Histoire de Montréal

La grève des policiers

La grève des policiers

La grève des policiers du 12-13 décembre 1918

Les agents de police, les employés du service de l’incinération et les préposés au service des pompes de l’aqueduc ont abandonné tout travail à midi, après avoir délibéré toute la matinée.

La malaise avait commencé chez les policiers. Leurs griefs étaient de deux ordres: ils demandaient les augmentations de salaire et exigeaient le renvoi de trois officiers supérieurs auxquels on imputait la situation, soit Joseph Tremblay, directeur du service de la Sûreté municipale, Arthur Mann, son adjoint et J.-A. Bélanger, chef du service des détectives. Pour les négociations, les pompiers, les employés du service de l’incinération et les préposés au service des pompes de l’aqueduc se greffaient aux policiers.

En matinée du 12 décembre 1918, malgré de longues négociations en présence de sir Lomer Gouin, premier ministre de la province de Québec, tous, à l’exception des pompiers, décidaient de débrayer à midi le jour même. Quant aux pompiers, qui avaient dans un premier temps accepté de s’en remettre à l’arbitrage, ils devaient gonfler les rangs des grévistes en soirée, si bien au matin 13 décembre 1918, ils étaient plus de 2200 à avoir débrayé.

Les demandes des policiers

Au plan des salaires, les policiers demandaient $1400, $1300, $1200 selon le grade, en baisse de $100 par rapport à leurs demandes initiales. La Ville de Montréal n’offrait que $1400, $1200 et $1100, et lors de la rencontre avec Sir Gouin, ce dernier avait assuré les négociateur syndicaux de l’impossibilité de la Ville d’accéder à leurs demandes.

L’offre de la Ville de Montréal était sans doute un peu moins avantageuse que l’échelle des salaires en vigueur à Toronto (entre $1300 et $1000, plus un bonus annuel de $250), mais tout portait à croire que l’obstacle majeur à un règlement demeurait le renvoi des trois policiers.

Ces derniers étaient accusés d’être responsables non seulement du conflit, mais aussi de la décision des policiers de former une union (un syndicat). Voici l’avis d’un vieux policier qui à regret s’est joint à la grève et dont la Presse reproduit les propos dans l’édition du 13 décembre 1918 :

Tout ça, c’est de la faute à Tremblay. Si Tremblay et Mann n’avaient pas été nommés, il n’y aurait pas eu d’abord d’union, parce que Médéric Martin (le maire de Montréal) ne nous aurait pas poussés en dessous à nous syndiquer et à réclamer. Tout ce qui arrive, c’est de la faute à Tremblay et à Mann. Il faut qu’ils partent, autrement, ça va continuer d’aller mal. Ce n’est pas la question de salaire qui est la plus importante dans toute cette affaire; pour nous, c’est la façon que Tremblay et ses créatures veulent nous traiter. S’il faut être taré pour arriver à une promotion, ce n’est pas propre à encourager les gens honnêtes à accomplir bien leurs devoirs.

Le règlement du conflit

Tous les grévistes reprirent le travail vers 21.30 dans la soirée du 13 décembre, après les interventions de Sir Gouin, de Mgr Bruchési (« Sa Grandeur », comme on disait à l’époque), et des conseillers municipaux qui devaient en quelque sorte désavouer la commission administrative et son président, M. Décary.

Lors de son intervention, Mgr Bruchési avait lu aux responsables syndicaux une lettre dans laquelle M. Décary se disait prêt à renvoyer les trois hommes. Quant au conseil, il avait lui-même pris les devants en retranchant tout simplement du budget 1919 les salaires attachés aux postes de directeur et sous-directeur de la Sûreté publique.

Et il était temps que la grève finisse. D’une part parce qu’elle risquait de faire boule de neige. En effet, à minuit, au matin du 14 décembre, les employés de tramways auraient joint les rangs des grévistes si le conflit n’avait pas été réglé. Et si l’armée avait dû par devoir assurer la protection de l’aqueduc, la Police provinciale, quant à elle, refusait de remplacer la brigade montréalaise.

En deuxième lieu, la grève a donné lieu à de nombreux cas de vandalisme, de vols et d’agression. Plusieurs casernes ont été saccagées, des voitures d’incendie ont été sabotées ou lourdement endommagées, des vitrines ont été brisées et vidées de leur contenu. Un pompier, le capitaine Hector Dupuis a été battu par des sympathisants des grévistes pour être demeuré au poste, le président Décary a été assailli par des fiers-à-bras, le système d’alarme des incendies a été rendu inopérant par le sabotage, et les rixes devenaient de plus en plus nombreuses.

En terminant, il faut reconnaître que même en grève, les policiers n’ont pas hésité à intervenir lorsqu’il le fallait pour empêcher la commission de crimes. On en tient pour preuve leurs témoignages devant les tribunaux, à la suite des nombreuses arrestations qu’ils avaient effectués dans la nuit du 12 au 13 décembre 1918. La situation aurait donc pu être catastrophique pour les quelques 700 000 citoyens qui habitaient Montréal à l’époque. Par exemple, un marchand d’habits qui avait pignon sur rue à l’intersection des rues Sainte-Catherine et Cuvillier, M. Mandel Mallek, a déclaré que profitant du moment qu’il n’y avait pas le moindre policier à la ronde, des fiers-à-bras s’avisèrent de défoncer la vitrine du magasin. Quelques passants se pressèrent alors à l’intérieur pour en ressortir tout de neuf habillés. Le pauvre commerçant ne put rien faire pour contrer ce pillage. Les jours suivants, on pouvait le voir, debout, devant sa porte, les larmes aux yeux. Il croyait reconnaître sa marchandise sur le dos des promeneurs de la rue Sainte-Catherine, et il n’avait aucun recours possible. M. Mallek a évalué ses pertes à $35 000, somme énorme à l’époque.

Vieux-Port de Montréal

Le Vieux-Port de Montréal. Photo : GrandQuebec.com

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