Histoire de Montréal

Incendie du Herald

Incendie du Herald

Une terrible catastrophe

Un épouvantable accident se produit au square Victoria, dans l’immeuble du journal le Herald. La cause : l’effondrement d’un réservoir d’eau. Vingt-sept noms manquent à l’appel.

Une épouvantable catastrophe vient de jeter un immense voile de deuil sur notre ville.

Entre 10.30 et 11 heures moins quart, ce matin, 13 juin 1910, un réservoir d’eau, placé sur le faite de l’édifice du Herald, sur Saint-Jacques, du côté sud du square Victoria, s’écroulait, entraînant dans sa chute le toit et deux planchers de l’édifice, avec tous les êtres vivants qui s’y trouvaient, et tout le matériel qui servait au journal.

Ce fut horrible, et si soudain, que ceux qui passaient près de là, à ce moment, n’entendirent pas un cri, au milieu de l’épouvantable fracas.

Rien ne peut décrire la stupeur générale, lorsque la nouvelle, comme une traînée de poudre, se répandait par toute la ville. Et, d’abord, ce fut comme foudroyant, paralysant; personne ne voulait y croire; on restait cloué sur place, hébété. Mais bientôt, il fallut y croire, et alors se fut une poussée furieuse vers le théâtre de la catastrophe, de douloureuses exclamations, des sympathies profondes envers les victimes nombreuses qu’on estimait alors – tant tués que blessés – à près de cinquante.

La police eut toutes les peines du monde à contenir la foule qui se ruait pour voir de plus près les malheureux qu’on devait retirer des ruines, pour interroger les rescapés, ou pour s’informer de l’origine du feu ou de la cause de la catastrophe.

Dès le premier instant, les pompiers se rendirent sur les lieux, et alors commença un sauvetage émouvant, héroïque. Et, d’abord, ce fut au tour des femmes qui se trouvaient en grand nombre dans l’édifice; puis vinrent les hommes. Et ce sauvetage dangereux, hâtif, se faisait par les fenêtres et les croisées, les escaliers de sauvetage, en arrière, les autres issues, à l’intérieur, ayant été, pour la plupart, ou détruits, on encombrés par les débris.

Ce furent des minutes inoubliables d’émotion, car à chaque instant on croyait que tout l’édifice allait crouler, tant avaient été démantibulés, dans la chute du réservoir, des planchers supérieurs et des lourdes machines, les soliveaux, les traverses et les étançons. Heureusement, rien de tel ne se produisit, et tous ceux qui n’avaient pas été littéralement broyés ou ensevelis ont pu être sauvés à temps. Mais combien ne répondirent à l’appel? On reste sous l’impression que pas moins de 40 à 50 personnes, employées de toutes catégories, hommes et femmes, sont encore sous les débris. Combien sortiront-ils vivants de là? Dieu seul le sait! Mais on peut croire que ceux qui n’ont pas été foudroyés, seront asphyxiés ou brûles par l’incendie violent, presque spontané, qui s’est déclaré aux trois étages à la fois.

Lorsque s’abattit le réservoir contenant des milliers de gallons d’eau entraînant avec lui le toit de l’édifice, se fut naturellement l’atelier de la reliure et la clicherie, au 4e étage, qui furent les premiers atteints. À ce moment-là, tous les employés, dont un grand nombre de femmes, étaient à l’ouvrage. Tout dégringola, débris, machines, matériel, personnel, à travers le quatrième et le troisième étage, particulièrement, le deuxième et même jusqu’au premier où se trouvaient plusieurs membres de la rédaction.

Récit de M. Larivée

Entre 10 heures et demie et onze heures moins quart, dit M. Larivée, je sortais de l’édifice pour aller à mon service extérieur, lorsque j’entendis un craquement épouvantable, accompagné d’un tremblement furieux sous mes pieds. Je revins en toute hâte à la rédaction (premier étage) en criant que l’édifice s’écroulait. À ce moment, des petites presses de l’étage au-dessus (2e) tombaient avec fracas tout près de nous. Un groupes de personnes se lança hors de l’immeuble, et parmi ceux-ci, les rédacteurs suivants : MM. Brierley, directeur, Walsh, rédacteur en chef, Sandwell, Dixon, Dickenson, Steadman, les trois télégraphistes du C. P. R., Beckman, Hannah, Fergusson, moi-même et d’autres.

Tous se sauvèrent en toute hâte par les escaliers, excepté deux reporters qui sautèrent par une croisée dans la rue.

Au moment où je vous parle, je ne sais vraiment pas qui est mort ou vivant, mais j’ai assisté à un émouvant sauvetage de 150 femmes et hommes.

M. J. C. E. Tardit, l’un des chefs ouvriers les mieux connus de Montréal, et qui était employé en sa qualité d’opérateurs dans l’atelier de composition du journal, au troisième étage a entendu un bruit terrible vers 10 heures et 40 minutes; au même moment, le plancher s’écroulait et semblait dégringoler. Presque au même instant, le feu se déclarait. Notre seule chance de salut, dit M. Tardit, c’était les fenêtres; car nous nous rendîmes compte tout de suite que la plupart des escaliers et les échelles de sauvetage, en arrière, avaient été bloqués ou détruits par les débris de toutes sortes. Ceux qui ont été les premiers à être atteints, les premières victimes. Et probablement les plus nombreuses, sont ceux qui se trouvaient au-dessus de nous, au 4e étage, c’est-à-dire à l’étage de la reliure et de la clicherie. Tous on dû dégringoler avec le plancher à l’étage au-dessous d’eux, puis à l’autre étage.

(C’est arrivé le 13 juin 1910).

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