Histoire du Québec

Retour des guerriers indiens

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Des prisonniers

Les prisonniers qui ont été enlevés par de petits partis sont bien moins malheureux dans leur marche que ceux qui ont été pris par un corps d’armée, parce que les vainqueurs n’étant point animés par le nombre de leurs gens, ou de leurs esclaves, ne pensent qu’à se sauver et à mener sûrement leur conquête à leur village.

Pour cet effet ils leur lient seulement les bras au-dessus des coudes, assujettissant leurs liens derrière le dos, de manière qu’ils ont les mains libres, sans que néanmoins ils puissent de détacher, et qu’ils aient même assez de liberté pour courir et se sauver, laquelle dépend d’un certain balancement du corps que cette façon de les lier leur ôte absolument, à moins qu’ils ne soient exercés à courir ainsi de jeunesse.

Un missionnaire m’a assuré qu’il avait vu un Sauvage qui s’y était tellement fait qu’il ne pouvait pas courir autrement et devançait cependant tous les autres à la course.

Manière de garder les prisonniers

Le temps le plus fâcheux pour eux est celui de la nuit, car tous les soirs on les étend sur le dos presque tous nus, sans autre lit que la terre, dans laquelle on plante quatre piquets pour chaque prisonnier, afin d’y lier leurs bras et leurs pieds ouverts et étendus en forme de croix de Saint André. On enfonce de plus un cinquième piquet auquel on attache un collier qui prend le prisonnier par le col et le serre de trois ou quatre tours. Enfin on le ceint par le milieu du corps avec un autre collier ou sangle, dont celui qui a soin du captif prend les deux bouts qu’il met sous sa tête pendant qu’il dort, afin d’être éveillé si son prisonnier faisait quelque mouvement pour se sauver.

Cette posture si contrainte durant une nuit entière est sans doute un supplice. Mais c’est un martyre des plus rigoureux dans la saison des mousquites, et des marignoins ou cousins, car il n’est pas possible d’exprimer jusqu’où va l’importance de ces animaux, qui volant par millions, et ne faisant que bourdonner, ne cessent d’enfoncer leurs aiguillons jusqu’au vif, et de sucer le sang, laissant un venin dans chaque piqûre, qui cause en même temps, et une inflammation, et une forte démangeaison.

Du reste ils font toujours espérer à ces pauvres malheureux qu’à leur arrivée on leur donnera la vie. Lors même qu’ils sont éloignés des lieux où ils les ont pris, on ne garde plus tant de mesures pour les veiller, et on leur donne une liberté si grande qu’elle devient quelquefois funeste à leurs vainqueurs. Car il est souvent arrivé que les esclaves mal gardés se sont détachés, ont assommé une partie de leurs ennemis ensevelis dans le sommeil, et se sont rendus maîtres des autres, les ont faits prisonniers à leur tour, leur laissant tout lieu de se plaindre de leur trop grande confiance, et d’une sécurité imprudente, qui devenait la cause de leur perte.

(Tiré du Moeurs des Sauvages Américains, comparés aux mœurs des premiers temps, par Joseph-François Lafitau)

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Image: Grandquebec.com

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