Histoire du Québec

Salon d’automobile

Salon d’automobile

Brillante ouverture du salon d’automobile

L’honorable M. Louis Coderre, secrétaire d’État, a présidé l’ouverture officielle du salon qui promet d’être l’un des plus beaux que l’on ait vus.

Malgré le concours des circonstances adverses, cette exposition est tout-à-fait merveilleuse tant par le nombre et la qualité des voitures exposées que par les splendides décors.

Montréal, 25 janvier 1915. – Le Salon de l’Automobile a été officiellement ouvert, samedi soir. Par sa richesse et son ensemble parfaitement achevé, il demeurera comme l’un des plus importants événements de la saison. Il surpasse tout ce qui a déjà été fait dans ce genre et renferme plusieurs particularités qui le placent dans une classe spéciale au point de vue général des expositions tant au Canada qu’aux États-Unis. Tous ces détails pris en considération à l’heure actuelle ont un intérêt qu’on ne pourrait rencontre ailleurs et dont les causes et les effets sont grandement avantageux aux organisateurs comme aux exposants. L’édifice Ford, où la Montréal Automobile Trade Association tient cet hiver son salon, est le local le mieux situé, le plus richement fini et certainement le plus idéal qu’on puisse trouver au Canada pour une exposition d’automobiles. Il est vaste, spacieux, bien éclairé et aéré, très propre et bien chauffé. Chaque exposant a amplement d’espace et tout y est merveilleusement disposé. Des draperies aux couleurs patriotiques arment abondamment des colonnes des différents étages et jettent un éclat vivant sur les voitures. Partout, il y a des palmes, des fleurs et des bouquets enjolivés de pavillons et de drapeaux qui laissent dans l’esprit du visiteur la vision d’un splendide jardin.

Les automobiles sont placées au milieu de ce magnifique décor. Après avoir fait le tour des installations du parquet, les visiteurs sont conduits par l’ascenseur, directement au quatrième plancher, où se trouve une partie des voitures de luxe et accessoires; on se rend ensuite par les escaliers au troisième étage réservé aux voitures légères. L’aéroplane blindé qui se trouve sur le premier plancher est une machine canadienne avec moteur Gnome. La seule différence qui le distingue des autres aéroplanes est que le moteur et le siège de l’aviateur sont enveloppés d’une épaisse coquille en acier dont la forme ressemble à celle d’un œuf. Seule l’hélice est à découvert. Ce biplan a passablement intéressé les spectateurs, de même que l’automobile blindée, exhibée aussi dans le parquet. Cette dernière machine a l’aspect d’un lourd camion surmonté d’une forte boite d’acier crevélée pour faciliter le pointage des mitrailleuses. Elle n’est cependant pas munie d’une petite tourelle centrale comme le sont la plupart de celles qui servent actuellement sur les champs de bataille de l’Europe. Il y a aussi sur le parquet de puissants camions et de superbes canots-automobiles. Nous donnons ci-après la liste complète des maisons qui ont retenu un espace dans l’édifice Ford, où a lieu le Salon et aussi l’étage où l’on pourra trouver l’installation de chacune de ces maisons.

Albion Motor, Montréal, premier étage, camions Albion et camions G.M.G.
Auto Signal System, Toronto, troisième étage, signaux automatiques.
Arlington Bicycle, Montréal, troisième étage, motocyclettes Indian.
S. F. Bowser, Toronto, quatrième étage, réservoirs et pompes pour les huiles.
W. H. Banfield et Fils, Toronto, troisième étage, accessoires pour moteurs.
Canadian Pneumatic Tool, Montréal, troisième étage, voitures de livraison, Little Giant.
Cadillac Motors Limited, Montréal, troisième étage, voitures de promenade et de luxe Cadillac.
Cutten & Foster, Montréal, couverts pour sièges, coussins et capotes pour automobiles, quatrième étage.
Canada Cycle & Motor, Montréal, troisième étage, accessoires pour motocyclettes et canots-automobiles.
Canadian Halleys Limited, Montréal, premier étage, camions Halley.
Canadian Fairbanks-Morse, Montréal, premier étage, canots-automobiles, moteurs maritimes, accessoires pour automobiles et canots-automobiles.
Canadian Consolidates Rubber, Montréal, quatrième étage, pneus Dominion Nobby Tread.
Comet Motor, Montréal, troisième étage, voitures de promenade Packard, Chalmers et Regal.
Dredont Motor, Montréal, quatrième étage, camions légers Drednot.
Dunlop Tire & Rubber, Montréal, quatrième étage, pneus Dunlop.
Davy et Compagny, Montréal, quatrième étage, confiseries.
Dominion Chain, Montréal, quatrième étage, chaînes anti-dérapantes Weed.
Detroit Electric, Montréal, troisième étage, voitures et camions électriques.
Frigon & Baker, Montréal, quatrième étage, voitures Winton Six.
Ford Motor, Montréal, quatrième étage, voitures Ford.
Fisher Motor, Orillia, troisième étage, voitures Fisher.
Roy C. Fraser, Montréal, troisième étage, pneus V.C.
Gareau Motor, Montréal, troisième étage, voiture Grant et Mormon.
Gadbois Limitée, Montréal, quatrième étage, voitures et camions Overland.
Gutta Percha & Rubber, Montréal, quatrième étage, pneus Maltese Cross

H. Grothé, Montréal, voitures Franklin, quatrième étage.
Gaulois Tire, Montréal, quatrième étage, pneus Gaulois.
R.F. Girdwood, Montréal, premier étage, voitures et camions Reo.
Higgins & Lee, Montréal, troisième étage, pneus Fireston.
Geo, Higgins, Montréal, quatrième étage, moteurs maritimes.
Légaré Gadbois Automobile, Montréal, quatrième étage, voitures Hudson et Studebaker et camions Stuart.
Légaré Gadbois Automobile, Montréal, premier étage, camions Gramm.
Lussier Auto, Montréal, quatrième étage, voitures Briscoe.
London & Lancashire Accident Insurance, Montréal, assurances, troisième étage.
John Millen & Fils, Montréal, troisième étage, accessoires pour motocyclettes et canots-automobiles.
Maxwell Motor, Windsor, Ontario, troisième étage, voitures Maxwell.
Mysteriois Tire, Motréal, troisième étage, les pneus Mysterious.
McLaughlin Carriage, Montréal, troisième étage, voitures et camions McLaughlin.
Russel Motor, Montréa, troisième étage, voitures Russell.
P.A.D. Robert, Montréal, quatrième étage, voitures Jackson.
Renaud Motor, Montréal, accessoires pour automobiles et canots-automobiles, quatrième étage.
Sévigny et Lalonde, Montréal, troisième étage, voitures Moon et Crow.
White Motor, Montréal, troisième étage, voitures et camions White.
Wolseley Motor, Montréal, voitures et camions Wolseley, troisième étage.
A. Yot & Compagnie, Montréal, quatrième étage, accessoires pour automobiles.

Vers neuf heures, les officiers de la Montréal Automobile Trade Association et la plupart des exposants se réunirent au troisième étage pour recevoir l’honorable Louis Coderre, secrétaire d’État, qui devait présider à l’ouverture officielle. M. W. Jennings, vice-président, lui souhaita la bienvenue au nom de ses collègues et lui exposa l’importance qu’avait cette année le Salon de l’Automobile à Montréal. Après avoir terminé ses remarques, M. Jennings fit présenter à Madame Coderre une superbe gerbe de roses. M. Coderre parla en anglais et en français. « Tout effort », dit-il, ayant pour but le développement du pays, de sa prospérité, de sa richesse est un acte patriotique, quand il se manifeste en dehors d’une préoccupation égoïste. Les organisateurs de cette exposition, les industriels qui y ont pris part ont plus songé à l’intérêt public, si intimement lié à la continuation du mouvement des affaires, à leurs employés, à leurs ouvriers qu’à leurs propres intérêts, en décidant de ne pas interrompre, en ces temps critiques leurs expositions annuelles. Il convient, messieurs, de vous en remercier.

Une exposition industrielle en temps de guerre est une de ces manifestations qui font le plus grand honneur à ceux qui y prennent part. C’est ainsi qu’en jugea un des historiens de la guerre franco-prussienne de 1870 en une page vibrante consacrée à la section française de l’Exposition d’art industriel tenue à Londres au printemps de l’année 1871. Et, messieurs, notre admiration pour le vaillant peuple belge, n’a-t-elle pas encore grandie, si cela est possible en apprenant que bien qu’écrasée, ruinée, provisoirement cantonnée dans un coin de terre entre l’Yser et la frontière française, la Belgique avec ce calme, cette force, cette certitude d’un avenir meilleur qui animent les justes martyrisés avait décidé de prendre part à l’Exposition de San-Francisco, affirmant ainsi sa vitalité et le principe sacré de son indépendance.

C’est d’une belle crânerie, et votre exposition pour avoir été préparée et ouverte en des circonstances moins tragiques n’en démontre pas moins la confiance absolue que vous avez dans la destinée du pays.

M. Coderre parle alors des progrès de l’automobilisme, de l’aviation et du rôle des expositions. Il est d’avis que le Canada constitue un des meilleurs clients de cette industrie dont la prospérité est surtout liée à la construction des bons chemins. « Ce problème, continue-t-il, préoccupe tous les gouvernements; il est d’une solution complexe et mois facile qu’on ne le suppose généralement.

Si dans les pays où les voies sont défectueuses l’automobilisme est presque impossible, par contre là où les routes sont excellentes, mais antérieures à la traction mécanique ont s’est trouvé en présence d’une détérioration des chemins dont la perméabilité avait augmenté par suite de la destruction par les automobiles des couches superficielles. Par la rapidité de vos progrès industriels, vous avez ainsi soulevé une foule de problèmes de la solution desquels dépendent non seulement le progrès de vos usines, mais encore le développement, la facilité des relations commerciales et du tourisme, cette source de si grands bénéfices pour les campagnes. »

Parlant de la guerre, le Secrétaire d’État croit qu’elle contribuera à la prospérité des manufacturiers d’automobiles. Il déclare que le gouvernements canadien travaille en coopération avec nombre d’industries à obtenir des commandes pour les fabricants canadiens, et il termine en affirmant que si le gouvernement peut en quoi que ce soit contribuer au succès, à l’expansion de l’industrie de l’automobile, on doit compter sur son concours.

U. H. Dandurand fut ensuite invité à dire quelques mots. M. Dandurand est, pour ainsi dire, le père de l’automobile à Montréal. Il a suivi avec intérêt son développement et n’a jamais perdu l’occasion d’encourager les promoteurs de cette industrie. Il a toujours pris part à chaque salon, non pas comme financier, mais comme sportsman et homme d’affaires pratique.

AaM. Dandurand rappela dans sa courte allocution qu’il fit en anglais les débuts de l’automobilisme à Montréal et le progrès rapide qu’il a fait jusqu’ici. Il remercia aussi l’honorable M. Coderre pour les bonnes paroles qu’il avait eues à l’adresse de ceux qui s’occupaient du commerce des autos dans la province de Québec et spécialement dans notre ville.

L’honorable M. Coderre, accompagné de M. Jennings et de plusieurs dames, fit ensuite une promenade dans les divers étages, s’intéressant aux différentes voitures et ayant un mot d’encouragement pour les exposants. Il était alors neuf heures. Environ 2000 personnes se trouvaient dans l’édifice, malgré le mauvais temps qu’il faisait. L’activité fut très intense durant toute la soirée et les exposants semblaient très confiants. Presque tous entrevoient l’année avec beaucoup d’enthousiasme et d’optimisme. Ils se disent que les gens qui pouvaient par les années passées se permettre l’achat d’une automobile ne verront pas dans la situation actuelle et dans la catastrophe économique que nous traversons une cause pour se priver de ce luxe, parce que leur condition financière ne souffrira pas des effets de la guerre. Ce raisonnement est juste et plausible et sera sans doute constaté chez bon nombre de clients que certains vendeurs ont déjà en perspective. Les officiers et les actionnaires de la Montréal Automobile Trade Association anticipent de grands résultats de ce salon, qui sera le seul tenu au Canada cette année qui fera certainement époque marquante dans les annales commerciales de la métropole du Dominion.

De nombreuses innovations et améliorations ont été introduites dans toutes les voitures qui sont exhibées cet hiver. Des traits particuliers ont été ajoutés, des améliorations ont été faites, de nouvelles caractéristiques ont été adoptées, enfin, dans chaque automobile, tout accuse un degré supérieur vers la perfection et marque une ère nouvelle dans les machines de qualité. La beauté, le luxe et le confort ont surtout reçu une étude spéciale de la part des experts et des artistes que les manufacturiers ont aujourd’hui à leur emploi. C’est-à-dire que la carrosserie de chaque auto a subi des transformations qui l’ont rendue plus élégante et lui ont donné une apparence qui semble être insurpassable. L’ensemble de chaque voiture a un aspect harmonieux; les formes sont délicatement dessinées; la lourdeur massive a disparu pour faire face à une pesanteur moins forte et plus compacte. Des mesures ont aussi été prises pour rendre le contrôle des autos plus simple et moins compliqué. Les moteurs surtout ont été très perfectionnés. Leur efficacité a été renforcée. Leur simplicité a été réduite. Enfin l’équipement général a subi un changement notoire. Depuis la luxueuse limousine jusqu’au moindre coupé, la main d’oeuvre et le mécanisme ont introduit quelque chose de nouveau et de nécessaire.

Il serait bien difficile de tenter d’établir des comparaisons entre les différentes voitures qui sont exhibées cette année au salon d’auto. Il serait encore plus téméraire de mettre en retard leurs avantages respectifs. Toutes ont leurs mérites et leur excellents points de vue. Les goûts les plus délicats n’oseraient se prononcer. Messieurs Légaré-Gadbois, de la rue Amherst, possèdent un superbe exhibit. Ils exposent les voitures Hudson et Studebaker et les camions Stuart. Cette compagnie a une très forte organisation et est en mesure de donner à ses clients un excellent service. Ses directeurs ont tenu, cette année, à ne pas se départir de leurs principes progressistes et libéraux et cette année comme les années passées, ils n’ont rien épargné pour contribuer largement au succès du salon. L’ensemble de leur exhibit est considérable et tous les différents modèles des voitures qu’ils ont en vente sont en exhibition. Deux mille quatre cents pieds carrés sont occupés par cette maison. MM. Légaré et Gadbois ont vendu l’année dernière plus de 700 automobiles Hudson et Studebaker et M. Gadbois disait samedi soir qu’il fondait de grandes espérances sur les résultats du salon de cet hiver et sur le commerce de 1915.

La maison Gadbois Limitée, qui exhibe les voitures Overland, jouit d’un excellent prestige au Salon. M. Gadbois, son président, a même l’honneur d’avoir été, cette année, le premier exposant à vendre une automobile la première journée de l’exposition. La machine Overland est, pour son prix et sa durabilité, une des surprises de l’automobilisme moderne. La compagnie Overland, dont M. Gadbois est l’agent exclusif à Montréal, possède de grandes manufactures à Hamilton, Ontario, et elle a introduit cette année des innovations très remarquables dans le moteur de son automobile, particulièrement dans le système d’ignition. Elle a aussi agrandi quelque peu les roues de sa voiture et ajouté considérablement d’élégance à sa carrosserie. M. Gadbois est très optimiste et est d’opinion que le commerce de l’automobile sera prospère cette année.

La Russell Motor exhibe cet hiver une riche Limousine et deux ou trois autres voitures. Les autos de cette compagnie sont de premier ordre, d’excellent service, muni du moteur continental ou Knight, de haute efficacité, à six cylindres, d’un essieu d’arrière entièrement flottant et d’un groupe moteur unitaire. La carrosserie de ces machines est aussi très élégante et le confort luxueux.

M. Robert exhibe cette année encore les automobiles Jackson. M. Robert n’est pas une figure étrangère au salon de l’auto. Il s’occupe d’automobilisme depuis longtemps. Il a été chargé cet hier des décorations au Salon et s’est acquitté magnifiquement de sa tâche. M. Robert est très enthousiaste sur les résultats de la présente exposition et il croit que le commerce de 1915 sera très fructueux.

M. Grothe expose cet hiver la Franklin, la seule automobile en ce pays avec un moteur se refroidissant à air direct. C’est une voiture qui est en très grande vogue durant l’hiver. Elle renferme plusieurs cactéristiques qu’on ne trouve pas dans l’auto ordinaire.

Les voitures Packard, Chalmers et Regal sont exhibées par la Comet Motor Co. La réputation de ces trois auto automobiles est établie depuis longtemps et elles reçoivent comme toujours l’admiration des visiteurs.

La Gareau Motor Co. Exhibe les autos Grant Mormon, deux machines américaines très puissante, pour tourisme de longue distance.

La Renaud Motor Co possède un magnifique comptoir au quatrième étage de l’édifice Ford où son t étalés des accessoires pour automobiles et canots automobiles. Ces accessoires sont variés, nombreux et très modernes.

Comme nous l’avons déjà annoncé la compagnie Cadillac exhibe cette année au salon son auto à huit cylindres. Cette voiture, puissamment forte, est nouvelle sur le marché canadien. On fonde de grandes espérances sur l’engin à huit cylindres.

Le Salon de l’Automobile se continuera toute la semaine. Ce sera aujourd’hui la soirée des militaires. Les officiers et les soldats de plusieurs régiments y assisteront en grande tenue. L’orchestre des Grandier Guards fournira, comme samedi soir, une musique variée et intéressante aux visiteurs.

voiture du m. dandurand

La voiture Dandurand au moment de sa première apparition sur les rues de Montréal.

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