La guerre et le Québec

Conférence de Québec

Conférence de Québec

Conférence de Québec et capitulation de l’Italie

Le mois international
23 août – 23 septembre 1943

Ce mois-ci, la guerre entre dans sa cinquième année et l’aube de la libération jette enfin ses premières clartés sur le monde. Deux événements dominent la période : la conférence de Québec et la capitulation de l’Italie.

Initiative du premier ministre canadien, la conférence de Québec a mis en vedette la plus vieille ville française de l’Amérique et propagé le fait qu’elle reste française en étant canadienne.

De même, elle a proclamé l’extraordinaire effort de guerre du pays : armée, aviation, marine, industrie de guerre et exportation de vivres.

Enfin, petits à côté de l’événement, M. Churchill, ainsi que la légation britannique, ne tarit pas d’enthousiasme sur le pittoresque unique et le charme français de Québec, la beauté de nos paysages et de nos lacs, le bon goût de l’hospitalité de la province et la qualité rare des chocolats québécois.

Réunion technique, la conférence a premièrement décidé, malgré la formidable pression russe, de balayer l’Italie hors de la guerre, avant d’envahir le continent à l’Ouest ; deuxièmement, afin de satisfaire à l’opinion américaine et de soutenir la Chine, elle a conclu à une offensive en Orient par voie des Indes; elle s’est, troisièmement, prononcé pour une descente dans les Balkans, dès que le permettrait la situation italienne.

Entre temps, la conférence a mis au point les conditions à présenter aux émissaires italiens en quête d’un accord avec les Alliés de même qu’elle a étudié les termes à imposer aux pays satellites de l’Axe, qui cherchent à sortir de la guerre, tels la Finlande et la Hongrie, et le système d’occupation qu’il conviendrait d’y établir.

Les résultats ont justifié les décisions de la conférence : l’Italie a capitulé et c’est le grand événement de l’heure. Devant l’impopularité croissante d’une guerre qui accumule défaite sur défaite et d’une alliance avec une partenaire détestée, qui dévalise le pays, le gouvernement Badoglio, d’accord avec le Vatican dans son désir de paix, a finalement accepté de se rendre sans conditions.

Le coup fut dur pour l’orgueil du général italien. Il commença par offrir l’alliance de l’Italie contre l’Allemagne, mais sans aucun succès. Ensuite, en communication avec la Hongrie, utilisant aussi la collaboration de Franco, il tenta, par diverses influences, de créer une atmosphère de compromis général, que cherchent également à provoquer le grand quartier allemand et les chefs militaires du Japon. Ces tâtonnements firent perdre à Badoglio un temps précieux, car les Allemands en profitèrent pour se saisir des points stratégiques du pays, si bien que le jour où Rome capitula, les Allemands tenaient toute l’Italie.

De leur côté, dans leur désir de ne rien risquer, les Alliés ont quelque peu manqué d’audace dans leur campagne.

Et voilà comment, il faut maintenant expulser l’Allemand de la péninsule à coups de bombes et de baïonnettes.

Quoiqu’il en soit, la capitulation de l’Italie s’avère un coup mortel à l’Axe, comme celle de la Bulgarie en septembre 1918.

Moralement, c’est la désagrégation du bloc ; militairement, c’est le retrait nécessaire de divisions allemandes au front russe. Déjà le résultat s’est fait sentir : tout le front boche s’écroule en Russie : demain, c’est Smolensk, ensuite, Kief, et peut-être, toute la Crimée.

Dans le Pacifique, le Japonais est immobilisé et s’avère incapable de réagir par une offensive. Salamaua tombe et Lae succombe.

L’avance australo-américaine est lente, mais semble irrésistible, et le sera davantage quand te « triphibien » Mountbatten lancera son attaque par voie de l’Inde après la mousson d’automne.

Bombardée à fond dans ses villes et même dans Berlin affolé, l’Allemagne est encore battue sur mer ; en quatre mois, les sous-marins n’ont pas coulé un seul bateau dans l’Atlantique, mais perdu, par contre, une centaine d’unités.

Un autre événement du mois, c’est la reconnaissance du comité français de libération avec la figure dominante de de Gaulle à sa tête. Défaite de l’aile vichyssoise qui avait réussi à circonvenir Giraud par trop naïf, c’est la victoire du patriotisme français pur de toute compromission avec le Boche de toute promiscuité avec Pétain qui, comme son complice Laval, continue de collaborer avec le brutal ennemi de la France. Aujourd’hui la situation est telle que généraux, junkers et capitalistes s’agitent à droite et à gauche quémandant la paix avec la promesse de chasser Hitler et le swastika.

Déjà, la bourse de New-York accepte de parier que la guerre prendra fin avant Noël ou au début du printemps.

Mais une gageure est un état d’esprit, qui ne crée pas une situation.

Gustave Lanctot

Texte publié dans l’Action Universitaire en septembre 1943

Note de GrandQuebec.com : Sur un mur du Château Frontenac, une plaque commémore les importantes Conférences de Québec. C’est en effet dans ce célèbre hôtel que s’établissent les quartiers généraux des états-majors des forces armées qui prennent part aux Conférence de Québec en août 1943 et septembre 1944.

Le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, et le premier ministre de Grande-Bretagne, Winston Spencer Churchill, sont les hôtes à Québec du premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King. C’est pendant ces assises que l’on décide que les armées américaines occuperont le sud de la France et de l’Allemagne, alors que le nord de ces deux pays le sera pour les pays britanniques, et que l’est de l’Allemagne sera sous le contrôle des Soviétiques. Il est aussi question de reconnaître le Comité français de libération fondé par le général Charles de Gaulle comme gouvernement intérimaire de France. Les Conférences de Québec, tenues dans le secret, ont montré le rôle stratégique de la ville de Québec et de la province.

soldats de westmount

Monuments aux soldats de Westmount tombés dans les guerres. Photo : © GrandQuebec.com

Conférence de Québec

Conférence de Québec

Sur un bastion de la citadelle, avec à l’arrière-plan le Château Frontenac et les Laurentides, le premier ministre canadien King (le premier à gauche) pose fièrement avec le président américain Roosevelt (au centre) et le premier ministre britannique Churchill (à droite). Photographie de l’époque

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