Histoire de Montréal

Explosion de dynamite

Explosion de dynamite

Explosion de 500 livres de dynamite

Une barge contenant 500 livres de dynamite* a sauté dans le port de Montréal. Le port de Montréal violemment secoué par l’explosion. Toute la population de la vile et des environs a été mise en émoi par cette violente secousse qui a fait croie d’abord à une terrible catastrophe.

Il était exactement midi et 45 minutes de l’après-midi. Tout était tranquille dans la ville : la plupart des citadins étaient à prendre leur dîner, les autres s’y préparaient. À l’extérieur, une pluie fine, peu abondante, tombait.

Tout à coup, une formidable explosion retentit, ébranlant les airs et se répercutant en longues et lugubres détonations. On entendit comme une grêle de verre cassé… puis tout retomba dans le silence.

Des têtes apparurent à toutes les fenêtres, on se rua sur les trottoirs et dans la rue. L’inquiétude était peinte sur tous les visages. Qu’était-il arrivé? Tous se posaient cette redoutable question, flairant quelque catastrophe.

Bientôt, les foules commencèrent à affluer de partout, anxieuses. Tous se dirigeaient vers le port, car c’était de là qu’avait paru venir le formidable bruit; d’ailleurs, plusieurs personnes avaient cru distinguer un instant une colonne de fumée et de débris s’élevant des environs des quais. De sourdes rumeurs se faisaient entendre dans cette direction, et s’était là que le mouvement de la population paraissait le plus accentué, le plus fébrile.

La foule grossissait toujours, et au milieu de cette foule qui se rangeait au passage, dévalaient les ambulances et les appareils du département du feu, au galop des chevaux. Des escouades de policiers étaient déjà rendues sur les quais, répondant très vaguement, et pour cause, aux nombreuses questions qui leur étaient adressées.

En effet, on fut quelque temps avant de connaître la nature de l’explosion qui avait fait sortir les citadins de leurs maisons.

Les premiers rapports disaient qu’un magasin de fer de la rue Saint-Paul venait de sauter; puis on rapporta que le bruit terrible avait été causé par l’explosion d’un dépôt de dynamite sur l’Île aux Millions.

Enfin, il fut bientôt connu que c’était une barge chargée de dynamite et qui était accolée en face du quai Édouard VII, près de l’Île aux Millions qui avait sauté et – épouvantable rumeur – on disait que deux hommes avaient péri dans la catastrophe. À ce moment-là, la barge avait disparu, les débris étant retombés en grêle aux alentours.

Beaucoup de bruit, mais peu de dégâts

Il était inévitable qu’une explosion de quelque 500 livres de dynamite remisées sur un chaland ancré à une centaine de pieds de l’Île aux Millions, causât des dommages, mais ils auraient pu être beaucoup plus importants. En effet, si on fait exception du chaland, de sa cabane, du dynamite et des dommages causés à la coque d’un perforateur flottant – drill boat, les dégâts se limitèrent au bris de centaines de carreaux des bâtiments situés à proximité. Mais peu s’en fallut qu’on enregistrât des pertes de vies humaines. Et le plus sérieusement menacé fut le gardien du chaland, William Vanloo, responsable de maintenir un feu sur le chaland pour prévenir le gel de la dynamite :

M. Vanloo était allé à la cabane pour la dernière fois vers 11.30 heures, et ne trouvant presque plus de feu dans le poêle, il y ajouta un peu de bois, et lorsqu’il est parti, tout était dans l’ordre. Ce poêle était complètement isolé des boites de dynamite au moyen d’amiante. Toute explosion semblait être impossible.

Vers midi et demi, l’incendie se déclarait à la cabane. M. Vanloo se trouvait alors à bord d’un perforateur flottant (sic!) et, sans prendre le temps de crier, il sauta dans sa chaloupe et se rendit à force de rames à l’Île aux Millions. Jamais, a-t-il déclaré, il n’avait ramé avec une telle force.

Une rumeur désamorcée

L’explosion a donné un démenti péremptoire aux critiques nombreuses qui ont été faites contre la solidité de l’élévateur à grains de la Commission du Port. Malgré la violence du choc la vaste structure d’acier n’a pas été ébranlée, malgré le million de minots de blé qu’elle portait dans ses flancs.

Plusieurs ouvriers travaillaient à l’intérieur des diverses salles: au rez-de-chaussée, au premier, à tous les étages. Quand l’explosion se produisit, les travailleurs furent un moment secoués et étourdis par la poussière qui tombait de partout. Quelques carreaux au rez-de-chaussée, se brisèrent en éclats. À chaque moment, les ouvriers terrifiés s’attendaient à voir s’écrouler l’élévateur. Après examen, on trouva tout en ordre.

On avait souvent prédit que le moindre choc pouvait faire effondrer les vastes greniers. L’épreuve est concluante.

(Texte paru dans La Presse, le 9 novembre 1908)

*Note de GrandQuébec.com : L’enquête a conclu qu’il n’a avait que 300 livres de dynamite à bord de la barge. L’incident avait par ailleurs permis aux autorités portuaires de contredire une rumeur pernicieuse qui courait quant à la solidité de l’élévateur à grains #1, rumeur d’autant plus surprenante que 75 ans plus tard, avec toutes les techniques modernes à notre disposition, on met des semaines à raser un élévateur à grains.

hangars

Hangars du Vieux-Port de Montréal. Photo : © Nicolas T.

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