La guerre et le Québec

Camps d’internement

Camps d’internement

Camps d’internement

Dès les débuts de la Deuxième guerre mondiale, le gouvernement fédéral s’engage à recevoir les détenus d’origine allemande ainsi que un grand nombre de soldats et d’officiers du Reich internés ou emprisonnés en Angleterre. Au cours de la guerre, de 35 à 40 mille prisonniers viennent purger ainsi leur peine au Canada. La raison en est très simple : détenus au Canada, ces captifs n’auront aucune chance de retourner dans leur pays, même en cas d’invasion.

Au total, une quinzaine de camps, situés la plupart au Québec, en Ontario et en Alberta, ont accueilli ces dizaines de milliers de prisonniers.

Au Québec, il y avait le camp de Cove Fields ou Camp L, aménagé sur les plaines d’Abraham; le camp de Saint-Jean-sur-Richelieu ou camp 44, le camp de Farnham ou camp 40 ; le camp 32, situé à Hull, le camp de Montréal, situé sur l’Île Sainte-Hélène ou camp S, le camp de l’Île-aux-Noix, connu comme camp I-41; le camp 45 à Sorel et le camp Newington de Sherbrooke ou camp 42 (connu aussi comme camp N). Un camp n’exista que quelques mois en 1939 : il s’agit d’un camp d’internement provisoire de la Citadelle de Québec  Sorel (camp 45) et Sherbrooke (camp 42).

En octobre 1940, les autorités ouvrent un camp d’internement dans la ville de Sherbrooke. Aménagé dans les anciens bâtiments du chemin de fer Québec Central, ce camp sera connu sous le nom de Newington. Ce camp était situé le long de la rivière Saint-François, à l’intersection des rues Talbot et Bowen sud et Talbot.

Cette année, le camp de Newington reçoit près de 700 internés, dont la plupart sont des civils d’origine allemande qui ne sont pas des nazis. On y compte plusieurs juifs allemands et autrichiens qui ne partagent naturellement aucunement les idées du führer. Comme on les considère comme sans danger, le gouvernement leur rend la liberté en 1942. Ensuite, la plupart de ces anciens prisonniers rentrent en Europe. Quelques-uns toutefois décident de demeurer au Canada où la guerre ne fait pas rage.

Dans les premiers mois de son fonctionnement, le camp Newington est aux prises avec des problèmes de taille. En effet, même si les bâtiments sont assez vastes pour contenir tous les détenus, les conditions de salubrité laissent à désirer. D’ailleurs, on manque de lits, de toilettes, d’équipement de cuisine. Les services médicaux n’existent pratiquement pas. Enfin, aucune cellule de détention n’est emménagée pour les individus dissipés qui transgressent les règles. La situation s’améliore au milieu de 1941, quand finalement les conditions d’incarcération se trouvent beaucoup plus acceptables.

Dès 1942, une vague de prisonniers de guerre vient combler le vide laissé par le départ des internés. Ce sont des marins militaires et marchands allemands, gens braves et énergiques mais tous ou presque sont des nazis fanatiques. Au total, on y compte environ 1400 prisonniers.

Le 29 octobre 1945, le quotidien La Tribune témoigne du genre de vie dans le camp de Sherbrooke : «L’horaire, des plus rigides, ne laisse aucune place à la paresse. Dès 6h30 du matin, les détenus sont éveillés au son du clairon. À 7h, on procède à l’appel des prisonniers qui ont par la suite une demi-heure pour déjeuner. Le dîner a lieu à midi, le souper à 17h et l’extinction des feux se fait à 22h30».

Comme le camp Newington relève du «Programme des travaux» fédéral, les internés s’adonnent à des tâches rémunérées. Ce programme consiste à employer des prisonniers à des ouvrages variés, qui ne servent pas directement à des fins de combats pour ne pas violer les conventions de Genèvre. Ainsi les Allemands réparent des chaussures, cousent des vêtements ou ouvrent le bois pour la somme de 0,50$ par jour (un salaire absolument normal pour l’époque).

On ne manque pas de loisirs qui agrémentent la vie des détenus. Des films sont présentés les lundis et les jeudis. Les détenus ont des équipes de tennis, de rugby, de tennis, de volley-ball. Les prisonniers disposent d’une bibliothèque, d’un théâtre et d’un orchestre qui donne des concerts pour le grand plaisir de leurs compagnons ainsi que des militaires chargés de les surveiller.

La fin de la Seconde Guerre mondiale n’amène pas la liberté immédiate des Allemands emprisonnés. Newington ne ferme ses portes qu’en juin 1946. Les prisonniers sont alors rapatriés en Angleterre, où ils suivront des cours de rééducation. Ils peuvent ensuite retourner en Allemagne, mais quelques-uns reviendront au Canada mais pour y vivre, cette fois-ci, en citoyen libre.

camp newington

Le camp Newington, à Sherbrooke. Source : Fonds Radio-Québec. La Société d’histoire de Sherbrooke IP165RPN112A2

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