Multiculturalisme

Les nouvelles religions

Les nouvelles religions

Les nouvelles religions

Chantai Legault, Les Diplômés, N° 363, automne 1988

Aux dernières nouvelles, le Québec comptait plus de 600 nouveaux groupes religieux. Le théologien Richard Bergeron s’intéresse au phénomène.

Témoins de Jéhovah, Pentecôtistes, Mormons, Krishnas… Sans doute avez-vous déjà entendu les noms de ces sectes. Peut-être avez-vous même discuté avec quelques- uns de leurs membres, sur la rue ou sur le perron de votre porte.

Mais connaissez-vous l’Ordre Soufi du Canada, la Tour de David, le Centre Sri Chinmoy et la Fondation 3H0 ? Probablement pas. Il s’agit de quelques-uns des 650 nouveaux groupes religieux qui ont vu le jour au cours des dernières années au Québec.

Pourquoi ce surgissement soudain de nouvelles religions ?

« Il y a depuis quelques années un véritable engouement pour les nouvelles religions », explique Richard Bergeron, franciscain et professeur titulaire à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal. « Mais ce n’est pas propre au Québec. Partout dans le monde émergent de nouvelles spiritualités. Chaque fois qu’on arrive à un tournant ou à une crise de civilisation, les gens deviennent très inquiets.

Les vieux modèles religieux s’essoufflent et une série de nouveaux groupes religieux proposant des réponses voient le jour. »

Les fous de Dieu

QUI adhère à ces sectes ? Pourquoi ? À quelles conditions ? En 1976, la Faculté de théologie de l’Université de Montréal voyait l’intérêt du public grandir face aux nouvelles religions. Les responsables proposèrent à Richard Bergeron de s’intéresser déplus près aux sectes. Celui-ci ne connaissait absolument rien des nouveaux groupes religieux. La documentation était mince. Mais avec l’aide de plusieurs étudiants passionnés par ces nouvelles spiritualités, il réussit à examiner de près une centaine d’entre elles.

En 1981, après avoir étudié pendant près de six ans le sujet, il quitte Montréal pour un an II s’installe au centre de recherche sur les nouvelles religions à Berkeley, où il rédige Le cortège des fous de Dieu, paru en 1982 et diffusé à plus de 10 000 exemplaires. Un succès étonnant !

L’auteur conclut son étude en affirmant l’urgence de la mise sur pied d’un centre d’information pour répondre aux nombreuses questions de la population et pour mettre un peu d’ordre dans toute la confusion qui règne au sujet de ces groupes. Ce centre d’information, Richard Bergeron le fonde lui-même l’année suivante, en 1983. Il y remplit les fonctions de président à mi-temps tout en poursuivant son enseignement à l’Université.

« Je m’étais rendu compte des innombrables questions que les gens se posaient à propos de ces nouvelles sectes, poursuit M. Bergeron. À l’Université, lors de mes recherches, je recevais de nombreux appels de parents désespérés dont les enfants fréquentaient un groupe religieux et qui me demandaient de l’aide.

Personne ne pouvait réellement leur répondre. La plupart des centres qui s’intéressaient aux sectes dénonçaient ces religions. Je voulais absolument éviter ces abus et refusais d’entrer dans la négativité. Ce à quoi je tenais à tout prix, c’était d’éclaircir cette pluralité très complexe de l’émergence de plus de 600 nouveaux groupes religieux.»

De l’information, mais surtout de l’aide

Pour y parvenir, le centre d’information sur les nouvelles religions a mis sur pied différents services. Il fournit d’abord de l’information et de la documentation sur tout groupe religieux qui a pignon sur rue. Plus de 2 000 volumes et autant de dossiers sont à la disposition de quiconque s’intéresse à l’une ou l’autre des nouvelles religions.

Un service de rencontre individuelle ou en groupe est offert à ceux qui éprouvent des problèmes familiaux suite à l’adhésion du conjoint, d’un enfant ou d’un parent à l’un de ces groupes.

Enfin, le centre offre un service d’aide aux personnes qui ont quitté une secte et qui éprouvent des difficultés à réintégrer le marché du travail ou leur cellule familiale.

« C’est insensé le nombre d’appels qu’on reçoit chaque jour, déclare Richard Bergeron. Récemment, je parlais à une femme dont la fille vient d’être baptisée dans une secte fondamentaliste. Le père refuse de la recevoir pour leur quarantième anniversaire de mariage. Que faire ? Ces situations sont très délicates à traiter car elles remuent énormément d’émotions. On essaie d’aider les gens à prendre une distance émotive face au nouveau converti et à développer une plus grande tolérance. Mais c’est extrêmement difficile car ce travail exige une remise en question de soi, de ses valeurs et de ses croyances. »

Des proies faciles

Selon Richard Bergeron, les Québécois francophones constituent des proies faciles pour les dirigeants des sectes et plusieurs d’entre eux viennent expressément s’installer au Québec pour la rentabilité financière que leur procure l’opération.

« Il n’y a pas un Québécois francophone qui n’ait pas un fond d’anticléricalisme, affirme M. Bergeron. De nombreuses personnes ont été victimes des pouvoirs du christianisme et soignent encore leurs blessures.

Plusieurs Québécois ont constaté, au cours des années soixante, que l’Église était corrompue. Ils ont été ébranlés. Ils ont rejeté le christianisme et n’ont opposé aucune résistance aux nouvelles religions. »

« De plus, les Québécois francophones ont toujours vécu dans une uniformité cléricale d’éthique et de comportement.

Ils n’ont pas été préparés à vivre dans un pluralisme religieux comme le furent les anglophones qui côtoyaient une minorité anglicane, une baptiste, une protestante et une catholique. La pluralité des religions favorise la confrontation et a obligé les anglophones à développer une appartenance plus grande à leur religion. »

Des opinions bien affichées

Franciscain depuis l’âge de 19 ans, Richard Bergeron n’a peut-être pas réalisé son rêve de jeunesse : devenir missionnaire en Corée. Mais il n’a aucun regret.

Dynamique et spontané, il n’a pas peur d’afficher ses opinions. Il n’hésite pas à affirmer ou à dénoncer les paradoxes et les abus de pouvoir qu’il constate à l’intérieur de certaines religions, et même à l’intérieur de la religion chrétienne. Il a d’ailleurs mis son appartenance religieuse en cause lors de ses études de doctorat, en 1965, à l’Université de Strasbourg. Il dénonçait alors l’autoritarisme, la centralisation de l’Église et s’indignait que celle-ci soit continuellement à la remorque de l’évolution de la société.

«Je me suis réconcilié à la fin de mon doctorat. J’ai découvert que les meilleures idées sont souvent celles qui engendrent les pires corruptions. Et que la tradition spirituelle du christianisme avait, malgré tous ses abus, évolué avec éclat et beauté, que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la musique ou de l’aide aux défavorisés. »

Et comment, selon lui, cette Église à laquelle il appartient pourra-t-elle contrer la désertion de ses membres ? « L’église connaît une crise de signification et une crise de structure, avoue M. Bergeron. Les églises sont vides. Ça coûte des fortunes à entretenir. Pendant ce temps, on discute toujours de la place des femmes dans l’Église et de l’autorité des évêques par rapport à celle du pape. Tout est centralisé et les changements s’effectuent très lentement  ».

« Malgré tout, plusieurs groupes de jeunes liés au christianisme surgissent un peu partout. Ils se rencontrent à l’école ou dans leurs locaux et ils élaborent un nouveau discours de pensée théologique On s’en va de plus en plus vers un modèle communautaire qui se développe à l’extérieur des églises. Le rôle de l’Église est de s’adapter. D’ailleurs, ajoute-t-il en souriant et en guise de conclusion, l’Église n’a de sens que dans le service. Le pouvoir corrompt tout. »

la vierge

La Vierge sur la Chapelle Bonsecours à Montréal

Chapelle Bonsecours à Montréal. Photographie : GrandQuebec.com

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