Vous ne le saviez pas !

QuébecLeaks

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QuébecLeaks

Le 16 février 2011, des internautes québécois ont lancé un site Web inspiré de WikiLeaks, mais fait par des Québécois pour des Québécois. Sur ce site, appelé QuébecLeaks, les individus disposant d’un accès privilégié à des documents sensibles peuvent les rendre publics anonymement. Il s’agit d’un grand pas pour l’humanité vers la démocratisation de l’information, assurent les partisans du tout dire.

Le site QuébecLeaks se veut une plateforme plus locale, qui ne diffuse que des documents en lien avec les affaires publiques de la Belle province. Selon la déclaration des concepteurs publiée quelques jours avant le lancement de leur site, ils sont un groupe fortement décentralisé composé de plusieurs personnes et constitué de tous les genres, mais avant tout d’entrepreneurs et d’experts. Tous ces gens seraient choqués et indignés par le climat politique au Québec ainsi que par de nombreuses allégations de corruption.

Le groupe reproche notamment à WikiLeaks d’avoir nui à sa cause en diffusant des documents qui relataient des «discussions de nature superficielle» entre diplomates. Pourtant, QuébecLeaks promet d’être plus sévère dans le tri des documents qui pourraient lui être confiés.

Le site QuébecLeaks forcera peut-être les politiciens à rester constamment sur leurs gardes, alors, les gens vont être beaucoup plus prudents dans leurs échanges.

Cependant, plusieurs sont d’avis qu’il faut se méfier des zélotes de la révélation à tout prix. En effet, les documents mis à la disposition du public par ce site peuvent paraître, à première vue, alléchants et un grand nombre de Québécois demeurent convaincus qu’on leur cache les choses. Ainsi ils peuvent enfin regarder par le trou de la serrure. Cela paraît amusant, mais rappelons que la démarche de WikiLeaks a ébranle tout le système des relations internationales fondées sur le respect des conventions de Vienne, mais aussi sur des règles admises tacitement par tous. Le secret et une certaine dose d’hypocrisie en font partie et la discrétion est un impératif pour éviter les surenchères. Au Québec, avons-nous l’affaire à la même situation dangereuse?

Ce qui arrive maintenant, c’est que l’information circule sans aucun filtre, mais parfois, les filtres peuvent être très nécessaires.

Alors, ces documents relatifs au gouvernement, aux organisations paragouvernementales, aux syndicats et aux entreprises aideront-ils à diminuer, voire faire disparaître la corruption ou au contraire, cette «transparence complète» mènera au long terme à des crises politiques, à des hausses de prix et à l’instabilité au Québec?

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QuébecLeaks : un morceau de carbone avant le travail du joaillier ou un char de combat destiné à détruire la stabilité au Québec? Photo : © Grandquebec.com

Les créateurs de QuébecLeaks nous rappellent avec raison qu’il ne faut pas oublier qu’en démocratie, ce sont les politiciens qui doivent répondre à nous et non l’opposé.

Mais la démocratie pure dégénère facilement en anarchie qui résulte beaucoup pire qu’une démocratie imparfaite. D’ailleurs, il n’existe aucune démocratie sans la responsabilité des membres de la société et c’est cette responsabilité qui peut manquer aux adeptes de QuébecLeaks. On verra enfin si c’est un désir de nettoyer le Québec ou tout simplement l’envie de devenir vedettes d’un jour que les mène dans cette croisade.

D’ailleurs, on sait que la cote de popularité – et souvent de crédibilité – des journalistes est à peine au-dessus de celle des vendeurs de voiture usagées et ce malgré le fait que journalisme professionnel a prouvé sa pertinence en déterrant toutes ces affaires de conflits d’intérêts et de corruption au Québec, remplissant ainsi son rôle de quatrième pouvoir.

QuébecLeaks, est-ce donc un grand sac poubelle dans lequel on retrouve tout et rien ou s’agit-il d’une boite de Pandore dans laquelle on fouille afin d’en repêcher les éléments pertinents? Sans analyse, sans recul et mise en contexte – sans le travail d’un professionnel -, l’information brute qu’on y retrouve ne veut souvent rien dire. Il devient plus difficile de distinguer le journaliste professionnel de l’amateur et le journalisme de la communication en général. À nous, les citoyens responsables de définir notre rôle et de réaffirmer notre importance.

Bref, le Québec vit dans une époque de changements inévitables, de changements drastiques et peut être néfastes. On verra.

Par Andrea Bisoni et Stavros Antonidis, spécial pour GrandQuebec.

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