Histoire du Québec

Émeutes du 12 juillet 1877

Émeutes du 12 juillet 1877

Émeutes du 12 juillet 1877

Le 12 juillet 1877 a été une journée mouvementée dans l’histoire politique de Montréal. Ce jour-là, le centre-ville est devenu l’arène des batailles entre les Irlandais catholiques et protestants, représentés par l’Ordre des Orangistes.

L’Ordre des Orangistes, ou le Loyal Orange Order, ou encore la Loge orangiste, se portait à la défense du protestantisme. Cette organisation est née au cours de la lutte ancestrale entre les protestants et les catholiques irlandais.

Le nom d’Orangistes a été choisi en l’honneur de la victoire du 12 juillet 1690 par Guillaume d’Orange sur le roi catholique Jacques II, à la bataille de la Boyne. Cet événement entraîna la domination des protestants en Irlande. La loge est une société fraternelle qui comporte des serments, des degrés hiérarchiques, des rites et diverses célébrations. La plus importante de ces célébrations est la marche annuelle organisée le 12 juillet.

Depuis le début du XIXe siècle, la loge d’Orange étend ses activités au Canada tout en défendant la couronne et les institutions britanniques.

Le 12 juillet 1877, les Orangistes défilent dans les rues de plusieurs villes canadiennes, dont Montréal.

Dans cette ville, les membres de l’Ordre d’Orange, après avoir tenu un service religieux, entament la procession traditionnelle. Mais un certain nombre d’Irlandais catholiques se rassemblent pour leur barrer le chemin. Le défilé se transforme rapidement en bagarre générale provoquée, selon de nombreux témoins, par les Irlandais catholiques venus s’en prendre aux marcheurs.

C’est alors que le jeune orangiste Thomas Lett Hackett est tué par un coup de feu près du magasin Dunn & Cie, sur la place Victoria. Thomas Lett Hackett tombe sur les marches conduisant au magasin et son corps est visible par une grande partie de la foule. La bagarre devient alors une véritable émeute. Par miracle, personne d’autre n’est tué, mais les blessés se comptent par douzaines.

Cette journée de violence se termine avec l’intervention de la police montréalaise qui arrête un groupe d’orangistes, dont le Grand maréchal de l’Ordre, et les conduit sous escorte à leurs résidences. Pendant la nuit, ces maisons restent sous la garde de la police.

Le lendemain, le maire de Montréal, Jean-Louis Beaudry, doit s’expliquer devant les critiques de la presse anglophone qui l’accuse d’indifférence, et même de soutien aux catholiques. Et en effet, les policiers ne sont pas intervenus lors des bagarres qui ont précédé la mort du jeune protestant.

Pas moins de 3000 Orangistes (certaines sources contemporaines parlent de 20 mille) ont participé aux funérailles du malheureux Thomas. Le cortège funèbre a quitté le Champ de Mars, fait un arrêt à la Cathédrale du Christ-Church, puis est parvenu au Cimetière Mont-Royal. Des fonds ont ensuite été rassemblés par les Orangistes pour ériger un monument au jeune homme, qui se trouve près de l’entrée du cimetière.

L’année suivante, les troupes de la garnison militaire de Montréal ont été appelées pour maintenir l’ordre en cas d’une nouvelle émeute. Les constables de la police ont arrêté les dirigeants des Orangistes au moment où ils se mettaient en route pour le défilé. Cette attitude, pour le moins radicale, du maire Beaudry lui a valu le soutien de certains Canadiens français et des Irlandais catholiques. Malgré tout, il a été battu aux élections de mars 1879 par Sévère Rivard, lui aussi nationaliste mais appuyé massivement par la population anglophone.

Rappelons aussi que cette même journée du 12 juillet 1877 a mis fin à l’histoire de non-violence sur les questions religieuses qui caractérisait jusqu’alors la province de l’Île-du-Prince-Édouard. En effet, ce jour-là un groupe d’Irlandais catholiques attaque le quartier général de l’Ordre des Orangistes à Charlottetown et y met le feu. Plusieurs personnes perdent la vie au cours de cet incendie.

emeutte 1877

Montréal. Attaque d’une sentinelle des carabiniers Mont-Royaux. La sentinelle plonge sa baïonnette dans le corps d’un des assaillants et le tue. L’Opinion publique, vol.8, /30, p.354, 26 juillet 1877, gravure de l’époque

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