Histoire du Québec

Épidémie de variole

Épidémie de variole

Épidémie de variole

L’année 1885, c’est l’année de la variole (la petite vérole) au Québec.

Le 28 février 1885, un contrôleur de train en provenance de Chicago est admis à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Il est atteint de la variole et les sœurs hospitalières le mettent en quarantaine, mais le mal se répand très vite et les virus portés par le contrôleur d’un train s’en prennent à la population francophone des quartiers défavorisés de l’est de Montréal.

La plupart des journaux réclament des mesures coercitives comme l’isolement des malades et la vaccination obligatoire, mais d’autres parlent de l’hystérie et de la panique non justifiée.

La variole pourtant arrive à son sommet en septembre, quand jusqu’à trente personnes par jour succombent à la maladie. Le conseil municipal de Montréal décrète donc la vaccination obligatoire.

Mais dans un climat survolté par l’affaire Riel, la politique entre en jeu et certains journaux anglophones, dont le Herald de Montréal, le Star et la Gazette, ne se gênent pas pour traiter les Canadiens français de malpropres et d’arriérés et de malpropres, tandis qu’un partie de la presse francophone dénonce ces mesures autoritaires comme une agression ouverte à l’endroit des Canadiens français (et pourtant, toutes les quartiers de la ville sont soumis à la même loi et les mêmes obligations).

La presse multiplie les provocations et des manifestants francophones vont briser les vitres du Herald lorsque ce dernier attribue l’épidémie à la malpropreté des Canadiens français.

Le conseil municipal hésite à prendre d’autres mesures sous crainte d’une rébellion. Des médecins vont de porte en porte pour vacciner mais le public refuse de les recevoir.

Alors, le propriétaire-éditeur de The Gazette, Richard White, et l’éditeur du Star, Hugh Graham, attaquent les autorités municipales accusées de ne rien faire. Appuyés par les hommes d’affaires, White et Graham conduisent des délégations à l’Hôtel de ville de Montréal et Hugh Graham est nommé à la tête d’un comité d’isolement des malades. White, quant à lui, devient le responsable d’un comité de vaccination.

Dans ce contexte du conflit ethnique qui sévit, au moment où l’agitation en faveur de Riel s’amplifie un peu partout au Québec, ces nominations de deux ultras ne sont pas très heureuses. Des émeutes contre la vaccination et la quarantaine éclatent.

Les 28 et 29 septembre, la foule assiège le Bureau de santé du faubourg de l’Est et y met le feu. Ensuite la foule va chahuter le Herald et on y brise les vitres. Les émetteurs vont menacer les maisons des médecins vaccinateurs dont celle de l’ex-maire Hingston. Lorsque les bagarres éclatent, le chef de police de Montréal est blessé.

Alors le propriétaire du journal The Gazette, Richard White, demande l’intervention de l’armée. Le maire Honoré Beaugrand, alité (il souffre d’asthme), court à son bureau et consigne 600 militaires. Il émet une déclaration, dans laquelle le maire invite les citoyens à ne pas sortir le soir et à ne pas gêner l’action de la police.

Des manifestations reprennent malgré la proclamation du maire. Les cavaliers sont accueillis par des jets de pierre dans les quartiers ouvriers. Le 19 septembre, la vaccination obligatoire provoque une émeute, suivie de la deuxième, le 28 septembre.

La variole fait rage et dans la semaine du 26 septembre au 2 octobre, elle cause 400 décès. Le maire Beaugrand accepte d’imposer l’isolement des malades et la vaccination. Montréal est mis en quarantaine: les commerces et les théâtres ferment, les parc sont déserts, les rues vides.

La vaccination en masse débute, mais la police doit accompagner chaque médecin vaccinateur et les attaques contre les médecins multiplient.

Honoré Beugrand est franc-maçon et anticlérical, mais en face des circonstances, il est contraint de solliciter l’appui de l’Évêché et Mgr Fabre accepte de faire lire au prône une note engageant les fidèles à se laisser vacciner et un circulaire du Bureau de santé expliquant le caractère inoffensif de la piqûre. Pour donner l’exemple, l’évêque et quelques autres membres du clergé se font vacciner (Mgr Fabre se fait vacciner deux fois en public !) Ainsi la presse protestante anglophone et le clergé catholique exhortent la population à se faire vacciner, tandis que plusieurs journaux francophones parlent d’hystérie anglophone.

Comme pour donner raison aux opposants à la vaccination, des lots de vaccins s’avèrent contaminés et on doit suspendre la vaccination pendant quelque temps.

Mais au début du mois de novembre, un incident déclenche une autre émeute, de proportions beaucoup plus importantes cette fois : un père de famille qui réside dans un quartier défavorisé, ouvrier francophone, résiste arme à la main à un employé du bureau de santé venu chercher ses enfants malades et les conduire à l’hôpital. Ensuite, la famille se barricade à l’intérieur de leur domicile.

Devant cette situation, le maire ordonne une intervention policière massive pour sauver les enfants malades et prend la tête des opérations, bravant la population hostile.

Le frère aîné de l’enfant atteint de la variole, tire des coups de feu. La police répond aux coups de revolvers pour se défendre et la maison est prise d’assaut, mais un des enfants malades meurt.

Honoré Beaugrand est accusé par les médias d’avoir causé cette mort par cette violation de domicile et par la brutalité policière. Plusieurs journaux francophones l’accusent même de prendre partie des anglophones et le débat autour de la vaccination prend l’allure d’un conflit ethnique, même si parmi les adeptes et les médecins vaccinateurs et anti-vaccinateurs on trouve aussi bien des anglophones que des francophones.

Mais le maire Beaugrand ne désiste pas et la vaccination suit son cours. En février 1886, les élections municipales ont lieu à Montréal, et les libéraux l’appuient pour la réélection. Honoré Beaugrand est réélu par une majorité confortable ce qui prouve que la population de la ville a compris ses raisons d’agir. L’année 1886 sera plutôt tranquille et  l’heure est à la reprise économique.

Cette terrible épidémie de variole emporta plus de 2500 Montréalais.

variole

Une charrette dans laquelle on embarquait les enfants infectés, afin de les mettre en quarantaine. Photo : Antonio Pierre De Almeida, 1885, aucune licence nécessaire, photographie du domaine public

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1 commentaire

  1. Jacques Lachapelle

    2012/12/04 at 7:54

    Vos recherches sont incomplètes aucune mention du Dr. Emma-
    nuel Persillier-Lachapelle.

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