Histoire du Québec

Symphonie en rouge

Symphonie en rouge

Voici un bel exemple de la prose de Robert Rumilly:

Symphonie en rouge

Extrait de l’Histoire de la province de Québec (XXVI rayonnement de Québec). Kes éditions chatecler Ltéé, 8125, St-Laurent, Montréal.

Bourassa tira des élections une autre leçon, qui peut e résumer ainsi : Le bloc libéral de Québec doit son triomphe à la campagne anticonscriptionniste. À son tour, ce bloc, dominant le parti vainqueur, doit lui imposer une orientation anti-impérialiste. II exaucera ainsi le sentiment de nombreux libéraux des autres provinces; et il replacera la Confédération dans la voie de salut.

C’est justement ce que l’Ontario, même libéral, ne voulait pas. L’Orange Sentinel s’indigna : « Les Canadiens français vont dominer le Canada pendant cinq ans. » (Livraison du 20 décembre 1921). Et la presse tory utilisa contre le parti libéral l’argument de la French domination – utilisé, un demi-siècle plus tôt, par les libéraux de George Brown contre le parti conservateur. Voilà qui ne facilitait pas tâche de Mackenzie King, cherchant à former son ministère.

Tâche difficile. Les libéraux comptaient 118 députés ; les conservateurs et les progressistes réunis, 117. Les libéraux perdraient un combattant, en élisant un des leurs à la présidence de la Chambre. Et le député d’Argenteuil, Peter Robert McGibbon, mourut au lendemain des élections. Les libéraux ne pourraient gouverner paisiblement sans attirer au moins quelques progressistes, pour faire l’appoint. Le Globe de Toronto et la Free Press de Winnipeg suggérèrent une coalition avec les progressistes, pour échapper à la prépondérance de Québec au sein du parti et du gouvernement. En effet, des négociations s’amorcèrent entre Mackenzie King et Crerar.

Ce n’était pas du tout la politique de Gouin. L’ex-premier ministre de la province de Québec avait-il souscrit l’engagement, formel ou tacite, de réaliser le plan Shaughnessy – régie du Pacifique-Canadien sur les chemins de fer Nationaux – s’il saisissait le pouvoir ? Lomer Gouin n’a jamais livré un secret. Mais Mackenzie King s’appuyait sur Ernest Lapointe – qui lui était personnellement dévoué, qui avait même contribué à le porter, puis à le consolider, au poste de chef – plutôt que sur Lomer Gouin – qui avait peut-être escompté sa défaite. Le 7 décembre, Mackenzie King offrit des portefeuilles à ses trois rivaux de la convention de 1919 : Fielding, Graham et Mackenzie ; mais il ne fit pas appeler Lomer Gouin. Indifférent en apparence, l’ancien premier ministre de la province de Québec partit ostensiblement à la chasse. En vérité, il se rongeait.

On pouvait distinguer deux tendances parmi les libéraux de la province. Le groupe montréalais et protectionniste : Gouin, Lemieux, Mitchell. Et le groupe québécois, éminemment représenté par Lapointe, et plus rapproché des progressistes par l’ensemble de ses idées. Si Mackenzie King consulta Lapointe plutôt que Gouin pour la formation du cabinet, ce n’est pas seulement par inclination personnelle. Ni par ménagement pour les progressistes. Le Globe enjoignait à Mackenzie King d’écarter la prépondérance des gros intérêts montréalais. Et le mot d’ordre circula dans les provinces anglaises.

En effet, la rivalité des deux grands réseaux, Pacifique-Canadien et Chemins de fer Nationaux, se doublait de la rivalité entre Montréal et Toronto, entre financiers et hommes d’affaires de Montréal et de Toronto. Ceux-ci voulaient réduire l’influence du groupe Montréalais, incarné par Gouin. Plutôt une alliance avec Crerar que l’abandon du portefeuille des chemins de fer à un Montréalais ! La ville de Toronto, cœur du parti tory, n’avait pas élu de libéral et ne serait donc pas représentée dans le ministère. La « voix de Toronto » s’éleva cependant, assurée, autoritaire.

Or, le bloc québécois avait bel et bien sauvé le parti libéral, décimé, désorganisé dans les autres provinces par la guerre, et plus particulièrement par l’unionisme. Voilà qui confère tout de même des droits. Pamphile du Tremblay, qui avait cédé son siège à Lomer Gouin et lié partie avec l’ancien premier de la province, le signifia. « Québec réclame sa part entière, déclara la Presse du 20 décembre. Oswald Mayrand, qui avait fait le tampon entre Eugène Berthiaume et Lomer Gouin l’année précédente, rédigeait les éditoriaux anonymes du grand journal. Il écrivit :

« La province de Québec a droit de compter que, dans le partage des ministères, elle aura sa juste et légitime part de représentation, et que l’honorable M. King ne se laissera pas influencer dans son choix par les organes à la solde des gros intérêts d’Ontario, et particulièrement de Toronto… Notre province exige qu’on accorde à ses représentants au Parlement fédéral leur juste part, toute leur part d’influence… »

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Côte de la Canoterie. Photographie : GrandQuebec.com

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