Légendes du monde

Les seins perdus de la belle fiancée

Les seins perdus de la belle fiancée

Conteuse sénégalaise Dieynaba Guèye

« Baol-baol » de Bambey, Diéo est née Foulacounda à  Kolda il y a plusieurs hivernages.

Elle fit ses études à :

– l’école I de Kolda,

– Bassam Goumba de Dakar ;

– CEMG de Dieppeul à Dakar ;

-Gambetta à Kaolack.

Puis elle suivit une formation professionnelle en secrétariat à la Chambre de Commerce de Kaolack et à celle de Ziguinchor.

De l’IFP (Institut de Formation Professionnelle) de Dakar à L’École Supérieure de Commerce (Sup Déco), elle se perfectionna et accéda au niveau d’Assistante de Direction qui lui confère aujourd’hui le niveau de la licence.

Elle a eu à donner des cours de secrétariat à la Chambre de Commerce de Kolda et est actuellement à la Direction Générale de la SODEFITEX à Dakar.

Elle adore la lecture, les voyages conteurs et les promenades sous le soleil couchant au bord de l’eau ou à travers les champs fleuris.

mme guèye

Le sort de la femme la préoccupe au plus haut niveau. C’est pour ça qu’elle a créé et aidé un GIE de 100 femmes à Kolda : le TEESITOO. Pour expliquer cette préoccupation pour la femme, elle martèle : « du sort de la femme, dépend celui de l’enfant ». L’enfant ; la prunelle de la plume de Dieynaba.

Elle conte à travers les écoles, les festivals, les médias et le monde pour les enfants et pour les grands qui, forcément,  ont pu garder en eux, une part d’enfance.

LES SEINS PERDUS DE LA BELLE FIANCÉE

Il était une fois, une jeune fille si belle qu’on ne pouvait pas la dépasser sans se retourner.

Son père l’appela un jour pour lui dire :

– Ma fille, je veux donner ta main à mon neveu. Tu ne le connais certes pas, mais il fera pour toi un très bon époux.

La fille sortit de la case de son père, très fâchée.

– Pourquoi veut-il me choisir un mari ? Jamais je ne me marierais à ce garçon que je ne connais même pas. D’ailleurs, jamais je ne poserai le regard sur lui.

fiancée sénégal

Dans le village, une fois par semaine, toutes les jeunes filles se rendaient à la rivière pour laver le linge de la famille. Elles frottaient les habits contre de grosses pierres. Elles les trempaient ensuite dans de l’eau claire et les mettaient à sécher sur l’herbe, sur des troncs d’arbres ou sur les buissons. Quand tout le linge est étalé sous le soleil, elles se déshabillaient pour se baigner.

Après s’être déshabillées, elles enlevaient leurs seins. Elles les lavaient proprement à l’aide d’un savon parfumé et d’une éponge délicate. Elles les enduisaient d’huile de beurre de karité aux mille senteurs et les déposaient sur un morceau  satiné. Ensuite, elles plongeaient dans l’eau avec des éclats de rire. Elles s’amusaient beaucoup avant de remonter sur le rivage.

Elles remettaient leurs seins à leur place et se rhabillaient. Elles pliaient alors les habits qu’elles entassaient dans les bassines. Ces récipients en équilibre sur leur tête, elles s’engageaient à la queue leu-leu sur le sentier qui mène à leurs cases.

Un jour, tout le monde a pu remettre ses seins après la baignade sauf la fiancée rebelle. Elle chercha partout, mais ne trouva rien. Elle se rhabilla et courut vers sa mère. Elle lui chanta une question :

– Mère où sont mes seins ? Mère, où sont mes seins ? Je les ai lavés, je les ai enduits et je les ai posés. Mes seins seraient-ils noyés ? Mère où sont mes seins ?

Malgré les larmes de sa fille, la mère sourit et dit :

– Je n’ai pas vu tes seins ! Va voir ton père.

Elle répéta la chanson à son père qui, comme la mère, lui demanda d’aller voir sa tante qui l’envoya à son tour chez son oncle. Elle fit ainsi le tour de la famille et, finalement, sa sœur lui conseilla d’aller voir du côté de sa meilleure amie.

– Va voir ce garçon, ton cousin que tu ne veux même pas voir.

– Ah, non ! J’ai juré de ne jamais poser le regard sur lui.

– Tu iras car si non, que feras-tu sans tes seins ? Te marieras-tu un jour ? Et comment feras-tu pour allaiter tes enfants ? Vas-y et pour le reste, on verra après.

Elle se dirigea sans entrain vers le village du garçon.

Devant la maison de ce dernier, elle s’arrêta et chanta timidement en appelant le garçon par Houn.

Ce dernier qui l’attendait lui dit doucement, du fond de sa case.

– Je ne comprends pas ce que tu veux dire ! Tu es trop loin.

– Houn, où sont mes seins ?…

– Ah, non ! Il faut que tu t’approches un peu plus ! Et puis, que signifie houn ?

Elle finit par entrer dans la case. Les yeux baissés, elle réitéra sa chanson, mais le fiancé vint l’aider à s’asseoir sur le lit, à lever la tête et à poser son beau regard sur lui.

Mais quand elle le vit, elle se frotta les yeux et se pinça la cuisse en se disant : je rêve !

C’était le plus beau garçon de la contrée. Son teint nacré, ses bras musclés, son allure fière, son sourire, oh, son sourire…

Elle se reprocha de n’avoir pas pris la peine de le voir avant de le rejeter de la sorte. Émerveillée par tant de beauté, elle bégaya sa chanson en appelant son bien-aimé : « NKEE », mon époux, chéri !

seins perdus d'une fiancée

Le garçon posa ses doigts fins, malgré leur vigueur, sur les lèvres de sa bien-aimée et l’attira à lui.

Il lui enleva avec douceur sa camisole et remis les beaux seins luisants à leur place.

Il lui demanda la permission d’aller voir son père pour fixer la date du mariage et la fille fit oui de la tête qu’elle lova dans le creux de l’épaule du plus beau des garçons.

Ils vécurent de très longues années de bonheur avec des enfants beaux et valeureux.

Pour joindre l’auteure : gueyna2001@yahoo.fr

Membre de l’Association des Écrivains du Sénégal, cette jeune femme si douce et si discrète est pétrie de talents cachés : conteuse, chanteuse, poète… assistante de Direction !…

Sur scène, elle mime, chante, raconte les mythes et les traditions de la Mère Afrique comme une offrande faite avec une générosité peu commune.

À son auditoire, elle offre un répertoire de plus de quarante contes traditionnels illustrés par des chansons, revisités dans un souci pédagogique et traduits en plusieurs langues nationales. 

En outre, elle a eu à participer à l’animation d’émissions enfantines à la télévision et, elle a animé une émission de conte et poésie à la radio communautaire AFIA FM.

Elle intervient dans les écoles pour des weeks end culturels, dans les centres culturels, les festivals, foires et fêtes du conte ou du livre, à travers sa voix, on entend l’Afrique profonde, la Sagesse ancestrale…

Les seins perdus de la belle fiancée

« Il était une fois, une jeune fille très belle… ».

dieynaba

Au début de l’histoire, on se croirait dans la dynamique de ces histoires tristes de mariages forcés, relatés souvent dans les journaux et qui, hélas, se terminent de manière tragique. « Il était une fois, une jeune fille très belle… Cette fille, on ne pouvait pas la croiser sans se retourner. Elle ne laissait personne indifférente. Un jour, son père lui dit : ma fille, je sais que nombreux sont les garçons de ce village à te vouloir pour épouse. Mais moi, je vais donner ta main à mon neveu, le fils de ma sœur. Tu ne le connais certes pas, … Je suis sûr qu’il sera un très bon mari pour toi ».

Combien de fois avons-nous vécu des scènes pareilles qui, malheureusement se terminent mal ! Mais Dieynaba maintient le suspens, le suspens qui fait que son auditoire  boit ses paroles.

Cela continue comme ça et finalement, cette fille qui refusait même de poser le regard sur le garçon qu’elle n’aimait pas, finit par le découvrir. Il était plus beau que les Dieux. Très fort et très courageux, le garçon était d’une douceur insoupçonnée.

Le blog de Marie-Louise

dieynaba gueye

17 Comments

  1. Cheikh Loum

    2012/09/06 at 3:50

    Je suis littéralement ébloui. Je ne me fatiguerai jamais de lire et relire ces beaux contes. Cela démontre encore une fois de tout le talent d’écrivain qui s’extériorise et de l’extrême richesse culturelle que tu disposes, encore du génie qui dort en toi. Vraiment je te souhaite encore une fois beaucoup de succès…

  2. Cheikh Loum

    2012/09/06 at 4:02

    je me peux m’empêcher d’écrire en encore une fois sur cette écrivaine au talent immense, Une grande dame plein de caractère, au cœur très noble et généreuse. Tout est perfection chez elle, tu fais la fierté de toutes les femmes Sénégalaises. Tu contribues logiquement à l’expansion de la vitrine culturelle du pays de la Téranga qui est ce le SÉNÉGAL.

    On te dit merci…

  3. Mama Fatou

    2012/09/06 at 4:31

    C’est toujours un grand plaisir de te lire, de t’entendre conter
    Merci pour ce beau cadeau, Tu nous manques énormément les enfants et moi
    Bon courage
    Affectueusement Mama Fatou

  4. Mama Fatou

    2012/09/06 at 4:42

    Pour une dame pétrie de talent et imbue de valeurs positives africaines, par ma voix tous les enfants de la banlieue te souhaitent un bon succés

  5. Dieynaba

    2012/09/07 at 8:42

    mercie pour le conte c’est trés beau

  6. Dieynaba

    2012/09/07 at 8:55

    merci dieynaba c’est un plaisir de te lire, tu vas bien et les garçons ils vont biens bisou .

  7. Tidiane

    2012/09/07 at 9:54

    Joli conte et beaucoup de plaisir de le relire après l’avoir entendu de votre bouche avec cette voix qui nous vient du Sud, nourrie d’émotions métissées. Lol.
    Tidiane Ndiaye

  8. Dieynaba

    2012/09/07 at 10:18

    c ‘est génial

  9. Serigne Abdou Dieng NIANG

    2012/09/07 at 1:38

    merci pour ce beau conte qui montre une fois de plus la spécificité,les traditions de notre cher Afrique! A travers vos contes vous honorez la femme en général et la femme africaine en particulier; je vous souhaite toute la réussite et surtout beaucoup de courage.
    Bonne continuation!!!

  10. Abdoulaye Ndour

    2012/09/07 at 6:18

    Merci Diéo,
    j’ai lu et naturellement, comme tous, j’ai trouvé un beau style, un texte facile et agréable à lire. Le récit est très éducatif, car il informe juste sur la pertinence de notre tradition, son bien fondé . Ton combat n’est pas difficile à comprendre et à épouser.
    Merci de contribuer si efficacement à restaurer les valeurs de notre culture.
    Ne t’arrêtes pas, continu STP.
    ton collègue.

    Abdoulaye Ndour

  11. Dieynaba

    2012/09/10 at 12:31

    Merci à vous tous de m’encourager et de me pousser.

  12. Natalie

    2012/09/10 at 3:20

    Merci pour une histoire nouvelle et intéressante!

  13. Dieynaba

    2012/09/11 at 5:12

    Ma soeur toutes mes felicitations pour ton combat de preserver les valeurs traditionnelles du Fouladou ,du Senegal et de l’Afrique. Abdourahmane Diallo

  14. Dieynaba

    2012/09/11 at 5:16

    Bravo bonne continuation Abdourahmane Diallo

  15. Martine MAREK

    2012/09/12 at 5:02

    Qui mieux que Dieynaba sait porter la voix des femmes avec respect, sagesse et compassion mais aussi et surtout avec espoir et confiance.
    Elle trace sa route avec détermination mais sur le tempo de la douceur.
    Le conte l’illumine et la transcende, elle sait si bien nous faire partager ces moments hors du temps où les valeurs traditionnelles nous réconcilient avec la vie de tous les jours.
    Bonne route à toi et longue vie aux contes et aux conteurs qui nous ravissent au son de ta merveilleuse voix.

  16. Mansour

    2012/09/14 at 9:51

    Ma chère amie,

    Je retrouve ce texte avec toute la saveur du premier jour (tu te souviens, j’en avais acheté un exemplaire). C’est avec un réel plaisir que je l’ai relu dans le Net.
    Comme il a été dit dans le commentaire, tu as pu entretenir le suspens et terminer le récit avec brio en « njuuyant » l’attente des lecteurs qui dans leur écrasante majorité, pour ne pas dire dans leur totalité, s’attendait à une fin funeste ou à la limite douloureuse.
    J’ai encore le livre à Mékhé; je l’ai laissé à deux de mes enfants qui aiment bien lire et ils bien apprécié.

    Merci encore Jee, et à toi une longue vie, une longue carrière d’écrivain et conteuse.

  17. Valerie

    2013/01/14 at 12:42

    Très belle histoire , bravo!!!

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