Littérature

Littérature au féminin

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Femme, féminisme et féminitude

L’un des premiers champs de bataille des revendications féministes est la langue, sexiste aux yeux de plusieurs. En effet, pou plusieurs femmes, la règle grammaticale traditionnelle édictant que le masculin l’emporte sur le féminin serait l’un des signes patents de l’« hégémonie masculine », au même titre que l’absence de marqueur ou de nom féminin pour la majorité des corps d’emploi. Alors au Québec, les appellations écrivaine ou auteure participent des revendications féministes, témoignant de la présence des femmes dans la littérature.

En fait, des femmes ont écrit une part très importante de la production littéraire de la seconde moitié du XXe siècle. Par exemple, les auteurs du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec leur attribuent 40% de la production totales de romans écrits entre 1976 et 1980. Ces données se vérifient dans les autres genres littéraires – essai, théâtre, poésie, même s’il est parfois difficile de cataloguer une œuvre dans un genre particulier, alors qu’aujourd’hui la littérature fait éclater plusieurs frontières qui étaient mieux définies dans le passé.

Au théâtre, en roman ou en poésie, les œuvres se multiplient; elles donnent une voix à ces héroïnes (mères, filles, amantes, ouvrières, artistes…) qui doivent composer avec une réalité souvent hostile et régler leur compte avec celles et ceux (!) qu’elles accusent d’avoir participé à un grand complot contre les femmes.

thought

Je réclame la liberté à grand cri (Camille Claudel, née à Fère-en-Tardenois le 8 décembre 1864, décédée à Montfavet, le 19 octobre 1943), sculpteure française, sombrée dans la paranoïa et internée en maison de santé où elle meurt après trente ans de réclusion. Illustration: Thought. © Droit d’auteur Videofederation

Alors, au départ, les femmes écrivent à propos de leur condition d’opprimées, dénonçant les stéréotypes, faisant la preuve de l’égalité des sexes et proposant une nouvelle image d’elles-mêmes, conforme à leurs aspirations et leurs désirs.

Plusieurs femmes ne craignent pas de mêler les styles, de jouer avec les genres ou de s’adonner à des pratiques qui échappent à la classification traditionnelle.

Dans les années 1970, on assiste à l’émergence de l’essai au féminin : tantôt existentiel comme chez Louky Bersianik (auteure du célèbre « roman féminin » L’Euguélionne, paru en 1976), France Théoret (Entre raison et déraison, 1987), Nicole Brossard (La Lettre aérienne, 1985), tantôt d’allure psycho-socio-historique, comme chez Madeleine Ouellette-Michalska (L’Échappée des discours de l’œil, 1981), Patricia Smart (Écrire dans la maison du père, 1988), tantôt socio-politique (Djemila Benhabib, Ma vie à contre-Coran et les Soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident). En fait, dans l’essai, la subjectivité d’un « je » dénonciateur cède souvent la place à un « nous » de solidarité. Le « je » s’estompe parfois pour laisser la place à une voix neutre crédible et authentique, « hors de tout soupçon », à la manière de l’écrivaine française Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe. La revue Arcade dirigée par Claudine Bertrand, parait en 1980.

sculpture en bleu

Le présent n’est pas un passé en puissance, il est le moment du choix et de l’action. (« Pour une morale de l’ambiguïté », Simone de Beauvoir, née à Paris le 9 janvier 1908, décédée à Paris le 14 avril 1986), adepte du courant philosophique de l’existentialisme auquel elle a contribué.) Illustration : Sculpture en bleu. © Droit d’auteur :  Videofederation

Le récit autobiographique, le journal, et, plus encore, l’essai deviennent des lieux privilégiés de l’expression d’une féminitude jusque-là inédite.

D’ailleurs, tous les domaines de la pensée sont revisités à la lumière féministe : on réécrit même l’histoire générale du point de vue de l’activité des femmes (collectif Clio, Histoire des femmes du Québec); on refait l’histoire de la littérature en sortant des oubliettes des œuvres écrites par des femmes avant le XXe siècle (et qui avaient été méprisées); on repense la philosophie et l’histoire des idées en prenant en compte l’apport des femmes; on fait resurgir le destin tragique de certaines de ces artistes écrasées sous le poids de la société masculine.

« Écrire je suis une femme est plein de conséquences » constate Nicole Brossard et cette affirmation prend tout son sens quand on examine la production littéraire de cette période. De la relecture des grands classiques à la lumière d’un féminisme critique jusqu’aux écrits polémistes virulents, tous est mis sur la table, passé au crible.

Même le cinéma, avec un film percutant de la réalisatrice Anne-Claire Poirier, aussi bien le théâtre, avec les fées on soif de Denise Boucher, Du poil aux pattes des CWAC de Pol Pelletier, les nombreux collectifs de femmes, les arts visuels ou la dans sont également porteurs de cette onde de choc.

À partir des années 1980, l’ensemble des arts impose la présence des femmes et la pertinence tant de leurs questionnements que de leurs revendications.

Les dossiers et la réflexion développés dans les revues comme Les Têtes de pioche (1976-1979) ou Des rires et des luttes de femmes (1987-1981) attaquent de front diverses questions.

En 1978, le Conseil du Statut de la femme décide de produire un magazine gratuit, la Gazette des femmes, nom hérité d’un périodique du XIXe siècle. La vie en rose, d’abord insérée dans la revue Le Temps fou, prend dès 1980 le relais d’un féminisme militant qui s’essouffle. Cette revue propose un néo-feminisme d’avanatage centre sur l’affirmation individuelle et sur la recherche de nouveaux rapports hommes/femmes.

star attitude

« Dans l’écriture des femmes, c’est davantage la texture qui domine… La texture féminine échappe à une lecture critique axée uniquement sur la signification. Au contraire, elle ne se laisse approcher que lorsqu’on se met à l’écoute de ce qui ne semble pas signifier dans le texte… » (Patricia Smart, Écrire dans la maison du père, Montréal, Québec/Amérique, 1988, page 26). Illustration : ©  Videofederation

On scrute le passé pour mieux saisir le présent et garantir aux femmes un avenir à la mesure de leur fonction sociale et de leur valeur et plusieurs publications permettent de prendre le pouls de ces activités.

Le féminisme a bouleversé les idées reçues et provoqué la mise en place de nouveaux rapports hommes-femmes tant dans la vie de couple que dans la vie sociale et professionnelle. Les femmes de carrière (tout comme les hommes), font maintenant partie de la réalité quotidienne québécoise.

En conclusion, l’affirmation des femmes se manifeste de façon tangible en littérature qui demeure, encore aujourd’hui, le domaine où les œuvres sont les plus porteuses d’engagement. Malgré la place qu’elle a prise et l’influence que l’écrivaine a eue en littérature, l’écriture dite féministe est toujours précaire puisque l’institution littéraire demeure un cénacle où les hommes affirment toujours leur dominance et persistent encore les préjugés tenaces, inégalités et violence, petite ou grandes, signes évidents que les changements de mentalité ne se font pas en quelques années.

Par Elba

surreal

Les femmes n’ont point de plus grands ennemis que les femmes. (Charles Pinot Duclos né en 1704, mort en 1772, écrivain français, Considérations sur les moeurs de ce siècle). Illustration : Surreal © Tous droits réservés. Videofederation

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