Histoire de Montréal

Vieil entrepôt détruit

Vieil entrepôt détruit

Le vieil entrepôt n’est plus

Russell Lagacé carbure aux explosifs. Il revient tout juste d’une mission de déminage en Israël pour les Nations Unies et pour rien au monde, il n’aurait voulu manquer le dynamitage de l’ancien entrepôt frigorifique, dont la charpente de béton et d’acier s’élève en bordure de la rue Saint-Antoine.

«Si François Panzini, le maître d’œuvre de l’opération, réussit son coup, il va pouvoir décrocher n’importe quel job partout dans le monde», dit-il.

Une cinquantaine de curieux ont les yeux rivés sur le squelette de l’entrepôt, qui se dresse 200 mètres plus loin. On se croirait un soir de feux d’artifice.

Les policiers s’assurent une dernière fois que personne ne flâne à l’intérieur du périmètre de sécurité. Douze coups de sirène déchirent l’air. La foule se tait.

Cent vingt interminables secondes s’écoulent avant que 16 craquements secs ne se fassent entendre en rafale. Un léger souffle caresse les visages et l’édifice s’écroule en moins de huit secondes, avalé vers le centre.

La foule applaudit. Heureusement, personne n’avait osé parier avec M. Lagacé.

Un immense nuage de poussière s’élève aussitôt. En moins de deux minutes, on ne voit plus rien à une dizaine de mètres. Rapidement, tout l’est du Vieux-Montréal, ainsi que l’autoroute Ville-Marie en contrebas, disparaissent sous un brouillard blanchâtre à l’odeur âcre de dynamite. Le vent devait souffler vers le fleuve, mais il a changé d’avis à la dernière seconde.

Debout à côté de ce qui était il y a quelques minutes un solide édifice de huit étages, François Panzini, le maître d’œuvre de l’opération, ne cache pas son soulagement. « On en avait mis plus que moins parce que c’était quitte ou double », lance-t-il, en regardant fièrement l’immense tas de débris qui s’élève à ses pieds.

Il avait fallu deux semaines aux boutefeux pour percer pas moins de 2200 trous dans les piliers de soutien de l’édifice érigé en 1926, à l’intérieur desquels ils avaient glissée autant de bâtons de dynamite. Au moment de l’explosion, les charges au rez-de-chaussée ont détonné les premières, suivies quelques millièmes de seconde plus tard de celles placées au premier et au quatrième étage.

«Il fallait fracturer les points d’appui en séquence pour provoquer le mouvement qui a déstabilisé l’immeuble, et après, la gravité a fait le reste», explique M. Panzini.

«Ce qu’on craignait le plus, c’est les débris. On avait installé 10 000 pieds de clôture autour des colonnes pour retenir les éclats». À une cinquantaine de mètres à la ronde, le sol est parsemé de fragments de ciment. Une seule vitre brisée dans les environs.

Les grues vont s’activer pendant quelques heures, le temps de ramasser les débris qui jonchent la rue Saint-Antoine.

À compter d’aujourd’hui, les punks et les itinérants qui squattaient l’édifice et les amoureux d’un soir qui s’y ébattaient à l’occasion devront se trouver un autre abri de fortune.

(Cela se passait à Montréal le 26 août 1996).

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