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Saint-Martin

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La paroisse de Saint-Martin est fondée en 1774 par détachement de Saint-Vincent-de-Paul, devenant ainsi la quatrième paroisse de l’île Jésus. En fait, c’est la suspension du culte à Sainte-Rose-de-Lima par Mgr Briand qui a entraîné la fondation de la nouvelle paroisse.

Un bourg à la croisée des chemin, Saint-Martin, se développe à un important carrefour d’échanges entre Montréal et Saint-Eustache, notamment grâce à la présence d’un chemin de poste. Cette position stratégique dans les terres qui se déploient au sud-ouest de l’île Jésus, demeurera sa marque distinctive jusqu’à la fondation de la paroisse de Sainte-Dorothée.

À compter de la fin du XVIIIe siècle, le territoire de la paroisse développe successivement trois aires ou noyaux villageois : Saint-Martin, qui est le plus important, L’Abord-à-Plouffe et Pont-Viau, qui est plutôt un embryon de village chevauchant la limite de la paroisse de Saint-Vincent-de-Paul.

Le village de Saint-Martin devient un centre de services à l’échelle de la paroisse, desservant d’abord la zone rurale environnante. On y compte une population de 700 âmes au début des années 1860.

Situé près de la rivière des Prairies, L’Abord-à-Plouffe, quant à lui, prend forme durant la décennie 1830 le long de la montée de L’Abord-à-Plouffe (cette montée fut un chemin fort emprunté. Plus tard, afin de limiter les accidents, un panneau placé en face de l’hôtel rappelait le « code de la route » municipal : interdiction d’aller plus vite qu’au trot ordinaire sous peine d’une amende). La naissance du village se doit à la construction d’un pont à péage, en 1834, par Persillier dit Lachapelle, un marchand de la Côte-des-Neiges. Ce pont en bois relie l’île Jésus et l’île de Montréal.

Pendant la première moitié du XIXe siècle, le toponyme « L’Abord-à-Plouffe » s’employait indifféremment pour les deux rives. L’Abord-à-Plouffe tirerait son nom de l’endroit où s’arrêtaient les voyageurs forestiers, démantelant « à la hauteur de chez les Plouffe » leurs cages de bois sur lesquelles ils avaient voyagé depuis l’Outaouais. Car, après avoir passé les rapides du Cheval blanc, ils devaient affronter les dangereux rapides du Crochet. En 1840, les convois étaient si nombreux qu’ils formaient parfois un pont de bois entre l’île Jésus et l’île de Montréal. Les rapides franchis, les marchands reconstituaient leurs cages, longues de plusieurs centaines de mètres, où s’affairaient souvent jusqu’à 30 hommes.

Au cours des ans, le village de L’Abord-à-Plouffe prend de plus en plus d’expansion. Vers le dernier tiers du XIXe siècle, il compte une population de 560 personnes et regroupe principalement des voyageurs forestiers, des artisans, des commerçants  et des journaliers.

Le petit village de Pont-Viau voit le jour grâce à la construction du pont Ahuntsic qui enjambe la rivière des Prairies.

La première église de Saint-Martin fut érigée en 1782. Elle est agrandie dans les années 1920-1830, empiétant sur la place publique mais vers 1865 elle est devenue vétuste et exiguë, coincée entre le chemin de l’Église et le cimetière. D’ailleurs, cette église doit desservir une population de plus de quatre mille fidèles. Ausi, Mgr Ignace Bourget autorise la construction d’une nouvelle église, située au sud-est de la première, suivant les plans de l’illustre architecte religieux québécois Victor Bourgeau.

Dès lors, la paroisse jouira d’une immense place publique qui servira à maints usages au cours des décennies : criée des nouvelles, ventes aux enchères, rassemblements politiques, foires agricoles, terrains de jeux pour les garçons de l’école modèle, tombolas…

Autour de cette place publique, s’animera un curieux chassé-croisé d’écoles, de couvents et de collèges, au gré des allées et venues des diverses communautés religieuses.

Côté économie, à l’aube de l’ère industrielle, Saint-Martin développe un important marché de voitures au milieu du XIXe siècle. Les voituriers, précurseurs des usines de montage, organisent le travail par divisions de tâches afin de maximiser la production. Vers la fin du siècle, la paroisse compte deux des quatre fabricants installés dans l’île Jésus, notamment la fameuse entreprise des frères Joseph et Stanislas Parizeau qui embauche à elle seule une vingtaine d’employés, parmi lesquels se retrouvent 15 voituriers.

Écoulées sur les marchés de Montréal, des Laurentides et même du Haut-Canada, les voitures venues de Saint-Martin supplantent en valeur la production des trois moulins à farine de l’île Jésus. On dira même qu’en 1861, « avec Montréal et les comtés Missisquoi et Deux-Montagnes, le comté de Laval se classe en tête du peloton à l’échelle du Bas-Canada quant à la valeur de la production annuelle de voitures. » Cette activité lucrative se maintiendra jusqu’en 1914, alors que le village comptera encore quatre carrosseries.

Vers la fin du XIXe siècle, Saint-Martin se distingue avec ses vingt boutiques et ses deux manufactures. Le village attire même des membres de professions libérales. On y voit une diversification des activités économiques où prédomine l’industrie du bois, qui constituera longtemps le maillon fort de son économie.

À l’aube du XXe siècle, les affaires roulent tant et si bien que la banque d’Hochelaga, ouverte en 1914 sur la rue de l’Église, attire des épargnants des localités voisines, notamment de Sainte-Rose et de Sainte-Dorothée. En 1925, l’établissement tenu par Pierre-Célestin Gratton, servant à la fois de magasin général et de bureau de poste, abritera la Banque Canadienne Nationale.

Notons finalement que trois hommes remarquables dans l’histoire du Québec ont des liens étroits avec Saint-Martin :

Vers 1840, s’installe à Saint-Martin avec sa famille un jeune immigrant anglais de 28 ans : Charles Smallwood qui se se passionne pour la météorologie. Afin d’expérimenter ses théories, il construit un observatoire dans sa cour. Il deviendra vers 1865 le premier professeur en météorologie de l’Université McGill et il y fondera le « McGill Observatory ». En marge de ses activités de météorologue, il s’intéressera à l’état de l’agriculture dans l’île Jésus.

Le 17 mars 1877, naît dans la paroisse Joseph-Ernest Ouimet, dit Léon-Ernest qui invente un projecteur qu’il baptise « le ouimetoscope ». À la fois premier cinéaste, premier producteur et premier distributeur de films au Canada, il est également le concepteur de courts métrages d’actualité. Avec son ouverture en janvier 1906, le « Ouimetoscope », la plus grande salle de cinéma au monde, climatisée de surcroît, supplantera de huit années l’arrivée du septième art sur Time Square, à New York.

Pierre-Évariste Leblanc, le fils d’un forgeron de l’île Jésus, né en 1853, sera élu député du comté de Laval entre 1882 et 1908, puis, nommé orateur à l’Assemblée législative, à 39 ans. Par la suite, il devient le chef du Parti conservateur de 1904 à 1908, pour finalement accéder au poste de lieutenant-gouverneur du Québec, à la fin de sa vie, en 1915. Il mourra en 1918, emporté par la grippe espagnole. Cousin du curé Maxime Leblanc, l’un des grands bâtisseurs de Saint-Martin, il sera inhumé dans la crypte des curés de la paroisse.

Source : Ville de Laval, quelques pages d’histoire

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Village de Saint-Martin vers 1900. Collection Frères de Saint-Gabriel. Source de la photographie : Ville de Laval, quelques pages d’histoire

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