Histoire de Montréal

Loi martiale dans le port

Loi martiale dans le port

Loi martiale en vigueur dans le port de Montréal

La loi martiale est en vigueur sur les quais. Depuis hier (28 avril 1903) soir, les militaires occupent le port et en gardent tous les accès. Pas d’admission sans affaires est le mot d’ordre.

L’intention des autorités est de maintenir l’ordre à tout prix, de protéger la propriété et la liberté du travail coûte que coûte.

Ce matin, protégés par des piquets de cavalerie et d’infanterie, les hommes du Bureau indépendant du Travail recommencèrent le déchargement des vaisseaux qu’ils pourront faire sans être molestés.

C’est hier soir, à sept heures, que la police a pris possession  du port; ceci a coïncidé avec l’arrivée du Lake Champlain, venant de Halifax, sous lest, portant 50 débardeurs de Halifax. Sans la milice, il est probable que ces hommes n’auraient pas eu à se flatter de la réception qu’on leur aurait faite.

Mais repassons rapidement les événements de l’après-midi d’hier, à partir de 1 heure où nous mettions sous presse.

Tout l’après-midi, le port a été en proie à l’émeute, tous les vaisseaux ont eu à subir les assauts de la foule en délire.

Après avoir enlevé les passerelles des vaisseaux en face de la ville, avoir rossé quelques travailleurs et en avoir embauché un bon nombre, les grévistes se sont rendus à Hochelaga, où se trouve le Carrigan Head. C’est là que leur conduite a été le plus répréhensible.

Depuis une heure de l’après-midi, le déchargement des rails était fait par une quinzaine d’hommes avec le concours de l’équipage. Au nombre de cinq ou six cents, les manifestants armés de bâtons et de pierres s’élancent sur les travailleurs, qui, ne s’attendant pas à une attaque aussi subite, n’ont pas eu le temps de se réfugier à bord du vaisseau.

Trois hommes sont saisis, roulés dans la boue et battus; ils n’ont cependant pas été traités aussi cruellement qu’on pourrait le croire, un seul a été blessé sérieusement.

En dépit d’une grêle de pierres, le capitaine Orr était sur le pont faisant face à la foule. « Maintenant, montez à bord si vous l’osez », disait-il en sortant un revolver.

Personne ne monta. Deux minutes après, les grévistes avaient reculé à plus de cent verges et l’équipage recommençait leur travail.

En les voyant de nouveau à l’ouvrage, les grévistes sentirent leur ardeur belliqueuse se réveiller et se précipitèrent sur les travailleurs. Afin de ne pas provoquer davantage la colère des gens aussi incommodants, le capitaine de Carrigan Head fit cesser le travail des scabs, qu’un remorquer transporta à bord de Monterrey.

(Texte publié dans La Presse, le 29 avril 1903).

vieux port de montreal nuit

Vue panoramique du Vieux-Port aujourd'hui.Photo: © Nicolas Trudeau

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