous ceux que la simple curiosité poussait vers l'île Perrot, à cette heure inoubliable, en sortaient bientôt le cœur gonflé, l’esprit hanté de visions sombres de foyers déserts, de veuves en larmes, d’orphelins sans soutien, de cercueils à jamais clos.

Retour à l’hôtel Central, il nous fut donné d’y rencontrer M. Joseph Segala, préposé à des travaux d’empaquetage à la Standard Explosive Co. Voici ce qu’il a déclaré à notre représentant : «Vers une heure moins dix minutes, je me rendais à mon travail quand, à environ cinq arpents de la fabrique, j’ai aperçu soudain une boule de feu s’élevant dans les airs avec un bruit formidable. J’ai eu tout d’abord l’idée que c’en était fait de moi et je me jetai dans la neige, près d’un arbre que je saisis nerveusement.

« La poudrerie N9 venait de sauter et à peine avais-je eu le temps de me remettre du choc nerveux qui était venu m’assaillir, qu’une seconde détonation se produisit, ébranlant tout autour de moi. Je fus un des premiers à me rendre sur les lieux du sinistre et à constater que de mes compagnons de travail, nul n’avait survécu.

« Dans la poudrerie N9 se trouvaient les infortunés Pierre Ménard, Arthur Legault, Urgel Lauzon, J. D. Dumberry et Ferdinand Trépanier. Au second pavillon, situé à quelque trois cents pieds du foyer principal de la catastrophe, travaillaient J. – B. Robillard, Jos. Rozon, Joseph Pain dit Cayen et Georges (Nargé) Rousseau.

Un témoin fort important, qui sera entendu samedi, au cours de l’enquête régulière, a bien voulu nous raconter ce qu’il sait du malheur d’hier midi. C’est M. Alphonse Robillard, contremaître à la cartoucherie et constable spécial de la Standard Explosive Co. Celui-ci fut légèrement blessé à la main gauche et à la jambe droite. C’est un rude gaillard, franc et sympathique, qui s’estime heureux aujourd’hui de s’en être tiré à si bon compte: « J’étais dans la partie de l’atelier qui m’est assignée, attendant l’heure de la reprise des travaux, en compagnie de dix-neuf jeunes ouvrier de douze à quinze ans, quand la poudrière N9 a sauté. Le choc fut terrible. Tout le dedans de la pièce où je me trouvais fut démoli; mais à part moi, aucun des jeunes manœuvres ne fut blessé. L’autre employé qui échappa à la mort fut Johnny Leduc.

La poudrerie fut construite dans l’île Perrot il y a deux ans et neuf mois. C’est la première fois qu’un si violent accident s’y produit. Cependant, il a sept mois, un ouvrier y perdait la vie dans des circonstances tragiques. C’était Théodore Dupuis.

Les rapports entre patrons et employés sont excellents; tous ceux qui occupent des emplois à cette fabrique de poudre sont unanimes à le déclarer.

Les causes du désastre, nul ne les connaît encore et s’il faut en croire ceux à qui nous en causions, nul ne les connaîtra jamais. C’est ce qu’a d’ailleurs déclaré M. Alphonse Robillard, contremaître.

Les morts :

  • Ferdinand Trépanier, 44 ans, marié, père de neuf enfants;
  • David Dumberry, 50 ans, mariés, père de sept enfants;
  • Georges (Narge) Rousseau, 37 ans, mariés, père de six enfants;
  • Joseph Henripin dit Cayen, marié, père de deux enfants;
  • Pierre Ménard, 33 ans, marié, père de deux enfants;
  • Jean-Baptiste Robillard, 48 ans, marié et père d’une fille;
  • Arthur Legault, 28 ans, mariée, sans enfant;
  • Josehp Rozon, marié, sans enfant;
  • Urgel Lauzon, célibataire, 24 ans.

(Texte, publié dans La Presse, le 12 février 1908).

Voir aussi :

2 Comments

  1. pierre henripin

    2010/11/20 at 3:37

    concernant le nom Louis henri Pain dit cayen une erreur c es glisser ,,, depuis plusieurs années ca devrais plutot etre Joseph Henripin dit Cayen ,,,apres tant d’année il serait bon de coriger cette erreur par respect pour lui et ca famille ,,,,,merci ,,,,en passant il etais le Pere de mon Grand-Pere Leonidas ,,,,et aussis deux autre enfants Eugene et Josephine ,,,,,,

  2. admin

    2010/11/20 at 11:43

    C’est fait, merci pour la correction.

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