Histoire du Québec

Idéologie du terroir

Idéologie du terroir

Idéologie du terroir

L’idéologie du terroir prend sa source dans le Québec rural, patriarcal et ancestral. Cette pensée conservatrice a été très répandue au début du XXe siècle.

Les partisans de ces idées passent sous silence la grande mutation économique et sociale qui s’opère au Québec, évoquant le fait que tout au long de son histoire la population de la Nouvelle-France et du Bas-Canada plus tard (le Québec d’aujourd’hui) est essentiellement rurale.

Encore en 1871, on l’estime, par exemple, à 77% et la projection d’un idéal de continuité est éloquemment exprimée par les voix des romans de terre et autres productions littéraires. Les partisans de cette idéologie essaient de résister aux forces du progrès technique. Roman, poésie et essai s’inscrivent dans un courant esthétique appelé terroirisme ou agriculturisme. Mais grâce à l’industrialisation, l’urbanisation avance à grands pas et la proportion de la population rurale passe à 67% vingt ans plus tard.

Dès 1921, l’urbanisation franchit une étape cruciale : pour la première fois, la population urbaine au Québec est plus importante que celle des campagne.

L’idéologie du terroir ne veut cependant pas voir ce phénomène urbain. Cette idéologie sépare de façon radicale deux modes de vie, idéalisant à outrance la vie des champs et condamnant à l’excès la vie citadine. Elle nie toute interaction entre ces deux réalités qui favorisent les nouveaux modes de transport, tels que le train et l’automobile. Elle soutient une propagande idéologique en faveur de la colonisation « pure ».

Les tenants de l’idéologie du terroir ignorent que même pendant la colonisation industrie et agriculture ont fait bon ménage. En effet, sans la construction de route et de chemins de fer qui relient la campagne à la ville, la colonisation du nord québécois aurait été impossible.

Dès 1925, l’intégration du monde rural et du monde urbain est si avancée que plusieurs partisans de l’idéologie du terroir se plaignent amèrement. Le jésuite Adélard Dugré, par exemple, se plaint du nouveau paysage industriels dans son roman à thèse intitulé la Campagne canadienne (ce roman, paru en 1925 à l'imprimerie du Messager, fait l'apologie de l'idéologie du terroir) : "Les campagnes elles-mêmes ne sont plus un refuge assuré pour nos vieilles coutumes. Depuis longtemps déjà, mais surtout depuis l'invasion de nos paisibles paroisses par la grosse presse, l'automobile et les catalogues des grosses maisons d'affaires, nos bonnes gens s'enorgueillissent d'adopter le langage, les modes et les moeurs de la ville, qui sont une imitation de la langue, des modes et des moeurs américaines" (ce passage est cité par Paul-André Linteau dans Histoire du Québec contemporain, Montréal, Boréal, 1989, p.563).

Cette pensée qui reflète le nationalisme littéraire est soutenue puissamment par l’Église  qui la favorisait pour mieux contrôler ses ouailles. Par exemple, Mgr Camille Roy demande aux écrivains canadiens de privilégier la rhétorique du terroir pour développer la spécificité de la société canadienne-française. Son Manuel de la littérature canadienne-française, paru en 1918, ouvrage clé, défend la thèse que la survie de la culture passe par la célébration du régionalisme et par l’apologue des valeurs qui s’y rattachent : la foi catholique, l’attachement à la langue française et à l’agriculture.

Dans le cœur des partisans de cette idéologie, une seule voix dissidente s’élève : celle de Robert-Errol Bouchette qui prend conscience du rôle essentiel qui doit jouer l’industrie dans le développement du Québec. Dans son roman Robert Lozé, publié en 1903, ainsi que dans son essai intitulé L`Indépendance économique du Canada français, paru en 1906, il présente et défend ses positions avant-gardistes.

carte postale gaspésie

Gaspé, le rocher Percé, symbole de la Gaspésie, carte postale ancienne

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