Histoire du Québec

Quatrième centenaire de la découverte du Canada

Quatrième centenaire de la découverte du Canada

Quatrième centenaire de la découverte du Canada

En 1934, le Canada tout entier doit célébrer le quatrième centenaire de sa découverte. Un comité présidé par les sénateurs Charles Beaubien et George Graham dirige de grands préparatifs. La France, l’Angleterre et les États-Unis seront représentés. La délégation française, surtout, promet d’être très brillante. Puis elle dépasse ses promesses.

Les fêtes, commencées à Charlottetown le 24 août 1934, doivent atteindre leur point culminant à Gaspé le lendemain. Des élèves de l’École des Beaux-Arts de Montréal – décorateurs, architectes et costumiers – sont venus décorer la petite ville, ou mille drapeaux claquent à la brise.

Mgr Ross et le sénateur Lespérance se sont aussi prodigués. Un train spécial, commandé par Le Devoir, conduit le cardinal Villeneuve, le délégué apostolique, plusieurs évêques et les recteurs des deux universités catholiques. Un autre train spécial conduit Arthur Sauvé, ministre des Postes, un troisième transporte le lieutenant-gouverneur Patenaude et le premier ministre Taschereau. Le Canadien-National a mobilisé ses locomotives, ses wagons-lits, et fait merveille pour qui connaît le délabrement de cette ligne. D’autres grands personnages arriveront par bateau. L’Union des Municipalités, tenant son congrès flottant sur le Richelieu, de la Canada Steamship Lines, fait escale à Gaspé. Un ruban d’automobiles couvre le boulevard Perron. Une foule inaccoutumée, mi-anglaise et mi-française, anime les deux rives du bassin.

Sous un soleil doré qui fait miroiter les vagues, des barques pavois.es aux armes de la Normandie, de l’Anjou, du Poitou et du Maine se lancent au-devant du Champlain, de la Compagnie Générale Transatlantique, qu’attendent ou accompagnent un contre-torpilleur et des avisos français, un destroyer anglais et plusieurs navires canadiens. Le Champlain transporte de huit à neuf cents passagers français. Ce sont un ministre en exercice, Pierre-Etienne Flandin, le recteur de l’Université de Paris, Sébastien Charléty, un académicien, Henry Bordeaux, trois membres de l’Institut, le président du Conseil municipal de Paris, le maire et le curé de Saint-Malo, des présidents de chambres de commerce, de grands intellectuels, des bâtonniers, des professeurs, des médecins, des journalistes, un descendant de Montcalm et un descendant de Lévis. Jamais, sans doute, pareille élite n’a franchi l’océan.

La délégation française en entier suit la messe en plein air et le dévoilement de la croix en granit qui commémore le geste historique de Jacques Cartier. Mgr Cassulo bénit la pierre angulaire de la future basilique de Mgr Ross. Le banquet officiel réunit Bennett, Taschereau, Patenaude, le cardinal Villeneuve, les délégués étrangers et trop d’évêques, de ministres, de sénateurs, de consuls, de maires pour une énumération nominative.

Le délégué du gouvernement britannique, H. A. Fisher, ancien ministre, doyen de l’Université d’Oxford, est une humaniste de grande classe, chaud admirateur de la culture française. Il a compté l’un des fils de sir Lomer Gouin – Léon-Mercier – parmi les élèves à l’Université d’Oxford. Il prononce une brillante allocution en français. Le délégué américain, W. R. Robbins, ministre des États-Unis au Canada, l’imite et paraît l’égaler. Seul, R. B. Bennett s’en tient à l’anglais. Le cardinal Villeneuve reçoit la grand-croix de la Légion d’honneur, qu’un seul ecclésiastique, Mgr Gasparri, a jusqu’alors obtenue. « Je recueille l’honneur », dit-il en remerciant, « je vous le paierai en amour. » Le Vatican lui-même, voulant participer aux fêtes, nomme Mgr Ross assistant au trône pontifical.

La T.S.F. permet de suivre à distance la plupart des cérémonies. Le soir, les lumières du séminaire, de l’évêché, de l’hôpital et des maisons sur la colline sertissent la baie de Gaspé, qui scintille elle-même de milliers de feux : fanaux aux mâts des navires, réflecteurs des vaisseaux de guerre, phares des automobiles traversant le pont dans les deux sens. Les maires en congrès sur le Richelieu quittent leurs délibérations, les danseurs en grande toilette sur le Champlain désertent la salle de bal pour contempler, remués jusqu’au tréfonds de l’âme, le spectacle féerique. Le feu d’artifice commence. Les éclatements de fusées percent les pétardes des moteurs d’embarcations. Au bouquet, une grande croix lumineuse se précise dans le ciel.

Les fêtes et l’émotion se renouvellent à Québec, ou des milliers de personnes, conduites par le maire Grégoire, envahissent les quais du bassin Louise. Lord Bessborough, gouverneur général, est venu. Les magasins ont spécialement décoré leurs vitrines. Cérémonie à l’Université Laval, cérémonie sur les plaines d’Abraham; réception à Spencer-Woodm réception à la citadelle; banquet au Club de la Garnison, banquet sur le Champlain. Taschereau reçoit à son tour la grand-croix de la Légion d’honneur. Pour la deuxième fois dans son histoire – l’Université Laval reçoit des académiciens français en habit vert, l’épée au côté. Henry Bordeaux, éloquent parmi ces hommes éloquents, remporte de très gros succès. Les organisateurs ont fait coïncider avec ces fêtes le congrès des médecins de langue françaises de l’Amérique du Nord, ainsi que des « journées de la presse française ». Le Dr. Albert Paquet, titulaire de la chaire d’anatomie à l’Université Laval, remplace Arthur Rousseau, mort récemment, à la présidence des Médecins de langue française. Henri Gagnon préside les journées de la presse française, ou le poète Franc-Nohain, prince des chroniqueurs, a la surprise de rencontrer un sosie canadien en la personne de Georges Pelletier. Les journées de 1934 éclipsent celles de 1908 – troisième centenaire de Québec – et celles de 1912 – premier congrès de la langue française.

Et les Français continuent leur tournée triomphale. Aux Trois-Rivières, le maire G.-H. Robichon, le député Charles Bourgeois et l’organisateur Louis Durand ont préparé des fêtes plus intimes. La réception est brève et simple, mais l’un des visiteurs, R.-G. Nobécourt, directeur du Journal de Rouen, écrit dans ses notes de voyage : « C’est là que nous avons senti battre le cœur, le cœur fidèle du Canada. »

À Montréal, le maire Houde a pris la tête de la foule immense qui accueille la mission française avec un enthousiasme indescriptible, dans l’immense hall de la gare Windsor. Des ovations poursuivent les délégués jusqu’aux portes du Ritz-Carlton et de l’hôtel Mont-Royal. Banquet au Ritz, banquet au Cercle universitaire, banquet au chalet du mont Royal, feu d’artifice au parc Lafontaine. Averse de discours, Camillien Houde prononce le plus sobre, en demandant aux Français : « Fixes-vous ici par votre capital et par vos industries… Nous avons besoin de vous dans l’ordre intellectuel comme dans l’ordre matériel. »

Ce discours, préparé avec Louis Francoeur, rend un son de concret. Au parc Lafontaine, une foule innombrable, que des journalistes évaluent à trois cent mille personnes, acclame la mission française. Des Canadiens obscurs, sans titre, sans mandat, se sentent à leur tour submergés par une émotion puissante qui a traversé deux siècles. L’Université de Montréal décerne des doctorats honorifiques à Flandin, Bordeaux et Charléty. Le nouveau recteur – l’abbé Maurault – et le secrétaire général de l’Université – Edouard Montpetit – brillent en pareille circonstance. Le passage des délégués coïncide encore avec le dix-neuvième congrès de l’Association du Barreau canadien, marqué par le dévoilement d’un buste d’Eugène Lafleur.

Les organisateurs ont préparé des « journées de droit civil ». Les maîtres du barreau français apprécient un de leurs pairs en la personne de P. – B. Mignault, l’ancien juge de la Cour Suprême, octogénaire qui n’a pas cessé la pratique du droit. Quant aux journalistes, ils visitent La Presse, ou France-Nohain observe : « Belles machines; mais il manque la machine à traduire », puis Le Devoir, ou Fernand Gregh fait cette réflexion : « C’est à fait rue du Croissant. »

Les délégués français continuent leur route sur Ottawa, Toronto et la péninsule du Niagara; quelques-uns pousseront jusqu’à la pouponnière des cinq jumelles Dionne, qui font toujours du bruit comme cent mille. Les Français ont produit et reçu des impressions ineffaçables.

(Tiré du Histoire de la province de Québec, par Robert Rumilly)

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Source image: GrandQuebec.com

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