Histoire du Québec

L’affaire Bunting-Meek

L’affaire Bunting-Meek

L’affaire Bunting-Meek

Un scandale oublié

Nos amis de la presse conservatrice sont entrés dans une belle colère à la suite des déclarations de M. Gamey à la Législature d’Ontario.

Nous n’avons point l’intention d’intervenir dans une affaire qui va être désormais du ressort d’une commission d’enquête judiciaire. Seulement nous croyons qu’il est bon de rappeler, en cette occurrence, une affaire semblable qui fit grand bruit il y a vingt ans, et dont l’odieux retombait sur nos adversaires. Cela se passait aux élections de 1883, au temps du gouvernement Mowat.

Ce retour vers le passé n’est pas sans signification à l’heure présente. Aux élections de 1883, l’opposition fit des efforts énergiques pour battre le gouvernement Mowat; on dépensa des sommes extraordinaires grâce auxquelles la majorité libérale fut réduite d’une manière considérable. Dans l’espoir de détruire complètement cette majorité, quelques conservateurs firent au commencement de la session de 1884 des efforts heureusement restés infructueux, pour indure quelques partisans du gouvernement à voter sa déchéance. La tentative fut renouvelée vers la fin de la session, et, finalement, trois membres de l’Assemblée Législative – MM. Rober McKim, W. D. Balfour et le Dr. Dowling – voulant arriver à faire connaître et châtier les corrupteurs, consentirent à accepter l’argent qu’on leur offrait pour les amener à voter non-confiance dans le gouvernement. La somme qui devait être payée au Dr. Dowling, d’après les arrangements, ne lui fut pas remise effectivement parce que l’agent conservateur en cette affaire, John A. Wilkinson, fut arrêté. Mais M. McKim reçut la somme de $1,000, et ce même Wilkinson paya la somme de $800 à M. Balfour. Les trois députés remirent l’argent à l’Orateur, qui, le soir du 17 mars, révéla la chose à l’assemblée, et sur la proposition du procureur-général, M. Mowat, l’affaire fut renvoyée au comité des Privilèges et Élections. D’après la preuve recueillie devant ce comité, les personnes suivantes avaient conspiré avec Wilkinson pour renverser le gouvernement en achetant des députés qui avaient été élus pour l’appuyer : Christopher W. Bunting, directeur de la rédaction du journal le Mail ; Edward Meek, avocat de Toronto ; F. S. Kirkland, un avocat de Wisconsi, qui demandait certaines concessions concernant le bois de construction qu’on trouve sur les terrains miniers ; en enfin Frederick Stimson alias Lynch qu’on disait engagé dans le commerce de bestiaxu sur les ranches du Nord-Ouest. Les négociations avec M. McKim eurent lieu en grande partie dans l’édifice du Mail, entre li et MM. Bunting et Meek. Wilkinson invita les députés auxquels il offrit de l’argent à le suivre à sa chambre au Walker House où ils rencontrèrent Stimson. Ce dernier était accompagné de John Shields, rendu célèbre par le scandale de la section B, échangea le 15 mars six billets de $500 de la Puissance du Canada contre trente billets de $100 de la banque de l’Amérique Britannique du Nord, et l’on remarqua que les billets remis par Wilkinson à MM. McKim et Balfour étaient exactement de cette espèce.

Après avoir recueilli un certain nombre de témoignages, le comité des Privièges et Élections recommanda, vû la fin prochaine de la session, que l’on fit «  au moyen d’une commission composée de juges, une enquête complète et minutieuse » sur les faits soumis au comité. La Chambre approuva cette recommandation et subséquemment, M. le juge Proudfoot, de la cour supérieure en Chancellerie, M. le juge Scott, de la cour de Comté de Peel et M. le juge Senkler, de la cour de Comté de Lincoln, furent chargés de faire une enquête sur les actes de corruption que nous avons rapportés. Dans le cour de l’été de 1884 les trois commissaires entendirent les témoignages et les transmirent à la Chambre dans un rapport qu’on trouve parmi les documents de la session de 1885 (Voir Document No 0, 3ième partie, XVIIe volume). M. Le juge Scott refusa d’exprimer une opinion quant à la culpabilité de personnes mises en accusation, mais MM. Les juges Proudfoot et Senkler s’accordèrent à rendre un jugement dont nous reproduisons ci-après les parties essentielles:

Les Commissaires désirant se conformer aux instructions qu’ils ont reçues, transmettent avec les présentes les dépositions qu’ils ont reçues et font le rapport suivant :

M. Meek a fait des efforts pour attaquer la crédibilité de deux témoins, MM. Robert McKim et John Cascaden – et un grand nombre de témoins ont téé examinés de part et d’autre. Les Commissaires considèrent cependant que la crédibilité de MM. McKim et Cascaden n’a pas été attaquée avec succès.

Les Commissaires doivent aussi rapporter que M. Dwight, le gérant général de la compagnie de Télégraph Great North-Western a détruit, au mois d’Avril dernier, des dépêches télégraphiques adressées à M. Wilkinson et à M. Bunting.

Les Commissaires ont constaté que pendant le débat sur l’adresse à la dernière session de la Chambre d’Assemblée – débat qui dura depuis l’ouverture de la Chambre le 23 Janvier, jusqu au 6 Février, John A. Wilkinson, Edward Meek et Christopher W. Bunting, agissant de concert, essayèrent de former un gouvernement de coalition, et dans ce but, cherchèrent à induire les membres de la Chambre, partisans du gouvernement, à voter contre celui-ci sur l’adresse.

Pour mettre ce projet à effet, Wilkinson, Meek et Bunting entrèrent en négociations avec Robert McKim et Meek s’aboucha avec John Cascaden, et on offrit à ces députés de l’argent et des situations dans le Nord-Ouest pour les induire à voter contre le gouvernement.

Les commissaires ne mentionnent que les députés auxquels des offres corruptrices furent faites. On eut des pourparlers avec d’autres députés qu’on chercha à gagner à l’opposition au moyen d’arguments. A cette même époque T.-S. Kinkland travaillait aussi à influencer certains députés dans son intérêt personnel mais il ne paraissait pas agir de concert avec les autres.

Après le vote sur l’Adresse, le gouvernement ayant été soutenu, ces efforts cessèrent jusque vers la fin de la session; alors on les renouvela non seulement auprès de M. McKim, mais aussi auprès de MM. Dowling, Balfour et Lyon.

Ce fut Kirlkand qui renouvela ces attaques avec le concours de Wilkinson, Meek et Bunting et l’aide d’une personne qui était connue sous le nom de Lynch mais dont le véritable nom était Stimson.

Kirkland fit des avances à Balfour en lui disant que Wilkinson et Bunting désiraient savoir ce qu’il demanderait pour voter contre le gouvernement. Wilkinson offrit à Balfour une position de shérif ou de régistrateur dans le Nord-Ouest, ou des annonces des départements pour son journal et lui représenta que Bunting agissait de concert avec lui en cette affaire. Wilkinson déclara qu’il pouvait payer à Balfour $1000 ou $1200 comme garantie qu’il aurait la charge; après le vote, il donnerait, disons $1000, et Balfour pourrait obtenir la charge qu’il préférerait. Birlkand offrit aussi à Balfour de lui payer $1000 s’il voulait parler contre le gouvernement, et le 17 mars, Wilkinson donne $800 à Balfour et promit de lui payer $700 après le vote qui serait pris sur une résolution que l’opposition devait proposer. On avait aussi reprise les négociations avec McKim et le 16 mars, Wilkinson lui donna $1000 après que Stimson « alias » Lynch eût essayé, le jour précédent, à angager McKim à faire un pari sur le vote de Dowling.

On entra aussi en négociations avec Lyon, dans le but d’obtenir son vote. McKim lui parla le premier de son vote à la demande de Wilkinson, et provoqua une entrevue entre lui et Wilkinson et Meek. L’élection de Lyon avait été contestée. Lors d’une entrevue avec Wilkinson et Meek à laquelle assistait aussi McKim, on demanda à Lyon s’il voterait contre le gouvernement sur une résolution relative à la politique du Département des Terres, concernant le bois de construction, – résolution qui serait présentée comme motion de non-confiance, – et Meek dit à Lyon que s’il faisait adopter cette résolution, il retirerait la pétition d’élection. Lyon voulait qu’un lui donnât une garantie de l’abandon de la pétition, et M. Meek offrit la parole de Bunting; et McKim dit à Lyon, en présence de Wilkinson et Meek, que Bunting consentait à ce que la pétition fut retirée.

Lyon et McKin signèrent tous les deux un document appelé round robin, par lequel ils s’engageaient à voter contre le gouvernement.

Des offres corruptrices furent aussi faites à Dowling par Wilkinson qui vouait qu’il votât contre le gouvernement et qu’il abandonnât son siège; la pétition contre son élection devait être retirée et on promettait de lui rembourser les dépenses auxquelles il avait été soumis. Après avoir abandonné son mandat, il devait avoir $2,000 ou $3,000, s’il ne travaillait pas contre le candidat qui devait briguer les suffrages du comté. Wilkinson voulait qu’il vint voir Bunting pour faire retirer la contestation. Dowling eut une entrevue avec Bunting qui lui dit d’un cabinet de coalition et voter conque s’il voulait favoriser la formation du gouvernement et remettre son mandat, ses dépenses d’élection lui seraient remboursées et on lui paierait en outre $2,000 ou $3,000. Wilkinson représenta Dowling à Stimson alias Lynch qui lui offrit de parier $3,000 qu’il ne voterait pas contre l’administration Mowat. Ensuite, Wilkinson et Kirkland essayèrent ensemble de décider Dowling à voter contre le gouvernement.

Toutes les personnes à qui on offrit de l’argent ou des situation s communiquèrent ces propositions à quelques-uns des membres du gouvernement et ne manifestèrent aucune intention d’accepter ce qu’on leur offrait. McKim et Balfour eurent à peine reçu les billets de banque qu’ils les déposèrent dans les mains de l’Orateur de la Chambre.

(Tiré du journal Le Canada, texte paru le samedi, 4 avril 1903).

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Le marché du Vieux-Port de Québec. Image : GrandQuebec.com

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