La guerre et le Québec

La guerre anglo-américaine et le Canada

La guerre anglo-américaine et le Canada

La guerre de 1812 : la Grande Bretagne, les États-Unis et le Canada

La guerre de 1812 est restée dans l’histoire sous différents noms. En Grande-Bretagne, on l’appelle la Guerre Anglo-Américaine (British-American War). Aux États-Unis, son appellation officielle est la Seconde Guerre de l’Indépendance, mais elle est citée plutôt comme la Guerre Oubliée (the Forgotten War).

La guerre de 1812 est pourtant loin d’être oubliée au Canada, où elle s’est principalement déroulée (mais quelques offensives furent également menées à l’intérieur des États-Unis à partir du territoire canadien).

À propos, peu de gens savent qu’ils rencontrent un des symboles de cette guerre chaque fois qu’ils achètent des chocolats. En effet, la célèbre entreprise canadienne de bonbons et de chocolats Laura Secord porte le nom de l’héroïne de ce conflit sanglant qui a duré deux ans et demi.

En fait, l’origine du conflit remonte à l’époque de la révolution américaine. Même si la première guerre entre les futurs États-Unis et la Grande-Bretagne se termine par la victoire des Américains et la reconnaissance de leur indépendance par les Britanniques, la situation demeure complexe. Plusieurs états américains maintiennent des lois contre les Loyalistes (qui ont fui les États-Unis après l’indépendance) et refusent d’indemniser les dommages causés par la guerre à des familles Britanniques.

La Virginie ne veut pas payer les dettes contractées par le gouvernement envers les marchands britanniques, allégeant la participation de la mère-patrie à la guerre. La Grande-Bretagne, pour sa part, refuse de céder aux États-Unis l’accès aux Grands Lacs, malgré les dispositions très claires du Traité de Paris à ce sujet.

La frontière entre les États-Unis et les deux Canada – le Bas-Canada (Québec) et le Haut-Canada (Ontario), a été établie d’une façon sommaire. Il arrive ainsi que la ligne sépare un village de sa source d’eau potable.

Au début du XIXe siècle, il semble toutefois que les deux pays vont arriver à une solution durable dans les conflits qui les opposent. La Grande-Bretagne est engagée dans une guerre contre Napoléon, tandis que les États-Unis entrent dans une période d’industrialisation et n’ont donc pas intérêt à entretenir une tension permanente sur leurs frontières.

Mais après le Traité de paix d’Amiens, signé le 25 mars 1802 entre la France et l’Angleterre, la situation empire à nouveau. Les Britanniques ferment des passages entre le Canada et le voisin du sud, les Américains réclament des terres, puis une nouvelle guerre éclate entre la Grande-Bretagne et la France en 1804 et les États-Unis appuient Napoléon avec tous les moyens possibles.

Les deux pays confisquent des bateaux commerciaux qui violent, soit le blocus de l’Angleterre, soit le blocus de la France.

De 1804 jusqu’en 1812, plus de 6 mille Américains sont capturés par les Britanniques en tant qu’anciens sujets britanniques. Ces marins sont envoyés pour servir dans la marine anglaise contre la France. En 1807, le navire anglais Leopard prend possession du navire militaire américain Chesapeake après un combat où trois marins américains perdent la vie. Les Anglais arrêtent 4 déserteurs britanniques et pendent l’un d’entre eux.

Finalement, le 18 juin 1812, le président des États-Unis James Madison, répondant à l’appel du Congrès, signe un décret déclarant la guerre à la Grande-Bretagne. C’est la première fois dans son histoire que les États-Unis déclarent la guerre à un autre pays.

La plupart des hostilités ont lieu au Canada. Cependant, certaines actions militaires britanniques sont organisées sur le territoire des États-Unis (en comptant le débarquement de janvier 1815 à la Nouvelle-Orléans, où des milliers de Canadiens ont trouvé la mort). Il y eu également des combats sur certaines îles du Pacifique ainsi que sur l’océan Atlantique.

Pourtant, même en Amérique, l’état du Maine refuse de s’engager dans les opérations actives, leur milice se limitant à patrouiller le long des frontières pour ne pas nuire au commerce entre cet état et les colonies du Nouveau-Brunswick, de Nouvelle-Écosse et du Québec. Les opérations se concentrent surtout au Québec, en direction de Montréal, et en Ontario, où la guerre a effectivement causé beaucoup de dégâts et de morts.

Forces armées en présence au début de la guerre de 1812

En juin 1812, au début de la guerre entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, les forces armées régulières américaines se composaient de 8 mille soldats et officiers. Ces militaires, regroupés en petites unités, se retrouvaient sous le commandement des vétérans de la guerre de l’indépendance qui avait fini 30 ans auparavant. On peut alors calculer l’âge des officiers.

Selon la loi, la milice, soit les paysans qui devaient servir de temps à autre, ne pouvait être employée hors des frontières de l’état correspondant. Les armes de la milice étaient plutôt dangereuses pour les miliciens qui les utilisaient. La préparation militaire des miliciens était nulle ou presque.

Ni les soldats réguliers, ni les miliciens américains, n’avaient d’expérience au combat, à de rares exceptions près: en effet, certains militaires avaient combattu contre les tribus indiennes dans des luttes de guérillas, qui n’ont cependant rien à voir avec les tactiques utilisées dans les grandes batailles.

Encore plus important, les États-Unis n’étaient pas prêts à la guerre, malgré la tension montant depuis 1804. Peu importaient les appels belligérants lancés par des “War Hawks” (ce terme qui désigne les partisans des solutions de force, naît précisément à l’aube de la guerre de 1812 et caractérise le groupe des partisans de la guerre au Congrès américain).

Personne aux États-Unis ne se soucie d’armement moderne, ni de l’apprentissage des tactiques et stratégies conçues et développées par Lazare Carnot, Gauche, Napoléon et tellement d’autres personnages s’étant illustrés dans l’histoire des guerres révolutionnaires et napoléoniennes en Europe.

Les forces armées britanniques, quant à elles, étaient encore moins nombreuses. Il y avait 5 mille soldats et officiers le 18 juin 1812, jour de la déclaration de la guerre.

Cependant, malgré l’infériorité numérique, les Britanniques au Canada étaient beaucoup mieux armés. Un grand nombre des soldats et d’officiers avaient servi dans les guerres en Europe, aux Indes ou aux Antilles. Ils savaient comment se tenir sous le feu des canons et les salves de centaines de fusils. Ils étaient commandés par des officiers ayant beaucoup d’expérience.

Les milices canadiennes étaient également relativement bien armées et commandées par des officiers expérimentés.

D’ailleurs, même si la Grande-Bretagne était engagée dans la guerre continentale en Europe et ne pouvait envoyer des ressources suffisantes au Canada, les possibilités de la mobilisation, du déplacement des troupes et du financement de la guerre étaient également en faveur des Britanniques.

Le point faible des Canadiens était représenté par le Bas-Canada (Québec). Les Américains étaient sûrs que les Canadiens français se joindraient au corps expéditionnaire américain aussitôt qu’il aurait traversé la frontière en direction de Montréal.

Une vaste campagne a été organisée par les Américains auprès des Canadiens français pour les soulever contre la couronne. Toutefois, l’opinion publique québécoise est restée indifférente à ces appels. Plus encore, les Canadiens français ont joué un rôle décisif dans la défaite américaine lors des tentatives d’offensive contre Montréal.

Cela s’explique, entre autres raisons, par le conservatisme des Québécois qui préféraient le gouvernement monarchique à un régime républicain, dont ils connaissaient les excès de la bouche des immigrants qui avaient échappé à la terreur de la France révolutionnaire.

La guerre devait éclater d’un jour à l’autre, et personne ne pouvait prédire l’issue de ce conflit.

Fort britannique
Un fort britannique. Photographie de Megan Jorgensen.

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