Histoire de Montréal

Le Fort Senneville

Le Fort Senneville

Le Fort Senneville

Les ruines du Fort Senneville se trouvent sur la pointe ouest de l’île de Montréal

Le Fort de Senneville fut construit sur la presqu’île de l'ancien field Boisbriant, vers 1703 (selon certaines sources, il faut remonter à l’an 1693 pour déterminer la date de la construction de ce bâtiment) par Jacques LeBer de Saint-Paul de Senneville, comme un poste de traite fortifié.

Ce fort porta d’abord le nom de Saint-Paul, puis celui de Senneville qu'il conserva. Ces fortifications étaient en pierre et l’épaisseur de ses murs démontrent qu’il était propre à résister aux armes du temps. Le fort mesure environ 20,11 mètres par 9,14 mètres.

Localisé sur la pointe Abbott, en bordure du lac des Deux-Montagnes et face à l’embouchure de la rivière des Outaouais, ce bien est classé site patrimonial et il est inscrit à l’Inventaire des sites archéologiques du Québec depuis le 27 novembre 2003.

Le fort fut construit sur un terrain, cédé en 1672 par les Sulpiciens à Michel-Sidrac Dugué de Boisbriant, ancien capitaine du Régiment de Carignan-Salières (ce dernier doit s’en séparer en règlement d’une dette, au profit de Jacques Le Ber et de Charles Le Moyne). En 1686, Jacques Le Ber de Senneville, négociant en fourrure, fait édifier sur ce terrain un bâtiment en pierre ainsi qu’un moulin à vent qui sera surmonté peu après d'une tour de guet et de mâchicoulis. Pourtant, en 1691, le poste de traite fortifié est attaqué et brûlé par les Iroquois. Seul le moulin survit à cette attaque. L’année suivante, en 1692, le gouverneur de la Nouvelle-France, Louis de Buade de Frontenac, ordonne la reconstruction du fort plus puissamment défendu, mais les travaux ne commencent qu’en  1702, quand Jacques LeBer de Senneville confie à son fils, prénommé Jacques également, la construction. Dès 1703, le fort Senneville est défendu par plusieurs canons disposés aux quatre coins des remparts.

Les historiens sont d’avis que les plans du fort ont été réalisés par un des ingénieurs militaires spécialisés dans la conception d’ouvrages défensifs alors en fonction dans la colonie. Le maître maçon Michel Bouvier et le maître menuisier Paul Aguenier ont probablement été engagés pour les travaux.

À compter de 1725, il sert de résidence aux fermiers et meuniers du fief. Il n’est réutilisé à des fins militaires qu’en 1747-1748, alors que se manifeste à nouveau la menace d’attaques iroquoises. Une petite garnison y est installée.

Au cours du siècle, le fort perd progressivement son rôle de poste de traite au profit de postes et forts français construits dans les territoires occidentaux de la Nouvelle-France, tels que les Grandes Plaines, les Grands Lacs et la Louisiane française. Mais ces fortifications garent un rôle militaire défensif face aux menaces iroquoises, même si depuis 1725, le fort sert de résidence aux fermiers et meunier du fief.

Après la Conquête et le Traité de Paris de 1763, le fort perd son rôle militaire.

En 1774, Jean-Baptiste-Jérémie Testard de Montigny, négociant de fourrure et propriétaire du lieu, marié à Magdeleine Damours de Clignancour, propriétaire du terrain, fait réparer le fort pour en faire à la fois une résidence, un dépôt et un magasin de vente.

En 1776, le général américain Benedict Arnold fait incendier le fort Senneville lors de l’invasion des Bostonnais (troupes américaines révolutionnaires).  Cette destruction fut par représailles contre Testard, militaire responsable de la capture de plusieurs soldats américains. À la suite de cet incendie, le fort reste à l’abandon et servira de carrière de pierres pour la construction de bâtiments et édifices aux alentours. En 1865, Sir John Joseph Caldwell Abbott, Premier ministre du Canada et maire de Montréal fait l’acquisition du fort et des terrains.  En 1898, Sir Edward Seaborne Clouston, premier président de la Banque de Montréal, achète le domaine de Fort Senneville lors de la succession d’Abbott.

Le site est également un milieu avec une certaine importance écologique et aux abords du lac il offre un habitat naturel pour la tortue graptemys, une espèce rare du Québec.

En 1865, la propriété est acquise par l’avocat et politicien John Joseph Caldwell Abbott. Les ruines sont préservées telles quelles jusqu’aux années 1870. À ce moment, une partie des pierres est utilisée pour la construction d’autres bâtiments. Depuis, les ruines sont demeurées passablement intactes. Le site du fort Senneville est classé site historique et site archéologique par le gouvernement du Québec en 2003 et est toujours situé sur une propriété privée.

Tout près du fort se trouvent les restes d’un moulin à vent datant de la même époque.

Les vestiges du fort sont aujourd'hui sur un terrain privé du côté ouest du chemin de Senneville à Senneville, juste au nord du pont de l’Île-aux-Tourtes, à environ un kilomètres avant les rapides de Sainte Anne de Bellevue.

De Sainte-Anne-de-Bellevue, le voyage jusqu’au site n’est pas long, mais il est fort agréable et on peut s’y rendre à pied, ou, en prenant une embarcation et se dirigeant sur la pointe de l’île, mais le site demeure un terrain privé et l’accès aux ruines du fort Senneville est soumis à quelques règles établies par les propriétaires actuels du terrain.

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Les ruines du Fort Senneville. Source de la photographie : Le Monde illustré, 22 juillet 1899. Cet image est du domaine public

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