La première victime

Le premier Européen à décéder au Canada, fut le marin Philippe Rougemont, originaire d’Amboise.

Dans son Brief récit et succincte narration, Jacques Cartier parle avec une émotion que le rude marin ne peut cacher de ses compagnons morts à Stadacona (Québec) du scorbut, dans l’hiver de 1535-1536. Il ne nomme cependant qu’un seul des disparus, Philippe Rougemont, d’Amboise. Celui-ci trépassa le jour même du pèlerinage de Jacques Cartier et de ses compagnons à Notre-Dame de Roc-Amadour.

“Celui jour, dit-il, trépassa Philippe Rougemont, natif d’Amboise, de l’âge de environ vingt-deux ans.”

Rougemont dut être la première victime de la terrible épidémie puisque Cartier fit faire une espèce d’autopsie de son cadavre afin de découvrir les causes de la maladie.

Il écrit: ” Et pour ce que la maladie nous était inconnue, fit le capitaine ouvrir le corps pour voir si aurions connaissance d’icelle pour préserver si possible était le perfus. Et fut trouvé qu’il avait le coeur blanc et fleuri environ à de plus d’un pot d’eau rousse comme daele, le foie beau, mais avait le poumon tout noirci et mortifié, et s’était retiré tout son sang au dessus du coeur grande abondance de sang non infect. Pareillement avait la rate par devers l’échiné un peu entamé environ deux doicts comme si elle eut été frottée sur une pierre rude. Après cela vu, lui fut ouverte et incise une cuisse, laquelle était fort noire, par dehors, mais dedans la chaire fut trouvée assez belle. “

Cartier termine le récit de son autopsie par ces paroles d’adieu à son jeune compagnon :

” Ce fait, fut inhumé, à mieux que Ton put. Dieu par sa sainte grâce pardonne à son âme et à tous trépassés. Amen.”

L’autopsie pratiquée sur le corps du pauvre Philippe Rougemont ne donne pas grand résultat. Ce fut plutôt le remède enseigné par les Hurons qui arrêta les progrès de l’épidémie et sauva le reste des compagnons de Cartier.