Îles-de-la-Madeleine

Rocher aux Oiseaux

Rocher aux Oiseaux

Rocher aux Oiseaux

Le Rocher-aux-Oiseaux est enveloppé d’une atmosphère lugubre qui inspire à tout l’archipel une crainte un peu semblable à celle qu’éprouvent les enfants aux abords des maisons hantées des contes de fées. On s’en approche avec mille précautions, après s’être assuré de la faveur des vents et des courants.

Et encore, c’est-il pour peu de temps, car on ne sait jamais ce qui peut arriver dans ces parages de sinistre réputation, l’abordage étant hérissé de difficultés. Les seuls êtres qui n’en ont pas la chair de poule à son approche, qui l’abordent sans façon et y vivent sans crainte, ce sont les myriades de fous de Basan, de goélands, de cormorans, qui en formèrent l’unique population de temps immémorial.

En voyant une telle multitude d’ailes autour de ce rocher, Cartier lui donna le nom de Isle-aux-Margaulx (les Madelinots disent toujours les Îles-aux-Oiseaux).

Les premiers navigateurs qui s’aventurèrent sur le sommet du rocher faillirent être mis en pièces à coups de bec. Le sol était si couvert de nids et d’oiseaux qu’on ne savait où placer le pied pour n’en point écraser. On aurait dit qu’ils couvaient en plusieurs rangs d’épaisseur. Même à1 l’heure actuelle, malgré la présence de l’homme, ces oiseaux n’ont pas peur de couver à ciel ouvert, sur la surface du rocher. Mais la majorité a déménagé pour chercher un refuge dans les interstices et les anfractuosités des falaises, si parsemées d’ailes blanches qu’on les dirait couvertes de neige.

En 1870, le gouvernement se décida d’y faire ériger un phare et chargea monsieur Fraser de ce travail gigantesque. Après avoir été obligé de se tailler un chemin dans le roc, le plus bas point de ce rocher étant de 90 pieds, pour monter les matériaux nécessaires à la construction, et avoir surmonté mille difficultés, il érigea le phare en 1871. En même temps, on posa un canon pour guider les vaisseaux en temps de brume.

(On érigea celui de la Pointe-de-l’Est en 1871, ceux de l’Étang-du-Nord et de l’Île d’Entrée en 1874 et celui de Brion, en 1905).

Avant l’établissement du phare, les Américains, qui se considèrent partout comme en pays conquis, ne se gênaient pas d’y monter, au temps de la ponte, et de cueillir des œufs en quantité, par barils, qu’ils chargeaient sur leurs goélettes. Les chasseurs, non plus, ne se sont pas fait scrupule de massacrer inutilement, et pour le seul plaisir sauvage de tuer, des millions de ces oiseaux sans protection. Alarmé de cet état de choses, le gouvernement provincial a réservé le Rocher comme paradis des oiseaux, en prohibant en 1920 toute chasse, sous peine d’amendes très sévères.

(D’après Paul Hubert, Les Îles-de-la-Madeleine, Rimouski, Imprimerie Générale de Rimouski, 1926, pp.197-199.)

Rocher aux oiseaux

Rocher aux Oiseaux en 1943

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