Chaque matin, en se réveillant, les habitants de la Ville-Marie ne sont jamais sûrs de pouvoir arriver à la fin de la journée la guerre iroquoise fait rage et contribue à assombrir le charme des relations entre les colons des premières années – lisez la première partie de ce récit à Ville-Marie, jour après jour.

De plus, en 1663, de violents tremblements de terre se sont produits pendant près de six mois. La colonie entière se concentrait dans les églises pour se confesser, même si le peuple vivait dans une grande innocence.

Cependant, la ville se développe. Elle devient un grand centre du trafic des pelleteries, une garnison s’y installe en permanence. Des tavernes, cabarets et salles de jeux s’ouvrent. Les cartes et le billard ont beaucoup d’adeptes. Le romesteck, venu de Normandie (importé en Normandie des Flandres), fut longtemps le jeu d’hasard à la mode dans le cabaret le plus célèbre de Ville-Marie : celui d’Abraham Bouat, exploité avec profit de 1670 à 1702.

Ville-Marie vers 1700

Les autorités  publient des ordonnances pour restreindre, pour empêcher les abus, mais les forces de l’ordre, composées d’un lieutenant et deux archers ne s’en « prennent  de main dure » contre les ivrognes et les joueurs. Les blasphémateurs, pourtant, étaient châtiés d’une façon très rude.

À propos, de Maisonneuve publia une ordonnance, rendant des maris responsables de la conduite des épouses.

Il faut reconnaître que le commerce de l’eau-de-vie a contribué au changement des mœurs. La traite était condamné au nom de la morale par l’autorité religieuse, mais elle était toléré et même encouragé, par l’autorité civile, pour les motifs économiques.

Le fameux Colbert, ministre des finance du roi de la France, a expliqué de cette façon originale la nécessité de propager l’eau de vie : « Le commerce de l’eau de vie est absolument nécessaire pour attirer les Sauvages dans les colonies françaises, et, par ce moyen, leur donner les premières teintures de la foi ». C’est-à-dire, pour convertir les Indiens, il fallait d’abord les apprendre à boire.

La réalité ne répondit pas tout à fait à l’attente des fondateurs de Ville-Marie. Sans aucun doute, un nombre assez élevé de Hurons et Algonquins reçurent le baptême. Chaque conversion fut soigneusement inscrite dans les registres de la Paroisse et fit la joie des colons qui saluaient chaque cérémonie du baptême. Mais la majorité des Indiens ne répondirent jamais aux appels des missionnaires. Si les Indiens venaient à Ville-Marie, c’était pour y échanger leurs pelleteries contre des armes, de la poudre et autres objets.

En 1680, une école pour  « les filles sauvages » ou « les filles des bois » fut ouverte, dirigée par les Sœurs de la Congrégation, où ces filles apprenaient à filer la laine et à tricoter des bas.

Quant aux garçons, le Sulpicien Vachon de Belmont se chargea de leur apprendre le français et les métiers. Malheureusement, les jeunes gens suivaient parfois de mauvais exemples que les Blancs donnaient trop souvent.

En tout cas, vers la fin du XVIIe siècle, Montréal (le nom de Ville-Marie disparaît peu à peu du langage courant et des documents officiels) avec quelque 1500 habitants, n’offre plus le spectacle serein des premiers jours.

Illustration : Une ferme près de Montréal (installée dans le Vieux Montréal de nos jours). Par James Duncan, 1839 Archives Nationales du Canada.