Histoire de Montréal

Extravagances olympiques

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Plusieurs causes mais deux responsables : Drapeau et Taillibert

Dans le rapport de la Commission d’enquête sur le coût de la 21e Olympiade, déposé hier, le 5 juin 1980, par le premier ministre Lévesque à l’Assemblée nationale, le je juge Albert H. Malouf identifie plusieurs causes principales pour expliquer l’augmentation du coût des Jeux, qui ont fait un prodigieux bond de $1,2 milliard entre l’annonce des Jeux modestes en décembre 1969 et la concrétisation du projet en 1976.

Mais le juge Malouf accuse surtout deux personnes d’être responsables du fait que les Jeux ont coûté onze fois plus cher qu’au moment de l’annonce du projet : le maire de Montréal Jean Drapeau et l’architecte Roger Taillibert.

« Irresponsabilité administrative », « incroyable incurie administrative de la part du maire de Montréal et des autorités de la Ville », « inexcusable négligence administrative »… La Commission Malouf va même jusqu’à conclure que « le maire Drapeau et l’ensemble du Conseil et du Comité exécutif ont failli à leurs devoirs et obligations puisqu’ils se devaient, à titre d’administrateurs et de représentants du public de respecter l’annonce des Jeux modestes préconisés lors de leur obtention, en fixant une limite au coût des installations olympiques et en veillant à ce qu’elle soit respectée. En ce faisant, ils ont agi de façon contraire aux intérêts de la collectivité.

Blâme sévère

Si la Commission blâme sévèrement le maire Drapeau, « qui s’est institué lui-même maitre d’œuvre et directeur du projet », elle n’en excuse pas moins la conduite de l’ensemble des membres du Conseil et du Comité exécutif de la Ville, « qui, dans les circonstances, ont failli à leurs responsabilités par leur manque de vigilance et leur attitude complaisante ».

Dix facteurs ont particulièrement contribué à l’augmentation du coût des Jeux :

  1. L’abandon de la notion de Jeux modestes et le choix d’un concept inédit pour les principales installations du Parc olympique (le complexe stade-mât-piscines et le vélodrome) , un concept qui ne reposait que sur des considérations d’esthétique et de grandeur, sans qu’aucune étude sérieuse de coûts et de réalisation ne précède le choix du concept Taillibert. « Les faits établissent également que le maire Drapeau a irrévocablement fixé son choix sur le projet Taillibert, à l’exclusion de tout autre, et que sa volonté de la réaliser dans son intégralité s’est maintenue jusqu’à la fin.
  2. Absence d’une véritable direction du projet, le maire gardant la main haute sur tout. « Non seulement il n’avait ni les aptitudes, ni les connaissances nécessaires pour exercer cette fonction mais encore, à titre d’homme politique et de premier magistrat d’une ville, il n’aurait pas dû se placer dans une telle situation.
  3. Acquisition d’installations superflues, inutilement luxueuses et exceptionnelles : « le bassin olympique qui a coûté $25 et qui constitue aujourd’hui un éléphant blanc, étant très peu utilisé; le Centre Étienne-Desmarteau, $11,6 millions, qui a coûté deux fois plus cher par rapport aux besoins de la ville; le Vélodrome, $75 millions, une œuvre extravagante, sans aucune mesure avec les exigences olympiques et les besoins de la Ville après les Jeux olympiques; espaces sujets à aménagements dans le mât et sous les gradins du stade qui n’étaient pas nécessaires; viaduc de la rue Sherbrooke, fontaines et dalles promenade qui furent érigés à grands frais et que la Commission considère comme des extravagances bien représentatives des abus consacrés à l’esthétique et à la grandeur des installations du Parc olympique. »
  4. Le choix du concept du Village olympique, sans appel d’offres ni concours, basé uniquement sur la fascination du maire Drapeau pour les installations de la marina Baie des Anges en France.
  5. L’adoption, le 28 juin 1974, du projet des pyramides de Les Terrasses Zarolega Inc., comme base du Village olympique, sans que le problème du financement ne soit réglé, le maire négligeant en cette circonstance d’informer le COJO et le public de cette grave lacune.
  6. Le retrait de la Ville du dossier du village en octobre 1974.
  7. L’absence d’organisation et de mécanismes de contrôle valables en matière de relations de travail.
  8. Le retard considérable apporté à la préparation des informations nécessaires au gouvernement du Canada pour l’instauration du programme de financement des Jeux et l’assujettissement à l’approbation de ce programme de l’engagement des professionnels nécessaires à la préparation et à la réalisation des travaux.
  9. La non-instauration, dès l’obtention des jeux, d’un système intégré de contrôle des coûts. « Le concept a d’abord été choisi puis exécuté et les dépenses d’organisation et de construction furent payées sans égard à la note que les contribuables auraient à défrayer après les Jeux. »
  10. Le choix d’un architecte-conseil étranger (qui, dans les faits, fut l’architecte en titre) et le rôle exceptionnel que le maire de Montréal lui a laissé jouer dans la conception et la réalisation du projet. « Le fait qu’il ait dirigé la réalisation de son œuvre à une distance de plus de 3,000 milles de Montréal, depuis ses bureaux parisiens, a engendré de multiples et sérieux problèmes de coordination et de relations de travail, qui ont contribué à l’augmentation des coûts.

tour inclinee

Vu du Stade et du Village olympiques depuis la tour inclinée. Photo : © GrandQuebec.com

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