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Immigration au Canada

Immigration au Canada

Immigration au Canada au début du XXe siècle

L’ouverture du Canada à une immigration de masse commence à prendre forme quelques années seulement après l’entrée en vigueur, en 1867, de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Le project d’accueillir une importante population d’origine européenne tient à ce que le pays qui émerge, à la fin du XIXe siècle, est constitué en bonne partie de vastes espaces qui avaient été concédés par la Couronne britannique à la Compagnie de la Baie d’Hudson et qui ne possédaient pas de gouvernement civil constitué.

Dans les grandes plaines situées à l’ouest de l’Ontario, dont le Canada fédéral se voit confier la responsabilité par Londres, il n’existe toujours pas d’activités économiques structurées ou de grands centres de population. En 1876, pour pallier cette situation de sous-développement, le Parti conservateur de John A, Macdonald propose à l’électorat une « politique nationale » comportant trois volets : des tarifs douaniers élevés pour soutenir l’industrie manufacturière canadienne, la construction d’un chemin de fer d’un bout à l’autre du pays pour désenclaver les régions éloignées et une vaste immigration européenne pour peupler l’Ouest.

Doté d’un territoire surdimensionné par rapport à sa population de quatre millions de personnes (en 1880), le Canada ne pouvait se permettre d’attendre pendant des décennies que l’accroissement naturel vienne combler ses besoins pressants en matière de main-d’oeuvre. Une seule option s’offrait à Macdonald pour créer un marché intérieur digne de ce nom et pour augmenter le nombre des contribuables. faire venir d’ailleurs un grand nombre de personnes susceptibles de contribuer puissamment à l’avancement du pays. Avant d’y arriver, il fallait achever de construire un chemin de fer transcontinental qui pourrait acheminer les nouveaux résidents vers l’intérieur du continent, en plus de bâtir sur la façade atlantique du Canada une infrastructure destinée à recevoir et à traiter l’immigration en provenance de l’étranger. Trop d’obstacles se dressaient encore face à cette politique pour qu’elle puisse se réaliser à court terme. Ce n’est que vingt ans plus tard que seront réunies les conditions économiques permettant la réalisation de grand dessein national : attirer et fixer au pays, un peu de temps, des centaines de milliers de nouveaux citoyens. De fait, il faudra attendre l’élection en 1896 du libéral Wilfrid Laurier à la tête du gouvernement canadien pour que sonne enfin l’heure d’une immigration de masse au Canada.

En 1901, l’immigration dépasse pour la première fois depuis 1892 le chiffre de 50 personnes par année, et à partir de 1906 les entrées annuelles franchissent le cap des 200 000 migrants. Le sommet est atteint en 1913, année où un peu plus de 400 000 nouveaux venus franchissent les frontières du Canada pour s’y installer à demeure. N’eût été le déclenchement de la Première Guerre mondiale, l’année suivante, ce mouvement se serait probablement poursuivi à ce rythme pendant quelques années. C’est le plus important apport migratoire de toute l’histoire canadienne. Entre 1901 et 1910, 1’64 million d’immigrants entrent au pays, et encore 1,29 million de 1911 à 1915. Quant cette période de grand accueil migratoire s’ouvre en 1896, la population totale du Canada est de 5 millions d’habitants ; quand elle se clôt, en 1915, elle frôle les 8 millions. Malgré des départs massifs vers les États-Unis, la proportion de résidents nés à l’étranger atteint à la fin des années 1910 tout près de 22 % de la population canadienne, soit plus d’une personne sur cinq. Il s’agit d’un sommet inégalé jusque-là dans l’histoire du pays.

Pour réaliser ce dessein de grande envergure, le gouvernement Laurier a financé la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire transcontinentale, s’est engagé à subdiviser les terres agricoles disponibles en lots peu coûteux propices à l’exploitation commerciale et a fait connaître à l’étranger les occasions d’avancement que le Canada offrait aux immigrants audacieux. Nommé ministre de l’Intérieur en 1896, Clifford Sifton réorganise aussitôt les services canadiens de l’immigration, lance en Europe une campagne de recrutement efficace et donne la priorité aux agriculteurs dans les critères d’admission au pays. (Voir à ce sujet Valérie Knowles, Strangers at Our Gates : Canadian Immigration and Immigration Policy, 1540-2007 ; Ninette Kelly et Michael Trebilcock, Making of the Mosaic : A History of Canadian Immigration Policy). Des avantages importants sont consentis aux nouveaux venus qui se destinent à l’Ouest canadien, sous forme de subventions aux compagnies maritimes et ferroviaires chargées d’amener les nouveaux citoyens au pays.

Le gouvernement offre de plus des conditions particulièrement favorables pour l’achat de terres jamais cultivée et pour les premières récoltes. Mis en application pendant plusieurs années, le plan Sifton donne des résultats éclatants en ce qui concerne le nombre de personnes qui s’établissent au pays. Mais malgré les objectifs déclarés de cette politique, il reste qu’une proportion considérable des immigrants se fixe aussitôt dans les grandes villes du centre du pays, ignorant l’injonction gouvernementale d’aller peuple l’Ouest canadien :

Bien que l’objectif officiel de la politique d’immigration consiste à encourager l’établissement d’agriculteurs dans les Prairies, moins de la moitié des nouveaux venus se rendent cultiver des terres à l’ouest. Nombre d’entre eux trouvent du travail dans les villes, dans les mines ou dans la construction ferroviaire. Pour certains immigrants, le travail rémunéré fournit l’argent nécessaire à l’achat des équipements requis pour devenir fermier. D’autres envisagent leur séjour au Canada comme étant temporaire et cherchent à économiser le plus d’argent possible avant de retourner dans leur pays d’origine.

(Extrait de l’ouvrage de Pierre Anctil « Histoire des Juifs du Québec ». Les Éditions du Boréal).

Des eaux vierges, des rivages inimaginés. (Conte d’hiver, William Shakespeare.)
Des eaux vierges, des rivages inimaginés. (Conte d’hiver, William Shakespeare.)

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