Histoire du Québec

Démission de Mgr Charbonneau

Démission de Mgr Charbonneau

Démission de Mgr Charbonneau

La déposition soudaine de Mgr Charbonneau, archevêque de Montréal, survenue en 1950, fut l'un des plus grands mystères de l'histoire de l'église canadienne.

Mgr Charbonneau décède en décembre 1959. Environ deux ans et deux mois plus tard, le Nouveau Journal, fondé en 1961 par Jean-Louis Gagnon avec des transfuges du quotidien La Presse, confia à Renaude La Pointe qui devait s'illustrer par la suite comme éditorialiste à La Presse, puis en tant que la présidente du Sénat, la tâche délicate d'éclaircir le secret de la démission de Mgr Charbonneau.

Déjà, dans La Presse de 2 décembre 1959, une fois la poussière retombée sur les funérailles du défunt prélat, un lecteur, le curé Edgar Bissonnette affirme que Mgr Charbonneau, quelque temps à peine après sa démission, lui avait écrit de Victoria des phrases suivantes: Dieu merci, ma santé est meilleure que jamais. C'est pour des raisons de haute politique que je suis forcé de démissionner. Hier, j'étais un dieu, aujourd'hui, je ne suis plus rien. J'en ai appelé au Secrétariat d'État à Rome; mon appel fut rejeté. J'ai envoyé un télégramme au Saint-Père, lui demandant d'aller en personne présenter ma cause… cela aussi fut refusé.

Or, dans l'histoire bouleversante de Mgr Charbonneau, Renaude Lapointe affirme qu'à la suite de la publication par La Presse de sa lettre, le curé Edgar Bissonnette reçut deux missives le menaçant de porter son geste à l'intention du Saint-Siège et luis suggérant de détruire toutes les lettres de Mgr Charbonneau, si il ne voulait pas être destitué.

Renaude Lapointe n'y va pas par quatre chemins. Elle accuse le premier ministre Maurice Duplessis et un groupe d'évêques "réactionnaires" de l'époque, rangés sous la bannière confessionnaliste, nationaliste et ruraliste de Mgr Courchesne, archevêque de Rimouski, qui se voyait comme le sauveur de l'Église canadienne menacée, d'avoir réussi à obtenir du Vaticane la tête de Mgr. Charbonneau. Elle cite le Rapport Custos dont la paternité a été attribué au père Émile Bouvier, jésuite connu pour ses sympathies pro-patronales et pro-Union nationale et qui n'a jamais opposé de démenti à cette prétention.

Ce dit rapport soumis à l'intention du Vatican, laissait entendre que la grève d'Asbestos de 1949 avait fait le jeu de Moscou, et désignait, sans les nommer, Mgr Charbonneau et quelques autres, accusés en substance de se faire les complices des chefs communistes en exerçant une influence indue pour démolir l'autorité du "seul gouvernement catholique en Amérique du Nord".

Renaud Lapointe soutient également que Mgr Courchesne est allé lui-même présenter à Rome un long mémoire de 128 pages, où il demandait, avec quelques autres têtes, celle de Mgr Charbonneau, accusé de "ne plus être en communion avec la hiérarchie, de préparer un schisme dans l'Église du Québec en se séparant des évêques et en voulant diviser leur opinion, et de prêcher un catholicisme social avancé, c'est-à-dire, de gauche.

L'enquête de Renaude Lapointe devait rompre ce silence en milieu francophone. Désormais, heureusement, on saurait la vérité sur cette page d'histoire ténébreuse du Québec. Selon elle, la disgrâce de Mgr Charbonneau, archevêque de Montréal, ne fut pas la conséquence du seul mémoire Courchesne.

Elle fut plutôt le résultat d"un concours extrêmement complexe de circonstances:

  1. graves difficultés personnelles avec le délégué apostolique;
  2. attitude désinvolte envers l'épiscopat du Québec en n'assistant pas à ses réunions;
  3. situation de conflit avec le gouvernement, laquelle était sans issue;
  4. trop grande confiance envers les congrégations, lors de son voyage à Rome;
  5. influence des intégristes québécois grâce à leurs relations en Europe.

Comme devait le confier pour sa part le sociologue Jean-Charles Falardeau, de l'Université Laval, qui lui avait rendu visite à Victoria, en 1957, "Mgr. Charbonneau avait devancé son époque. Il voulait s'opposer au monstre, mais il dut plier. Ce fut un triste moment pour l'épiscopat. Mais l'archevêque de Montréal avait rendu la tâche plus facile à ceux qui le suivirent. Il nous a aidé à faire peau neuve".

mgr charbonneau

Mgr Charbonneau, surnommé «l'évêque rouge», effectue le service lors du «dîner des pauvres» de la paroisse St-Pierre-Apôtre à Montréal. Photo de l'époque

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