Vous ne le saviez pas !

La couleur des cheveux et les destinées

La couleur des cheveux et les destinées

Dis-moi la couleur de tes cheveux, je te dirai qui tu es…

Une Américaine s’est livrée à une enquête auprès de quatre mille femmes mariées, enquête qui a donné d’étonnantes révélations. Les jeunes femmes aux cheveux rouges seraient particulièrement dangereuses pour la paix des ménages ; elles seraient responsables, chaque année, d’un nombre considérable de fugues et même de divorces. Les femmes aux cheveux jaunes seraient également redoutables. Les brunes font aussi les ravages dont les cœurs masculins, mais en moins grand nombre que les rosses ou les jaunes. Un auteur américain nous a pourtant affirmé que « les hommes préfèrent les blondes ». Avec les modes actuelles il est d’ailleurs de connaître la couleur exacte des cheveux de pas mal de jolies femmes : les teintes, qui ont atteint un extraordinaire degré de perfection, leur permettent de s’offrir des chevelures dont la couleur va du blond platiné au rouge vermillon en passant par le vert-véronisé.

Les femmes rousses ont tout de même beaucoup d’ennemis en Amérique et au Canada. Une ligue s’est formée, il y a quelques années, dans le but d’empêcher les jeunes gens d’épouser des femmes aux cheveux ardents. Les femmes rousses, affirment les fondateurs de cette ligue extravagante, sont coléreuses, légères, menteuses, méchantes et inaptes au travail.Il est évident qu’une jeune fille qui aurait de pareils défauts ne pourrait faire une épouse exemplaire ; mais on nous fera difficilement admettre que la couleur des cheveux puisse exercer une influence aussi néfaste sur le caractère. Nous conseillons tout de même à nos lectrices d’éviter de se teindre en rousse si elles ont l’intention d’aller visiter l’Exposition de New-York.

Puisque nous parlons des cheveux de couleur, nous ne pouvons passer sans silence les cheveux blancs. La canitie qui nous apporte inéluctablement la vieillesse, peut se produire à tout âge, dans un délai extrêmement rapide, voir instantanément.

Les exemples sont nombreuses et difficilement contestables. C’est un fait historique que la reine Marie-Antoinette, entrée à la Conciergerie sans un seul fil d’argent devint presque entièrement blanche pendant le séjour qu’elle y fit avant de monter à l’échafaud.

En 1830, une femme Leclerc citée en justice pour témoigner dans le projet de Louvel, assassin du duc de Berry, eut une telle appréhension qu’elle blanchit du jour au lendemain. Un seigneur espagnol blanchit en quelques heures en apprenant qu’il allait être décapité, et il en fut de même de Ludovic Sforza lorsqu’il tomba au pouvoir de Louis XII. Saint-Vallier blanchit également, dit-on, lorsqu’il apprit le déshonneur de sa fille, Diane de Poitiers.

Aux Indes, une révolté, passant en jugement devant une cour martiale, blanchit pendant son interrogatoire.

Un enfant qui se trouvait avec sa mère dans une voiture dont le cheval s’emporta, vit, huit jours après, cinq mèches blanches lui venir dans les cheveux, dont la position correspondait aux cinq doigts de la main que sa mère avait posée sur sa tête, au moment de l’accident, pour le protéger ou le soutenir.

Les cheveux blancs n’ont jamais déparé un visage jeune les jolies marquises du temps de Louis le Bien-Aimé l’avaient, en se poudrant, admirablement compris. Nous redoutons les cheveux blancs pour nous-mêmes, mais nous les aimons parce qu’ils mettent beaucoup de douceur autour du cher visage de nos bonnes grand’mères.

Après la canitie, parlons de la calvitie qui, elle, est nettement fâcheuse. Certains chauves font courir le bruit que la calvitie provient d’un excès de travail cérébral. Ce n’est pas exact, nous rencontrons fréquemment des intellectuels et des savants portant de magnifiques chevelures et des idiots avec des crânes plus dénudés que le Sahara.

Il y a maintenant des remèdes plus ou moins efficaces pour combattre la calvitie, et la lutte contre la chute des cheveux date de la plus haute antiquité. Les anciens se servaient du sang de mouche, qui, disaient-ils, était excellent pourvu qu’on ait frotté préalablement le crâne avec une feuille de figuier. Si on y ajoutait du miel, alors, c’était souverain.

On se servait aussi de la peau de hérisson brûlée dans la poix liquide, ainsi que de celle de porc-épic. La fiente de brebis pilée dans le miel et l’huile de Cyprus avaient aussi de grandes vertus pour ramener les cheveux disparus.

Pour empêcher la chute des cheveux, il suffisait, affirmaient des guérisseurs plus ou moins scrupuleux, de s’enduire la tête d’une pommade composée de la cendre d’un lézard vert mêlée à de la graine d’ours et à de l’oignon brûlé. Ces ingrédients, sauf l’oignon, n’étaient pas tellement faciles à trouver, mais des vendeurs habiles faisaient passer de la graisse de bœuf pour de la graisse d’ours et de la cendre de bois pour le produit de la calcination d’inoffensifs sauriens. La bonne pommade et la mauvaise donnaient toujours les mêmes résultats : les cheveux continuaient de tomber, et les clients se résignaient.

Il y a un moyen de masquer, sinon de combattre, la calvitie, il est employé depuis des siècles : c’est de porter perruque. Si on en prend grand soin, la perruque ne manque pas d’une certaine élégance et elle peut défendre ceux qui l’adoptent contre le fâcheux coryza.

(Tiré du journal Ève, édition juin 1939).

« Il est embarrassant d'expliquer des réflexions : c'est comme si l'on se rétractait. » (Elias Canetti, écrivain bulgare, né en 1905 et mort en 1994, Le coeur secret de l'horloge)
« Il est embarrassant d’expliquer des réflexions : c’est comme si l’on se rétractait. » (Elias Canetti, écrivain bulgare, né en 1905 et mort en 1994, Le coeur secret de l’horloge) . Photo de Megan Jorgensen.

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