Histoire de Montréal

La Pendule de la réforme

La Pendule de la réforme

Plus de midi à quatorze heures

Une scène typique à l’hôtel de ville de Montréal, ce matin

Il est tout à fait inutile de s’appeler le parti de la Réforme, si l’on ne réforme rien. Le comité des finances, après s’être donné beaucoup de mal, a découvert que certains employés n’arrivaient pas à l’heure réglementaire. Il y en avait même qui paraissaient à leurs bureaux à neuf heures moins cinquante-neuf minutes et trois quarts, lorsqu’ils auraient dû faire acte de présence à 9 heures précises.

On acheta au coût de quelques centaines de dollars un de ces appareils fin de siècle qui font le désespoir des fonctionnaires publics, une horloge monstre dans le ventre de laquelle, en guise de boyaux, fonctionne un mécanisme capable d’enregistrer les entées et les sorties des employés. Cet appareil bienfaisant, mais que l’on menace de réduire en poudre, tant la méchanceté humaine est grande, a été inauguré, hier après-midi. Et M. Arnoldi qui remplace le trésorier, actuellement malade, a eu l’agréable devoir d’en expliquer le fonctionnement à tous les intéressés.

La chose était devenue nécessaire, car on conçoit que les chefs de départements qui continueront à ignorer l’existence de l’horloge, et qui ne prendront comme d’habitude leur siège moelleux qu’à 10 ou 11 heures, ne pourront constater par eux-mêmes si leurs subalternes sont à leur poste à l’heure voulue.

La chose est tellement frappante qu’un échevin – pas de la Réforme – faisait observer, ce matin, le 1 février 1901, que c’était justement comme lors de la question de réduction des salaires : les « gros » sont laissés en paix et ne pouvant faire plus, on s’attaque aux « petits ». Malgré les meilleures intentions du monde, l’innovation a des lacunes et ne rencontre pas tout à fait le but proposé. L’ordre suivant a été affiché dans tous les bureaux :

« Ordre a été donné aux chefs de départements de suspendre tout employé qui arrivera ou partira avant les heures de bureau, ou qui prendra plus d’une heure pour son repas du midi. »

Or, ce matin, une scène indescriptible et des plus mouvementées a eu lieu, à l’hôtel de ville.

Tous les employés devaient arriver à neuf heures, et la conséquence naturelle, c’est qu’il y avait foule. On s’est bousculé, et il s’est produit des scènes drolatiques. L’on conçoit, en effet, que celui qui se trouve le dernier de la procession, bien qu’arrivé à l’heure juste, ne peut s’enregistrer à temps. Alors, il y a confusion. On se pousse on se bouscule, etc.

(Texte, publié dans La Presse, le 1er février 1901).

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