Histoire du Québec

Premier sifflet à vapeur

Premier sifflet à vapeur

Le premier sifflet à vapeur et la première course

par Hector Berthelot

Le premier vapeur du Saint-Laurent qui ait porté un sifflet à vapeur a été le remorqueur Saint-Roch, aujourd’hui le Gatineau, appartenant au capitaine Foisy.

C’était en 1853, que les échos de notre grand fleuve ont répété pour la première fois les cris stridents du sifflet à vapeur. Les vieux navigateurs nous assurent que le sifflet du Saint-Roch était le plus bruyant qu’ils aient jamais entendu. Il était tellement sonore qu’il pouvait être entendu à une quinzaine de milles à la ronde.

Le vapeur qui portait ce célèbre sifflet, remorquait des radeaux entre Montréal et Québec. On nous rapporte que le pilote, une espèce de loustic, prenait un vilain plaisir à faire résonner l’instrument criard au milieu de la nuit. Ce sifflet semait la terreur parmi les habitants des deux rives du Saint-Laurent. Les riverains s’attendaient à voir surgir des flots quelque monstre marin dans le genre de celui qui causa la mort d’Hyppolyte. Il glaçait le sang jusque dans le cœur des hommes les moins superstitieux. Un ancien élève du collège de Nicolet nous dit que le sifflet du Saint-Roch avait créé une véritable panique dans l’établissement. Un soir, le directeur s’adressa aux élèves assemblés dans l’étude et leur dit :

– Quelque monstre, quelque animal inconnu fait entendre ses cris dans les environs du collège. Cette bête fauve pourrait causer quelque malheur. Je vous recommande de ne pas vous éloigner du collège. Lorsque vous vous amuserez, ayez soin de vous grouper plusieurs ensemble, afin de vous protéger mutuellement si un danger se présentait. Ne vous aventurez jamais seuls loin de vos résidence.

Ce ne fut que plusieurs semaines plus tard, que l’on apprit que l’épouvante était semée par le sifflet du Saint Roch.

L’historien et poète Benjamin Sulte (1841-1923) a raconté, lui aussi, sous le titre La trompette effrayante dans ses Mélanges d’histoire et de littérature, l’émoi que causa, aux Trois-Rivières, le sifflet d’un de ces premiers bateaux.

***

Remontons, maintenant, à 1842 et disons un mot sur les courses des vapeurs entre Montréal et Québec. Cette année-là, deux vapeurs se faisaient concurrence, le Lord Sydenham, commandé par le capitaine McKim, et le Queen commandé par le capitaine Roach.

En ce temps-là, la concurrence avait réduit les prix de passage à 30 sous sur le pont et cinq chelins dans la cabine.

Le Lord Sydenham et le Queen laissaient leur quai à Québec et à Montréal à la même heure, et, tous les jours, c’était une course en règle entre les deux vapeurs rivaux. Presque tous les passagers s’intéressaient tellement à la course qu’ils étaient dévorés par une anxiété fiévreuse pendant toute la durée du voyage. Le capitaine, le mécanicien et les chauffeurs recouraient à toutes espèces de moyens pour accélérer la vitesse de la course. Le bois ne suffisant pas à donner une intensité assez forte aux fournaises, on y jetait des barils de résine, de la poix et des graisses. Comme il n’y avait pas alors d’inspecteurs de bouilloires, on accrochait de gros poids de fers, et des trucks à la barre de la soupape de sûreté.

Le capitaine Saint-Louis nous disait qu’il avait vu un chauffeur, après avoir levé sa vapeur à la plus haute pression possible, s’asseoir sur la barre de la soupape, sans songer au danger de se rendre dans l’éternité par la ligne de l’air.

Un jour, un cultivateur de Batiscan se passionna tellement pour la course du Lord Sydenham qu’il consentit à jeter dans la fournaise une demi douzaine de ses carcasses de cochons parce que le combustible allait faire défaut.

La palme de la course changeait de mains très souvent, car la vitesse des bateaux était à peu près la même.

À propos du capitaine Roach, un monsieur qui l’a fort bien connu, nous disait qu’il se savait que deux mots de français : « Trente sous ».

Lorsqu’un Canadien lui demandait : « À quelle heure part votre bateau, capitaine? », il répondait d’une voix sourde et brève : « Trente sous ! Trente sous ! »

13 décembre 1884

molson brasserie

Brasserie Molson et le quai du port de Montréal. Photo : © V. Petrovsky

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