Histoire du Québec

Le pendu de la Côte St-Michel

Le pendu de la Côte St-Michel

Le pendu de la côte Saint-Michel

Le matin du 5 avril 1708, on fait une macabre découverte dans une maison abandonnée située dans la côte Saint-Michel, dans la seigneurie de Sillery : « Un homme pendu et étranglé et qui a été reconnu pour être un nommé Guérin, un homme sans aucun domicile et mendiant sa vie qui, depuis quelque temps, se retirait en ladite côte. »

Un certain Antoine Buisson fut le premier témoin de cette découverte et voici ce que sa déposition écrite raconte:

Étant entré en la maison, il y aurait trouvé le cadavre dudit Guérin attaché, à une poutre de ladite maison, par le col avec une corde faite de lin, d’un doigt ou environ (épaisseur de la corde), tournée deux fois autour de ladite poutre… Le dit cadavre, nu en chemise jusqu’à la ceinture, le reste couvert (habillé) d’une culotte de cuir, dans les poches de laquelle il est trouvé un chapelet, un bâton de calumet, une pierre à fusil et un bout de tabac, ayant les jambes courbées et chaussées de souliers sauvages… il y avait un petit banc de bois, d’environ un pied et demi de haut… qui paraît avoir servi à soulever le plancher du profond pour y passer la corde autour de la poutre… S’est trouvé sur le plancher d’en bas un vieux capot de cuir et, à gauche, un vieux chapeau, un vieux couteau, un calumet et de vieilles mitaines.

Les enquêteurs ayant terminé l’analyse de la scène de ce décès, on a « fait détacher ledit cadavre de la poutre pour le mettre sur une traîne, qu’il a fait couvrir dudit (avec) capot et conduire en cette ville de Québec par le dénommé Marié, habitant de la côte, pour le mettre en la geôle desdites prisons où, étant arrivé sur les huit heures du soir, il aurait mis et laissé ledit cadavre en la garde du concierge desdites prisons ». Une fois le dépouille arrivée, le Conseil a ordonné « que ledit cadavre sera vu et examiné par Jordain Lajus, chirurgien en cette ville, qui en dressera son procès-verbal ».

La cause du décès de Guérin étant le suicide, on lui fait un procès et selon la coutume, l’huissier Jean Auger représente le défunt à titre de curateur. Voici la sentence, qui sera par la suite modifiée :

Ledit Guérin est déclaré dûment atteint et convaincu de s’être défait et homicidé soi-même, s’étant pendu et étranglé. Pour réparation de quoi il est ordonné que sa mémoire demeurera condamnée, éteinte et supprimée à perpétuité. Son cadavre sera attaché par l’exécuteur de la haute justice au derrière d’un traîneau et traîné, la tête en bas et la face contre terre, par les rues de cette ville jusqu’à la place publique de la basse ville où il sera pendu par les pieds à une potence. Après qu’il y aura demeuré vingt-quatre heures, il sera jeté à la voirie.

Le 16 avril 1708, le Conseil va modifier grandement la première sentence de feu Guérin : « Condamné seulement, ledit cadavre, à être privé de la sépulture ecclésiastique et à être jeté à la voirie. »

Par Guy Giguère, La Scandaleuse Nouvelle-France, histoires scabreuses et peu édifiantes de nos ancêtres, 1958.

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Photo: GrandQuebec.com

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