Littérature

Roman de la terre

Roman de la terre

Roman de la terre

Au Québec, le roman de la terre du XIXe siècle reflète l’orientation de la société canadienne-française à la suite des « troubles de 1837-1838 ». En effet, la société réagit à la triple menace qu’elle considère comme dangereuse à la préservation de son identité :

L’assimilation par la société anglophone préconisée par le rapport Durham, déposé en 1839 à la Chambre des communes du parlement britannique par le gouverneur général Durham qui est d’avis qu’au Canada, deux nations se font la guerre au sein d’un même État. Durham propose alors l’assimilation des Canadiens français, « de ce peuple sans histoire et sans littérature » par le biais de l’union du Haut et du Bas-Canada, où les Canadiens français seraient minoritaires.

L’augmentation sensible de l’immigration massive britannique qui débute vers 1830 (par exemple, en vingt ans, de 1851 à 1871, la population montréalaise passe de 57 mille à 107 mille habitants).

L’exode rural massif d’agriculteurs qui cherchent des emplois dans les usines de la Nouvelle-Angleterre, créées au début du XIXe siècle lors de la première révolution industrielle. Près d’un million de Canadiens y émigrent.

Alors, pour parer à ces trois phénomènes que le public perçoit comme trois dangers, la société colonisera de manière progressive les vastes territoires du nord, conformément au vœu du curé Antoine Labelle, surnommé le Roy du Nord. La société voit dans l’agriculture la panacée qui assurerait la sédentarisation des migrants.

Une prise de cette conscience s’amorce donc parmi des écrivains comme Patrice Lacombe, Antoine Gérin-Lajoie, Pierre-Joseph-Oliver Chauveau (la tout premier premier ministre de la province de Québec de 1867 à 1873, après la création de la Confédération canadienne, et écrivain).

Ces auteurs souhaitent que le roman colle mieux à la réalité canadienne. Ils essaient de mettre en valeur l’histoire et les mœurs traditionnelles. Par exemple, le roman la Terre paternelle de Lacombe, paru en 1846, est le modèle (bien qu’encore imparfait), du roman de la terre qui dominera le Canada français pendant cent ans. L’auteur y dénonce l’abandon de la terre paternelle pour un emploi en ville (la ville pourtant n’est pas un lieu de déchéance et le coureur des bois qui décide de s’y établir, n’est pas puni par la mort, comme dans les autres romans de la terre qui suivront).

Charles Guérin de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau et surtout Jean Rivard de Gérin-Lajoie présentent des cités utopiques, des républiques idéales, intégrant dans un juste équilibre l’agriculture et l’industrie manufacturière.

Ces romans reflètent d’ailleurs un rêve d’autarcie, c’est-à-dire, d’indépendance économique de l’habitant. C’est cette idée qui sera reprise beaucoup plus tard par la Révolution tranquille avec son slogan Maîtres chez nous.

D’ailleurs, déjà à l’aube du XXe siècle, pour plusieurs écrivains québécois (Hémon, Groulx, Savard) la terre n’est qu’un mythe, un symbole de durée que rien ne saurait perturber : « Au pays de Québec rien de doit mourir et rien de doit changer », lit-on à la fin de Maria Chapdelaine de Louis Hémon.

À la sacralisation de la terre prônée par ces romans plutôt « mythiques » s’oppose sa déchéance et sa désacralisation. Dans La Scouine, par exemple, Albert Laberge met en scène les forces autodestructrices de la terre. Par contre, Nord-Sud de Léo-Paul Desrosiers ou Le Survenant de Germaine Guèvremont soulignent une tension permanente : celle qui suscitent le désir d’évasion du nomade et la résistance du sédentaire, attaché à sa terre.

Enfin, notons que l’histoire et le roman peuvent avoir une même structure narrative, mais l’œuvre romanesque se veut fiction, affabulation, peu soucieuse en général de la véracité des faits racontés (exception faite du roman naturaliste et de sa prétention documentaire).

roman de terre

La terre paternelle. Photo : © GrandQuebec.com

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