Monstre du lac Saint-Jean

Ce vaste lac, baptisé la Mer douce par ses découvreurs européens au XVIIe siècle, s'étend aussi loin que porte le regard et comme tous les grands lacs qui se respectent, il s'est doté évidemment d'une créature terrifiante, un monstre lacustre, intégré déjà dans mythologie, source de légendes les unes plus intéressantes que les autres

Le monstre qui ondule dans le lac Saint-Jean porte le nom d'Ashuaps. Les Amérindiens plaçaient le repaire du monstre sur l'île aux Couleuvres, qui était autrefois en quelque sorte un sanctuaire amérindien.

Dès 1975, pendant une douzaine d'années, les journaux du lac ont rapporté d'insistantes observations d'un monstre qui y aurait été aperçu par un grand nombre de témoins. Le Journal de Québec, L'Étoile du lac, Le Progrès du Saguenay, le Lac Saint-Jean et plusieurs autres publications lui ont dédié des pages entières, avec de gros titres, photos de témoins et entretiens.

Puis, le ton goguenard des commentaires a tout fait retomber dans le silence. Aujourd'hui, au Saint-Jean, la croyance au monstre constitue une sorte de sous-culture où fraternisent les quelques Blancs que n'ont pas découragés les sarcasmes et l'ensemble des Amérindiens de la Réserve d'Ouiatchouan, au bord du lac.

Notons qu'Ashuaps serait vu lors de l'annuelle traversée du lac par les nageurs. Peut-être les moteurs des suiveurs des nageurs le dérangent-ils, mais certains voient en Ashuaps une création technologique. On dit, par exemple qu'en 1977 un gars aurait construit un petit sous-marin et qu'il était en train de l'essayer (dans le même esprit, à Saint-Félicien, en août 1978, des étudiants d'une école avaient fait un robot géant qui sortait de l'eau tout illuminé, quand c'était la pleine noirceur.

En tout cas, la littérature, ultime consécration, célèbre déjà Ashuaps. Dans son roman Isle au Dragon, Jacques Godbout prétend que l'association sportive du lac Saint-Jean fait signer aux nageurs de la traversée annuelle une déclaration par laquelle les athlètes reconnaissent qu'en cas d'accident imputable au dragon du lac Saint-Jean, il n'y aura aucune plainte de déposée. L'écrivain affirme aussi que: Dans toutes les églises du pays, d'Alma au Val Jalbert, les curés des quatorze paroisses environnantes venaient tous les matins verser dans le lac un peu d'eau bénite". Un exorcisme digne de celui célébré régulièrement à Loch Ness.

Les journaux aidant, peut-être qu'Ashuaps, l'un des rivaux québécois de Nessy, figurera statufié, enluminé, dans toutes les vitrines et sur tous les poteaux indicateurs des villages de la région. Ces fantaisies de l'âge du néon ne doivent pas nous faire oublier le fait qu'y a dans ce coin du Saguenay, une mine pour le folkloriste, le crypto-zoologiste ou le simple amateur de monstre.

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