Histoire du Québec

Traîneaux et raquettes chez les Indiens

Traîneaux et raquettes chez les Indiens

Traîneaux et raquettes chez les Indiens

Pendant l’hiver et sur les neiges, les Indiens se servent de petits traîneaux, qui sont faits d’une ou de deux petites planches extrêmement minces, qui toutes deux ensemble n’excèdent pas de beaucoup la largeur d’un pied et la longueur de six ou sept.

Ces planches sont recourbées en dedans, et repliées sur le devant de la hauteur d’un demi-pied, pour briser et pour écarter les neiges qui les empêcheraient, en refoulant, de couler avec facilité. Deux bâtons un peu élevés règnent sur les deux côtés du traîneau dans toute sa longueur et y sont attachés de distance. Ils servent à passer et à repasser les courroies qui assujettissent leur équipage sur le traîneau. Un Sauvage avec son collier passé sur la poitrine, et enveloppé dans sa couverture, tire après soi son traîneau bien chargé sans beaucoup de difficulté.

Raquettes

Dans les neiges où il n’y a point de chemin frayé, ils sont obligés de se servir de raquettes, sans quoi toutes sortes de voyages, ou pour guerre ou pour chasse etc., leur seraient absolument impossibles. La forme de ces raquettes approche de l’elliptique, c’est-à-dire que l’ellipse n’est point parfaite, étant plus arrondies sur le devant que par l’autre extrémité, laquelle se termine un peu en pointe.

Les raquettes les plus grandes sont de deux pieds et demi de long, sur un pied et demi de large. Le tour, qui est d’un bois durci au feu, est percé dans sa circonférence comme des raquettes de nos jeux de paume, à qui elles ressemblent, avec cette différence que les mailles en sont beaucoup plus serrés, et que les cordes n’en sont point de boyaux mais de peaux de cerf crues, et coupées fort minces.

Pour tenir le corps de la raquette plus stable, on y met deux barres de traverse, qui la partagent en trois compartiments, dont celui du milieu est le plus large et le plus long. Dans celui-ci vers le côté, dont l’extrémité est arrondie, on pratique un vide fait en arc, dont la barre de traverse fait comme la corde. C’est là que doit porter la pointe du pied sans toucher à la barre de traverse, qui la blesserait. Aux deux bouts de l’arc sont deux petits trous pour passer les courroies, qui doivent attacher le pied sur la raquette. On passe ces courroies l’une dans l’autre, comme qui commencerait à faire un nœud sur l’orteil, et après les avoir croisées on les repasse dans la raquette à la circonférence de l’arc; on les conduit ensuite par derrière au-dessus du talon, d’où on les ramène sur le coup du pied, où on les noue en faisant une rose de ruban. Cela se fait de telle manière que quoique le pied soit bien assujetti il n’est pourtant gêné que sur l’orteil, et qu’on peut quitter la raquette sans y porter la main.

C’est encore là un usage singulier des premiers temps, lequel a passé de l’Asie dans l’Amérique avec les nations qui s’y sont transplantées. Strabon (XI, 5,6) parlant des peuples qui habitent cette longue chaîne de montagnes laquelle s’étend depuis le pied du mont Taurus jusqu’à l’extrémité des monts Riphées, et dont le Caucase est une des plus célèbres chez les auteurs anciens, en raconte ceci de particulier : On ne peut monter sur la croupe de ces montagnes pendant l’hiver ; mais les habitants y vont pendant l’été, et attachent à leurs pieds des souliers pointus faits de peaux de bœuf crues, larges comme des tambours, à cause des neiges et des glaces. Ils se laissent couler ensuite du haut de ces montagnes avec tout leur bagage, assis sur une peau. La même chose se pratique dans l’Atropatie, dans la Médie, et sur le mont Masius qui est en Arménie. Là ils attachent aussi à leurs pieds des rotules de bois, terminées en pointe, ou garnies de pointes.

Suidas (La Souda, s.v. lugos, éd. Adler, Stuttgart, Teubner, 1967, t. III, p.292), sur le rapport d’Arrien, dit pareillement que les soldats d’Alexandre le Grand, par le moyen de certains cercles garnis de jonc, passaient sans incommodité sur des neiges, qui en quelques endroits avaient jusqu’à seize pieds de profondeur.

Comme on se sert encore de raquettes dans la Colchide ou Mingrélie, et dans les pays dont parle Strabon, il est évident que dans sa description il n’a voulu exprimer autre chose que des raquettes par ces souliers de peaux de bœuf, larges comme des tambours.

Les points qu’on met sous les talons et les rotules de bois, qui sont des patins, ou un équivalent que Strabon a voulu décrire, sont nécessaires dans les pays de glaces et de neiges, où l’on est obligé de mettre des pointes jusqu’aux fers des chevaux pour les ferrer à glace.

Quant à la manière de se laisser couler du haut des montagnes, Strabon nous dépeint un usage qui s’observe encore au mont Cenis et dans les Alpes. C’est ce qu’on appelle la ramasse, qui est la manière de traîneau, avec un petit siège sur le fond, où l’on fait asseoir le voyageur. Les habitants du pays stylés à conduire ces sortes de voiture, assis tout bas sur le devant, les dirigent avec les mains par le moyen des bras du traîneau même ; et avec les points dont leurs talons sont armés, ils arrêtent leur coure comme ils veulent, lorsqu’elle est trop impétueuse. Rien n’est plus rapide et plus agréable que cette manière de descendre. Les Sauvages au lieu d’une peau se servent d’une écorce dans le besoin. C’est un divertissement que les enfants ne manquent pas de se donner dans le temps des neiges, lorsqu’ils ont autour de leurs villages quelque éminence dont ils puissent profiter.

Les guerrier dans leur route marchent à petites journées. Rien ne presse ordinairement les Sauvages, comme aussi aucun accident ne les déconcerte, à moins que leur superstition ne leur fasse tirer quelque mauvais augure du succès de leur entreprise. Ils ont comme les Argonautes leur Orphée ou leur Mopse ; c’est-à-dire, qui raisonnent sur tout, tirent selon leurs principes des conséquences bonnes ou mauvaises de tout, et les font avancer ou reculer comme il leur plaît. Il ne leur faut pour cela qu’une bagatelle, et ils se persuaderaient avoir entendu parler le mât de leur canot, ainsi que les célèbres conquérants de la Toison d’or, si le jongleur disait qu’il a parlé.

(Tiré du Moeurs des Sauvages Américains, comparés aux mœurs des premiers temps, par Joseph-François Lafitau)

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