Histoire du Québec

Sauts, cascades, portages, bretelles

Sauts, cascades, portages, bretelles

Sauts, cascades, portages, bretelles

Sauts et Cascades

Les sauts et les cascades sont formés par la hauteur des terres, qui à proportion qu’on remonte vers la source des fleuves et des rivières vont toujours en s’élevant. En certains endroits elles s’élèvent d’une manière surprenante, comme aux cataractes du Nil, ou bien à la fameuse chute de Niagara, qui est d’une prodigieuse hauteur, et où le fleuve Saint-Laurent, lequel a une demi-lieu de large en ce lieu-là, tombe à pic comme dans un gouffre avec un bruit incroyable; en d’autres elles s’élèvent d’une manière moins sensible comme par degrés, de cinq à six pieds seulement, de distance en distance. Le même fleuve Saint-Laurent peut aussi en être un exemple. Car il court ainsi pendant plus de quarante lieues de sauts en sauts peu éloignés les uns des autres, et dont quelques-uns ont près d’une lieue de long, où il roule par différentes chutes avec tant de précipitation qu’une flèche décochée d’une main raide et habile ne part pas avec plus de vitesse qu’en a l’eau dans l’impétuosité de ces torrents : et, comme dans ces endroits il a peu de profondeur, ses vagues se brisant contre les rochers répandus dans son lit causent un mugissement perpétuel et paraissent toutes changées en écume.

Portages

On fait portage à ces cataractes que leur extrême hauteur rend impraticables. Il faut même s’y prendre de loin, et sortir du canal de la rivière beaucoup au-dessus de la chute, pour ne pas courir à une perte inévitable. Mais on s’abandonne au fil de l’eau dans les sauts qui ont moins d’élévation; toute l’adresse consiste à savoir le prendre, à bien choisir certains passages étroits entre les chaînes de rochers, et à éviter les pierres détachées dont le fleuve est semé, et dont il suffit d’en heurter une pour que le canot, porté avec une extrême raideur, soit brisé en pièces et fasse un naufrage auquel il n’y plus de remède.

Ceux qui ne sont pas accoutumés à ces sortes de navigations frémissent à l’idée seule qu’on puisse se commettre dans des passages si dangereux à la merci d’une simple écorce. Cependant les Sauvages et les Français canadiens sont si habiles à parer les roches, que j’ai vu beaucoup de personnes qui aimaient mieux sauter le saut Saint-Louis, lequel est au-dessous de notre mission, que de faire le voyage de Montréal à pied. Ce saut néanmoins, quoiqu’il n’ait que demi-lieue de long, est un des plus périlleux: et il est assez souvent arrivé à d’excellents canoteurs d’y venir faire naufrage, après avoir sauté tous les autres.

Bretelles

Deux hommes portent sur leurs épaules les canots dans les lieux de portage avec beaucoup de facilité jusqu’au-dessus ou au-dessous des cataractes. Le reste de l’équipage, soit dans les portages, soit dans les autres voyages de terre, se range sur des bretelles, qui sont une manière de châssis de boit fort commode pour enlever une grosse charge et pour la porter aisément : ou bien on fait des paquets qu’on laisse pendre sur les épaules, attachés à des colliers ou longes faites de leur fil de bois blanc tressé en bande, que les femmes appliquent sur leur front, et que les hommes font passer sur la poitrine et à la naissance des épaules, tout au contraire de ce que rapporte Hérodote de l’usage des anciens Égyptiens (Hérodote, II, 35).

(Tiré du Moeurs des Sauvages Américains, comparés aux mœurs des premiers temps, par Joseph-François Lafitau)

cascades

Cascades – photo – GrandQuebec.com

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