Histoire de Montréal

Refuge Meurling

Refuge Meurling

Refuge Meurling

En 1901, la nécessité d’établir un refuge municipal est soulevée au Conseil de Ville de Montréal. Il faut toutefois attendre la fin de la décennie pour que le projet se mette réellement en marche. En ce sens, la crise économique qui sévit en Amérique du Nord dans les années 1907-1908, est un tournant décisif, marquant le moment où la présence d’une institution publique pour les vagabonds devient indispensable dans la mesure où la charité privée a clairement démontré son incapacité à prendre en charge l’ensemble des sans-abri de Montréal.

Nous savons que les organisations de charité faisaient tout en leur pouvoir pour procurer à tous ceux qui en manquent, un abri, des vivres et du combustible. Mais leurs efforts ne suffisaient pas. En novembre 1910, le Conseil municipal décide de créer une commission spéciale afin d’étudier la possibilité d’établir des institutions pour servir les indigents. En décembre 1910, la Commission dépose son rapport, dans lequel elle conclut que les refuges de nuit ne sont pas suffisants et qu’il serait opportun de construire des maisons de refuge municipales ainsi que d’augmenter d’une manière substantielle le chiffre des allocations accordées aux différentes maisons de refuge, aux hospices et autres institutions de ce genre.

Au mois de juillet 1911, une nouvelle commission est créée dont le mandat est d’étudier la possibilité d’établir une telle institution dans la ville. Plusieurs experts témoignent devant celle-ci, dont Albert Chevalier, directeur du Département d’Assistance municipale, considéré comme un expert en matière de vagabondage, dans la mesure où il a travaillé durant plusieurs années à la Cour du Recorder de Montréal, en tant que sous-greffier.

Victime de l’industrialisation mais également de ses propres faiblesses individuelles, le vagabond est selon Chevalier, un être dont la situation relève avant tout d’une tare mentale et d’une dégénérescence progressive. Les causes de la mendicité et du vagabondage sont des causes individuelles et surtout sociales, auxquelles s’ajoutent peut-être les causes d’évolution sociale, qui font du mendiant un type spécial qui se modifie avec la civilisation…

Pourtant, si la Ville est prête à établir un refuge municipal, celle-ci doit cependant faire face à un obstacle important : le manque de fonds disponibles pour un tel projet. C’est pourquoi la Ville de Montréal décide d’utiliser à ces fins une somme reçue en héritage de Gustave Meurling.

Gustave Meurling, financier d’origine belge, a vécu à Montréal dans les années 1870.

Monsieur Gustave Meurling fut un «itinérant de luxe» qui ne logeait qu’à l’hôtel. Il avait vécu à Montréal dans les années 1870 et en avait gardé un très bon souvenir. Durant les dernières années de sa vie, affligé par la maladie, il dut se résigner à s’installer dans la maison qu’il avait achetée, à l’origine, pour y loger la gardienne de ses chiens.

Dans son testament, exécuté le 14 octobre 1910, en Angleterre, la totalité de sa fortune était léguée à la Ville de Montréal. Comme une partie de ses biens provenait de placements et de propriétés en France et en Allemagne, et qu’une autre partie concernait des biens en Angleterre et en Amérique, M. Meurling nomma deux exécuteurs testamentaires, soit monsieur Remy Rendu de la ville de Menton pour les biens en France et en Allemagne, et Andrew Jameson Matthews Duncan et Alan Graeme Gibson de Londres pour les biens en Angleterre et en Amérique.

Les exécuteurs testamentaires devaient convertir en argent ses biens, meubles et immeubles. Ils étaient tenus de payer les frais de ses funérailles, les frais de succession et ses dettes. La somme restante revenait à la Ville de Montréal.

Gustave Meurling meurt le 11 avril 1911. En 1912, donc la Ville de Montréal reçoit ce legs qui ne doit toutefois être utilisé qu’à des fins charitables. La somme reçue par les pouvoirs municipaux est de 72 429 dollars.

En août 1912, le Conseil vote donc qu’un montant de 45000 dollars, issu du legs de Meurling, soit employé pour acheter le terrain situé entre les rues Champs-de-mars et Saint-Louis afin de procéder à la construction du nouveau refuge municipal.

Le site choisi par la ville pour ériger le refuge comprend un ensemble d’immeubles résidentiels répartis sur les rues du Champ-de-Mars et Saint-Louis. Les bâtiments de la rue Saint-Louis, majoritairement construits en bois, logeaient, au début des années 1910, des journaliers et leurs familles.

On fait appel à l’architecte Eugène Payette pour les travaux de construction qui débutent en août 1913. Au début de l’année suivante, le refuge ouvre ses portes. En plus des dortoirs qui peuvent accueillir 650 personnes, le refuge compte des réfectoires et un bureau de placement. L’institution charitable demeure dans ces locaux jusqu’en 1956, année où elle déménage dans un secteur plus à l’est de la ville de Montréal. Le Service du bien-être social de la Ville installe alors ses bureaux dans l’ancien refuge.

Les modifications y ont été introduites en 1984-1985, lors des travaux majeurs de rénovation pour lesquels une subvention a été versée. L’ancien hospice est devenu donc une coopérative d’habitation. En 1984, l’immeuble inoccupé change complètement de vocation et est transformé en coopérative d’habitation, laquelle ouvre ses portes l’année suivante.

Grâce au Refuge municipal Meurling, le nom de Gustave Meurling demeura vivant à Montréal durant plusieurs décennies et le refuge vécut son apogée en 1938 alors qu’il accueillit 274 000 itinérants.

Après le déménagement du Refuge municipal Meurling sur la rue Moreau, il fut beaucoup moins populaire et demeura en opération jusqu’en 1978.

En 1981, le deuxième Refuge Meurling changea de nom pour devenir le Centre d’accueil Préfontaine en l’honneur de monsieur Raymond Préfontaine qui fut maire de Montréal de 1898 à 1902. Le nom de Meurling disparaissait peu à peu de la mémoire collective.

Finalement, en 2001, suite à un «squat» de plusieurs semaines, le Centre Préfontaine fut fermé et laissé à l’abandon (un gros merci aux squatteurs !).

Adresses civiques de l’ancien refuge Meurling :

435, rue du Champ-de-Mars et
420-440, rue Saint-Louis (façade secondaire)

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Refuge Meurling, au 435, rue du Champ-de-Mars. Photo : © GrandQuebec.com

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