Histoire de Montréal

Érotisme : Lutte perdue

Érotisme : Lutte perdue

Montréal ne peut supprimer l’affichage érotique

Le 1 septembre 1992, l'administration du maire Jean Doré a subi une défaite en Cour supérieure du Québec, le juge Ginette Piché considérant invalide et inconstitutionnel le règlement 8887 destiné à supprimer l'affichage érotique dans les rues de Montréal.

Selon Madame le juge Piché, ni le gouvernement québécois, ni la Ville de Montréal ne pouvaient intervenir en cette matière qui, selon sa décision, était strictement de compétence fédérale.

« II est certain que, comme toute femme, madame le juge amenée à étudier la question des affiches dites érotiques ne peut être d'accord avec cet étalage grossier de seins et de fesses. Qui le serait ? », – dit son jugement – « Ce n'est toutefois pas le rôle du juge, homme ou femme, de se substituer aux pouvoirs législatifs des élus pour corriger des lois ou des règlements invalides ».

« Le juge est là pour juger, non pour légiférer. Tout le monde est pour la vertu, mais… », a conclu le juge Piché, après avoir invoqué certaines dispositions de la Charte des droits et libertés de la personne, touchées par le règlement 8887 qui fut adopté le 13 août 1991 par l'équipe du maire Doré.

Cette décision, rendue sur la requête de 17 cabaretiers, de l'Association des cabarets de spectacles de Montréal et de la danseuse Linda Duchesne, a été accueillie avec beaucoup de satisfaction et de soulagement par l'ensemble des piliers de cette industrie et leur avocat Me Julius Grey, a laissé tomber : «La liberté d'expression est constamment attaquée et il faut toujours la défendre. Ce sera encore à recommencer».

Les cabaretiers étaient en liesse «La décision a été longue à venir, mais elle confirme notre droit d'expression. Même si nos affiches sont érotiques, elles ne devraient offenser personne. Montrer un corps de femme n'est pas une honte», a affirmé Johnny, propriétaire du Cleopatra Café dont la vitrine, rue Saint-Laurent, est loin de passer inaperçue.

cour d'appel

Cour d'appel du Québec, au 100 rue Notre-Dame, Montréal. Photo : © GrandQuébec

Alfie, le patron de la boîte Chez Parée, a été d’avis que la décision «stimulera l'économie» dans cette industrie particulière. «II faut que les gens sachent, à travers les affiches, quels sont les spectacles qui leur sont offerts à l'intérieur de nos établissements», dit-il.

Le propriétaire de l'Axe, Réal Dorais, installé depuis longtemps rue Saint-Denis, a d'abord statué que le règlement municipal «était stupide en partant».

«La Ville aurait très bien pu s'entendre à l'amiable avec certains propriétaires, dont les affiches sont plus expressives que d'autres», dit-il encore.

Cependant, le grand public montréalais a été profondément déçu du jugement Piché, la ville risquant désormais de se couvrir d’affiches obscènes.

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