Vous ne le saviez pas !

Le Berceau

Le Berceau

Le Berceau

Par Perette Brizard

Depuis que le monde est monde le meuble le plus aimé dans une maison est le berceau. Et il n’est si pauvre logis où le berceau moelleux ne soit couvé des yeux.  Les parents qui savent les misères du passage de la vie embarquent le nouveau-né sur une nef jolie, futur lui rendre plus douce la traversée.
 
Les premiers berceaux. – Le premier berceau fut les bras d’une mère.

En Afrique les femmes emportent sur leur dos le hamac d’étoffe où niche le petit. Il est d’ailleurs curieux de constater combien chez les peuples les moins civilisés, l’amour ingénieux fies mères a su suppléer à l’insuffisance de matériaux propres a créer un berceau. Chez les Lapons, l’enfant dort dans un petit sabot de bouleau, évasé du bout et bourré de mousses sèches. Et il a pour langes de fines peaux de rennes nouveau-nés, douces comme plumeau au toucher, Une capote de cuir à laquelle sont suspendues des perles de couleur et des chaînes de métal, qui égaient l’enfant, le protège contre la neige, la pluie et le soleil.

« La Laponie n’a qu’un art, qu’un objet d’art, » a dit Michele.

La Laponne, qui suit son mari dans ses longues chasses, attache ce berceau sur son dos et arrivée A la halte elle le suspend par une courroie à une branche d’arbre, de telle sorte, que l’enfant, balancé par son propre poids, ne s’aperçoit pas que sa mère ne le porte plus.

Grèce : – Le Berceau grec, d’après un vase peint du musée du Vatican, était une sorte de corbeille fermée, ne laissant à découvert que la partie supérieure du corps de l’enfant. À en croire l’étymologie du mot qui le désignait, il devait avoir la forme d’un auge ou d’un petit bateau, que l’onon pouvait faire osciller.

Rome : – Chez les romains le Berceau ressemblait aussi à une barque. Nous savons que des liens encerraient la couchette de l’enfant  – pour que ne pût choir le nouveau-né. Langes, coussin, matelas; le petit romain possédait une literie complète

XVIIe et XVIIIe siècles. – Au XVIIe siècle,  les Berceaux des grand furent plus des meubles de parade que des couchettes faciles à balancer. Par contre, au XVIIIe siècle, l’usage des gracieuses et légères bercelonnettes tendit à se répandre de plus en plus.

XIXe  siècle. – Le Berceau en forme de nef fut encore à la mode pendant le dernier siècle. Les Berceaux du  roi de Rome, du comte de Chambord, du comte de Paris, du duc de Bordeaux peuvent être considérés nomme des meubles d’apparat. Très riches de décoration ils n’ont pas le caractère gracieux des bercelonettes, ces nids suspendus que nous a légués le XVIIIe siècle, et que la tendresse et l’orgueil maternels enveloppent de cascades de dentelles, transforment en petite tente toute blanche sous laquelle l’enfant est protégé comme une fleur délicate sous un voile transparent.

Faut-il bercer les enfants ?

Buffon a dit – l’un des premiers- que l’on abuse du bercement. Et il faut bien avouer que de trop nombreux parents cherchent à endormir l’enfant qui crie, sans songer à découvrir la cause qui met le Berceau en émoi. Beaucoup d’enfants souffrent au Burceau: trop serrés, trop emaillottés.

Pour endormir l’enfant, il n’est rien de plus doux qu’une chanson de berceuse chantée par une mère.

Les flots de dentelles, doublés de soie bleu ou rose, n’égaient pas autant les yeux de l’enfant que la simple indienne de couleur qui empêche la lumière de frapper trop vivement ses petits yeux.

Le Berceau est près du lit de ta mère; à tout instant sa pensée s’y reporte, sans cesse aux aguets, sans cesse inquièteé

La toile remue. Pourquoi l’enfant ne dort-il pas? Depuis bientôt trois heures le rideau est immobile. Pourquoi l’enfant dort-il si longtemps?

Mais quelle douce musique pour ta mère, quand l’enfant commence à froisser l’étoffe de ses mains! Et combien plus agréable encore un jour après mille efforts, l’enfant, soulevant un coin du rideau, cherche l’ange maternel qui veille à ses côtés.

Car la mère est là ; elle est là, toujours, heureuse, guettant le sourire, la syllabe nouvelle, tout ce que le rêve de la nuit a déposé dans cette âme qui grandit sous les caresses que le matin ramène avec le soleil.

Le texte publié dans La Canadienne, Janvier, 1920

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