Bas-Saint-Laurent

Opérations Dignité

Opérations Dignité

Opérations Dignité

Le système montagneux des Appalaches comprend, de part et d’autre de ses plus hautes élévations, tant au nord qu’au sud, des plateaux qui se sont prêtés à la colonisation. Malheureusement, certains villages ont été désertés ou fermés, soit en raison de conditions économiques difficiles, soit par volonté gouvernementale. Certains ont réussi à résister : au Québec on se souvient des Opérations Dignité, un vaste mouvement de protestation sociale.

Ce terme, Opérations Dignités désigne un mouvement de protestation dans les secteurs ruraux des régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Il s’agissait d’une réaction à la volonté du gouvernement du Québec de fermer quatre-vingt-seize petites municipalités et de relocaliser près de 65 000 personnes dans les villes situées à proximité. À cette fin, le gouvernement crée le Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ) afin d’examiner et de trouver des solutions aux problèmes d’aménagement du territoire et de développement économique.

L’étape suivante, en 1969, le gouvernement du Québec met en place l’Office de développement de l’Est du Québec (ODEQ) afin de voir à l’implantation et à la bonne marche des solutions mises de l’avant par le BAEQ. Ainsi devant la stagnation et le déclin des secteurs de l’exploitation forestière et l’agriculture, les autorités décident de fermer une centaine de petites localités et de regrouper les résidents de ces localités dans les municipalités les plus proches.

Le gouvernement décide de fermer 80 paroisses et 15 territoires non organisées et d’en relocaliser leurs 64 000 habitants. Ainsi, entre 1969 et 1972, on a déplacé les populations de Sacré-Coeur-des-Landes, de Saint-Charles-Garnier-de-Pabos, de Sainte-Bernadette-de-Pellegrin, de Saint-Edmond-de-Pabos, de Sainte-Gabriel-de-Rameau, de Saint-Jean-de-Brébeuf, de Saint-Nil, de Saint-Octave-de-l’Avenir, de Saint-Paulin-Dalibaire, de Saint-Thomas-de-Cherbourg et du rang IV aux Méchins. La résistance s’organise et les manifestations se succèdent.

C’est le début des Opérations Dignité, ce mouvement de protestation populaire qui éclate en 1870 dans les municipalités visées par les fermetures. En fait, une première manifestation a lieu en septembre 1970, quand une assemblée de trois mille personnes se tient dans l’église de Sainte-Paule-de-Matane. En août 1971, une autre assemblée réunit plus de deux mille résidents dans l’église d’Esprit-Saint.

En fait, dns la foulée, 65 villages de l’Est du Québec se regroupent et forment les Opérations Dignité I à Sainte-Paule en 1970, Dignité II à Esprit-Saint en 1971 et Dignité III aux Méchins en 1973. À la suite de la pression populaire, le gouvernement renonce à son plan de relocalisation en 1974 pour s’orienter plutôt vers un aménagement du potentiel agroforestier de cette vaste région.

Malgré les protestations populaires, une dizaine de villages sont rayés de la carte, mais le mouvement réussit à faire reculer l’État centralisateur.

Les Opérations Dignité ont aussi permis de susciter une prise de conscience envers le développement des régions rurales du Québec, la protection de la ruralité et le respect de l’autonomie locale.

Le 6 juillet 2009, un centre d’interprétation muséale racontant l’histoire des Opérations Dignité a ouvert ses portes au public dans la municipalité d’Esprit-Saint. Les visiteurs peuvent y voir un spectacle multimédia et des témoignages de citoyens impliqués dans ce mouvement social ainsi qu’une exposition sur l’expérience du JAL, une coopérative d’aménagement du territoire active dans les localités de Saint-Juste-du-Lac, Auclair et Lejeune.

Dans leur livre La Gaspésie, de Miguasha à Percé – Itinéraire culturel, paru en 1978, Paul-Louis Martin et Gilles Rousseau évoquent cette réalité en visitant, derrière Saint-Omer, sur la route 132, sur la baie des Chaleurs, une colonie qui avait été fondée en 1938, sous le nom de Mission-Saint-Louis. Après avoir fusionné avec le secteur Biron quatre ans plus tard pour former la paroisse de Saint-Louis-de-Gonzague, celle-ci fermera en 1974. On peut y lire, dans l’ouvrage de Martin et Rousseau :

« Le chemin vient d’abord buter au pied d’une montagne, puis la gravit en lacet et soudain nous débouchons sur un rang élevé. Une vieille statue dort au milieu des broussailles, bien que cultivés, les champs semblent déserts. Nous sommes à Mission-Saint-Louis. La première maison, à droite, domine tout le paysage de la baie; quel panorama ! Les gens sont montés ici, attirés par les surfaces fertiles et presque planes du plateau. Plus loin, installée en étagement, l’agglomération de la mission survit péniblement. Les visiteurs se font rares. Une jolie vallée ouverte à l’ouest sert de niche à deux ou trois fermes magnifiquement prospères : vergers, jardins, bâtiments multiples et quelle paix ! Puis la route continue, toujours plus au nord, droite, comme pour aller se perdre. Ne cherchez plus d’indication pour « Biron », il n’y en a plus. Et ne cherchez plus Biron, il n’existe plus mais vous y êtes. Vous voyez la croix blanche là-bas, l’enclos du cimetière ? C’était Biron. Fondé par la génération du courage, il a été rasé par celle de l’efficacité.

Comment était le monde, avant le Verbe? Et comment sera-t-il quand le Verbe se sera dissous et que tout sera confondu sans distinction? (Sibilla Aleramo Le passage suivi de Transfiguration (Nouvelle). Photographie de Megan Jorgensen.
Comment était le monde, avant le Verbe? Et comment sera-t-il quand le Verbe se sera dissous et que tout sera confondu sans distinction? (Sibilla Aleramo Le passage suivi de Transfiguration (Nouvelle). Photographie de Megan Jorgensen.

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