Histoire du Québec

Expéditions militaires

Expéditions militaires

Expéditions militaires

De nombreuses expéditions des Français et des Abénakis contre la Nouvelle-Angleterre eurent lieu et on en trouve le récit dans l’Histoire des Abénakis de l’Abbé Maurault.

Par exemple, pour venger le massacre de Lachine, qu’on attribuait aux instigations des Anglais, Louis de Frontenac mit trois expéditions sur pied, pendant l’hiver de 1689-1690, à Montréal, aux Trois-Rivières et à Québec, pour fondre par trois endroits à la fois sur les ennemis.

La seconde expédition, composée de vingt-cinq Canadiens et d’autant de Sauvages, partit de Trois-Rivières le 28 janvier 1690. François Hertel en avait le commandement. Après une pénible marche de deux mois par les vallées des rivières Saint-François et Connecticut, les guerriers parvinrent, le 27 mars 1690, au bourg de Salmon-Falls. Ce village était défendu par une maison fortifiée et par deux forts de pieux. Hertel attaqua aussitôt tous les ouvrages à la fois, qui furent prise de vive force. Il y eut trente personnes de tuées. Le commandant fit cinquante-trois prisonniers, mit le feu aux maisons et se retira. Mais la campagne était maintenant toute en armes. Vers le soir, un corps d’environ cent cinquante Anglais de Portsouth se présenta pour lui couper la retraite. Hertel avait un pont étroit qu’il fallait passer pour l’atteindre. Les Anglais, méprisant le petit nombre de ses gens, s’y engagèrent avec assurance. Lorsqu’il jugea qu’ils s’étaient assez avancés, Hertel les chargea l’épée à la main, et dix-huit ennemis tombèrent morts ou blessés. Les autres tournèrent le dos. La Fresnière, le fils aîné de Hertel, fut blessé et Crevier, son neveu, resta parmi les morts (Garneau, Histoire du Canada, éd. 1920, I, p. 373-374).

En 1748 lors d’une de ces expéditions périt Joseph Hertel, fils de Joseph Hertel et de Suzanne Blondeau, de Saint-François. Le 30 mai 1748, soixante Iroquois du Sault-Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes, catholiques tous, et dix Canadiens partaient de Montréal pour aller ravager les établissements de la Nouvelle-Angleterre. Ils étaient sous le commandement de Jumonville, qu’assistaient comme seconds le jeune Joseph Hertel, fils de Joseph Hertel et de Suzanne Blondeau, de Saint-François; et un cadet nommé L`Épervanche. Joseph Hertel, qui n’avait pas encore seize ans, en était à sa sixième campagne contre les Anglais.

L’expédition s’attaqua à trois forts anglais, mais rencontra une forte résistance de la part d’un parti ennemi. Le 26 juin, ils étaient de retour à Montréal, avec cinq chevelures, n’ayant pas eu le temps d’enlever celles de neuf à dix autres Anglais qu’ils avaient tués également. Deux Iroquois et Hertel étaient restés sur le champ de bataille. Les circonstances de la mort du jeune homme nous sont connues par une lettre de son père au marquis de la Galissonière, gouverneur du Canada. Voici le texte de cette lettre en entier :

« Monsieur,

Permettez-moi, s’il vous plaît, de rendre compte de ce que j’ai appris de plus juste de la mort de mon pauvre enfant. On m’avait dit à Montréal que les Abénakis étaient les plus instruits de son sort. Ils m’ont assuré devant le Révérend Père Aubery que, ne voulant point abandonner son camarade Iroquois tué à ses côtés qu’il ne fût retiré du champ de bataille, quoiqu’on lui dit qu’il y avait du risque. Il reçut un coup dans le haut de la cuisse gauche dont il plia seulement, se redressa et tira son coup à son ennemi, se mit en devoir, quoique son sang coulât beaucoup, de recharger et pendant ce temps reçut un coup au corps, au défaut du paleron, dont il tomba. Peu de temps après ils l’entendirent faire un cri, comme d’un homme dangereusement blessé, et enfin il en poussa un second entrecoupé qu’il ne put achever. Or, comme il était environné de Sauvages anglais, ils jugent qu’ils lui coupèrent la tête dans ce moment, parce qu’ils firent sur lui le cri de mort.

Vous voyez, Monsieur, que je n’ai plus d’espérance que dans les cinq qui me restent, que j’ai l’honneur de vous recommander, à mesure qu’ils deviendront en état de servir. J’ai même très lieu d’être content du soin que vous en avez pris jusqu’à présent. Ils promettent beaucoup. Vous avez vu de quelle façon le cadet a pris la chose. J’ose me flatter que vous voudrez bien informer la Cour du peu de mérite d’un aîné de famille, tué à l’âge de quinze ans et demi, dans sa sixième campagne aux anglais depuis le quinze de mars au vingt-deux de novembre. Sa perte, n’étant triste qu’au père et à la mère, pourrait, comme bien d’autres, être de quelque utilité à ceux qui le suivent, s’ils marchent sur ses traces.

C’est la grâce qu’attend de Monsieur le Général, dans aquele le pays trouve tant de justice, celui qui a l’honneur d’être avec un très profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Hertel, à Saint-François, ce 10 juillet 1748 ».

(Les cinq survivants mâles étaient Joseph-Étienne Hertel, qui fut officier dans les troupes de Louisbourg; Pierre-Antoine Hertel; Joseph-Hippolyte Hertel, qui fut employé au Département des Sauvages et qui était marié à une Leconte-Dupré; Louis-Joseph Hertel, qui fut lieutenant dans les troupes de la marine; et Jean-Baptiste Hertel. Il y avait d’ailleurs une fille, Françoise-Catherine, qui épousa, en février 1778, Ignace de Salaberry, père du héros de Châteauguay, Charles-Michel de Salaberry, marié lui-même à Marie-Anne Hertel de Rouville).

Le marquis de la Galissonnière transmit cette lettre au ministre, le 8 novembre suivant, en lui disant : « Je ne puis refuser au M. Hertel de St. François de vous écrire en sa faveur et en celle de sa famille à l’occasion de la mort de son fils, que j’avais fait cadet dans les troupes au commencement de l’hiver et qui a été tué ce printemps à la sixième excursion qu’il faisait sur les terres ennemies, dans lesquelles il avait donné des preuves de valeur. J’ai donné sa place à son frère, mais c’est une faible récompense, et j’espère que vous voudrez y ajouter quelque grâce. »

(D’après Histoire de Saint-François-du-Lac, éditions du collège Dominicain, 95 Avenue Empress – Ottawa 1942).

Les expéditions ne s’arrêtèrent pas là, au contraire, elles continuèrent jusqu’à la disparition de la Nouvelle-France. En juin 1758, satisfait de l’aide que les Abénakis de Saint-François lui avaient apportée l’année précédente à la prise du forte George, le général Montcalm pensa à eux pour une nouvelle expédition et se proposa d’aller leur chanter la guerre. Le général écrivait à sa femme, le 19 février 1758 : « J’ai été cet hiver faire même cérémonie chez les Hurons et ce printemps j’irai chez les Abénakis. Ces Sauvages m’aiment beaucoup; en vérité je leur trouve plus de vérité, de franchise souvent, qu’à ceux qui se piquent de polices ». Il vint donc en personne, mais à ce moment-là tous les guerriers abénakis étaient à la chasse dans les bois, et il ne put les voir. Alors quand ils revinrent, il était déjà parti pour Carillon, le 24 juin 1758. Le marquis de Vaudreuil s’empressa de les envoyer l’y rejoindre, mais ils arrivèrent la bataille terminée. Montcalm les éconduisit. Ils en furent contrariés et ne manquèrent pas de se plaindre à de Vaudreuil.

Un peu plus tard, au début d’octobre 1759, les Abénakis furent en partie massacrés et leur village sur les rives de la Saint-François réduit en cendres par le major Robert Rogers, des forces britanniques. Ce coup fut perpétré pour les punir de leur «perfidie » dans l’arrestation de deux officiers anglais que leur avait envoyés le général Amherst pour leur proposer de rester neutres, en même temps que pour venger toutes les captures et toutes les expéditions contre les terres anglaises.

cour du musée stewart

Soldats d'une compagnie franche de la marine cantonnés sur l'île de Sainte-Hélène, font des exercices de tir aux fusils à silex en se préparant à partir en une expédition punitive contre les Iroquois. Photo en couleurs, prise vers la fin du XVIIe siècle à Ville-Marie par un sergent de cette compagnie

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