Vous ne le saviez pas !

Mystères de l’Univers

Mystères de l’Univers

Les mystères de l’Univers

De la Terre à la Lune : est-il possible de faire ce voyage? – Un professeur américain aurait inventé une fusée géante pour atteindre notre satellite

(Ce texte est démesurément long, compte tenu des critères retenus pour notre site Internet. Mais devant l’intérêt que suscite l’astronautique, et la pertinence d’un texte qu’on jugeait sans doute farfelu au moment de sa parution, le 21 février1920, nous avons jugé bon de faire exception à la règle et le présenter en entier. En tout cas, s’est amusant de lire que la première fusée n’ira dans la Lune que dans deux ou trois mille ans…)

Un professeur de physique américain, le Dr. Robert H. Goddard, de l’Université de Clark, se propose de construire une fusée qui permettrait de franchir la distance de la Terre à la Lune, soit environ 240,000 milles, en 48 h.58 minutes, ou à peu près.

Quelle serait cette fusée, quel serait son poids, comment serait-elle mue? Autant de questions qui doivent tout d’abord intéresser. La fusée à double carapace d’acier aurait à peu près la forme du sous-marin de Jules Verne (forme de cigare); son poids serait d’environ 2,000 livres et sa longueur de 200 pieds; un appareil gyroscopique la maintiendrait en équilibre, c’est-à-dire qu’elle ne pourrait tourner à la façon d’un boulet de canon ou d’une balle de fusil rayé. À l’intérieur, tout un aménagement « ad hoc » : chambre du pilote, quartier des voyageurs, lits, tables et chaises comme dans un transatlantique, réservoirs d’oxygène pour entretenir la respiration, dynamos, chauffage et éclairage électriques, vivres concentrés, réservoirs d’eau, etc., lancement sur rouleaux en double série angulaire.

Comment serait mue cette gigantesque machine? Un savant aviateur français, M. Esnault-Pelterie, estime que la force nécessaire pour propulser cet appareil, qu’il suppose d’un poids de 2,000 livres environ, devrait atteindre 4, 760, 000 chevaux-vapeur. Or, le professeur Goddard propose de propulser sa machine au moyen d’une série de charges à déflagrations successives. M. Esnalut-Pelterie fait très justement remarquer qu’aucun explosif connu n’est assez puissant pour produire cette force continue. Le radium peut-être, pourrait accomplir cet exploit, mais où prendre ce radium, dont il faudrait au moins 400 livres, quand dans le monde entier, il y en a à peine quelques onces?

Quoiqu’il en soit, supposons que le propulseur de la fusée puisse être mu par le radium et que la machine parvienne à progresser vers la Lune, la question du voyage serait-elle résolue?…

mouvement

Le Mouvement par Needforphoto.com

Il ne sert de rien à l’homme de gagner la Lune s’il vient à perdre la Terre. (François Mauriac, écrivain français)

Rien de nouveau

Disons, d’abord, que la question d’un voyage à la Lune n’est pas noouvelle; elle est même très ancienne.

Lucien de Samosate, un rhéteur et philosophe grec qui vivait vers l’an 150 en Syrie, l’avait déjà imaginé; mais ce n’était qu’un produit de son esprit railleur et sa verve satirique.

Cyrano de Bergerac, le héros de Rostand, et qui vivait en France en 1640, si il fut bon poète fut aussi un philosophe hardi; il a, dans son « Autre Monde », fait un voyage imaginaire aux régions de la Lune, du Soleil et dans le royaume des Oiseaux.

Enfin, Jules Verne est venu, qui a été le plus notoire parmi les cent écrivains qui contèrent les péripéties d’un voyage imaginaire de la Terre à la Lune.

La Science muette

Mais la Science, elle, qu’a-t-elle fait, qu’a-t-elle dit à ce sujet, depuis des siècles? La Science plus circonspecte, pas du tout railleuse et poursuivant un tout autre but que les romanciers, la Science, toujours, est restée muette. Pourquoi aurait-elle parlé, pourquoi aurait-elle protesté, puisque, jusqu’à maintenant, tous ceux qui ont « voyagé dans la Lune », n’avaient pas voulu se prendre au sérieux, et n’avaient donné libre essor à leur imagination que pour plaisanter, comme Lucien de Samosate, ou pour amuser tout en semant son œuvre de renseignements scientifiques précieux, comme Jules Verne.

Aujourd’hui, il en est tout autrement, car il semble que le professeur de l’Université de Clark se prenne réellement au sérieux; la Science se décide donc à parler, et tout de suite elle déclare que ce voyage de la Terre à la Lune est impossible, quel que soit le désir qui puisse hanter les habitants de la Terre de visiter la planète mystérieuse qui s’intéresse à nous, puisqu’elle consent à nous éclairer la nuit, en empruntant sa lumière du Soleil.

Parmi les savants qui déclarent impossible le voyage de la Terre à la Lune se trouve M. Camille Flammarion, dont l’imagination a pourtant fort voyagé dans les astres, depuis quelques années, mais qui a souvent envisagé hypothèse de ce voyage aérien réel, toujours en la rejetant finalement. Il est plus que sceptique, quant à la possibilité d’un succès même partiel du moyen offert par le professeur Goddard, et on peut être sûr que si celui-ci s’introduit dans sa fusée, M. Flammarion ne l’accompagnera pas.

Formules mathématiques

Le grand astronome français ne nie pas que dans le domaine théorique, tout est possible. « Jadis, dit-il, quand je travaillais avec Le Verrier, je me plaisais à réduire toutes les difficultés par des formules mathématiques, et mon maître me disait souvent : « Il n’y a rien de plus sûr, en effet, que les formules mathématiques… Mais c’est comme le moulin à café, tout dépend de ce que l’on met dedans… Si on met des pierres dans le moulin, il ne broiera cerainement pas le grain brun et odorant que nous aimons tant… »

De la théorique à la pratique, il a loin, souvent ; ici, dans le sujet qui nous occupe, il y a un abime, et si nous voulions forcer la figure de rhétorique, nous dirions même plusieurs abîmes, car en réalité, les obstacles sont aussi nombreux qu’insurmontables.

cosmos

L’homme et le Cosmos par Needforphoto.com

L’art est à l’image de la création. C’est un symbole, tout comme le monde terrestre est un symbole du cosmos. (Paul Klee, artiste peintre et sculpteur, extrait de Théorie de l’art moderne)

Les obstacles

Il y a d’abord le poids du véhicule et la force formidable qu’il faudrait pour propulser l’appareil; il y a encore l’impuissance des explosifs connus; et en supposant que le radium puisse accomplir cet exploit, il faudrait savoir où trouver ce radium qui n’existe pas en quantité suffisante dans le monde entier, du moins d’après ce que nous en connaissons actuellement. À moins que les esprits de sir Oliver Lodge et de Conan Doyle fassent office de chevaux… vapeur. Mais ne réveillons pas les morts.

Quand Jules Verne imaginait son canon et son boulet véhicule, il savait bien, en admirable savant qu’il était, que ce projet ne pourrait réellement réussir, même que pour une bien moins moindre distance que celle qui nous sépare de la Lune. Il déclarait lui-même qu’il ne fallait pas y songer sérieusement, pour la bonne raison que par force d’inertie, il (le contre-coup) écraserait les voyageurs au départ, aussi douillettement enfermés fussent-ils dans leur boulet ».

Plus tard, peut-être…

Le contre coup au départ, ne serait peut-être pas aussi violent dans la fusée Goddard, mais bien d’autres difficultés se présentent, en dehors de celles que nous avons indiquées plus haut. Rien ne sert de partir à point; il faut savoir si et comment on arrivera.

– Alors, comment demande-t-on à M. Flammarion, vous ne pensez pas d’aller dans la Lune avant de mourir?

– Ni même après ma mort, répond l’astronome, en souriant.

– Alors, nous n’irons pas dans la Lune?

– Pour le moment, n’y songeons-pas…

Mais le grand astronome, tout en restant sceptique vis-à-vis du projet Goddard, ne prétend fixe, de ce côté, aucune limite à la Science :

– « Je ne dis pas que, plus tard, dans plusieurs siècles, dans deux ou trois mille ans, peut-être, on n’enverra pas une fusée quoi contournera la Lune et reviendra s’écraser sur la Terre… Je crois même qu’on y arrivera; mais, pourra-t-on introduire un individu dans la fusée, et cet individu parviendra-t-il vivant jusqu’à la Lune? Ceci, c’est une autre question, plus délicate encore que la première, et que je ne me charge pas de résoudre».

Ici, il importe de considérer notre atmosphère comme milieu de progression de la fusée, le grand froid des espaces interplanétaires et le climat de la Lune. Il est évident que la température s’abaisserait à mesure de la progression de plus en plus accélérée de la fusée, et qu’elle descendrait bientôt à 458 degrés au-dessous de zéro. Contre cette formidable difficulté et pour la combattre, qu’offre le projet Goddard? La seule protection d’un espace vide (vacuum) entre les deux parois de l’enveloppe de la fusée. Cela, d’après l’inventeur, serait suffisant pour neutraliser l’effet du froid atmosphérique, comme celui des espaces planétaires. En théorie, c’est très bien imaginé, mais en pratique, il faudrait voir!

Et dans la Lune, si le professeur Goddard ou d’autres y parvenaient, pourraient-ils y vivre, même s’ils y arrivaient vivants? La Lune, on le sait, est un astre mort, glacé, depuis longtemps; nul habitant de la Terre n’y pourrait descendre sans être suffoqué instantanément. On a bien essayé, en ces derniers temps, de découvrir sur notre satellite quelque trace de végétation, et des observations tendent à nous faire supposer qu’il y en a en effet; mais nous ignorons absolument qu’il y ait des habitants dans la Lune; nous somme même certains qu’il n’ a pas, là-haut, d’être comme ceux qui habitent la Terre ou qui approchent même de leur nature. Qu’irait donc faire là-bas, le terrien audacieux qui penserait aller visiter « l’homme dans la Lune »?

Vitesse et attraction

Un mot, maintenant, de la vitesse de la fusée et de l’attraction de la Terre et de la Lune. Cette vitesse de la fusée est estimée entre 5000 et 6000 milles à l’heure. Si cette vitesse n’est pas modérée, en arrivant à la Lune, la fusée et tout ce qu’elle contient seront tout simplement volatilisés. Mais supposons qu’on arrange tout le mécanisme pour que, dans le voisinage de la Lune, la vitesse de la fusée soit à peu près nulle ou diminuée à l’extrême; serons-nous plus avancés?

Pour échapper à l’attraction terrestre, la fusée devrait conserver sa grande vitesse jusqu’à une distance de 213, 000 milles de la Terre; passé ce point, c’est-à-dire, à 27, 000 milles de la Lune, c’est l’attraction de celle-ci qui se ferait sentir, force formidable à laquelle il serait impossible d’échapper, même en faisant machine en arrière, et l’on viendrait s’écraser sur l’astre mort, si toutefois on ne devait pas tourner indéfiniment autour de notre satellite, ou encore le contourner simplement, comme le prévoit M. Flammarion, pour revenir s’écraser sur la Terre.
Décidément, nous n’irons pas dans la Lune. Pour le moment, du moins, n’y songeons pas!

espace infini

The Sphère par Needforphoto.com

Parmi les choses répandues au hasard, le plus beau : le cosmos. L’harmonie invisible plus belle que la visible. La Nature aime se cacher (Héraclite d’Ephèse, philosophe grec)

Pour compléter la lecture

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>