Histoire du Québec

Les duels au Québec

Les duels au Québec

Les duels et les batailles

Par Hector Berthelot

Nos grands-pères étaient très chatouilleux sur le point d’honneur et les rencontres singulières étaient assez fréquentes. De 1834 à 1837, les esprits étaient surexcités par les articles passionnés de la presse libérale et les discussions acerbes entre adversaires politiques amenaient souvent soit un duel en règle, soit une rencontre à coups de canne ou à coups de poing.

En 1836, il y eut une bagarre assez sérieuse dans le Théâtre de Molson, situé à l’endroit où s’élève aujourd’hui l’aile est du marché Bonsecours. Le rideau venait de se baisser à la fin d’une représentation et l’orchestre jouait l’air de God save the King, air de rigueur à la fin de toute soirée dramatique ou musicale. Il y avait, dans le parterre, l’élite de la jeunesse du temps et plusieurs officiers du régiment en garnison à Montréal.

Aux premières notes de l’hymne national de la Grande-Bretagne, les militaires s’étaient décoiffés et, voyant que plusieurs patriotes restaient impassibles aux accords de cette musique loyale, ils voulurent les forcer à ôter leurs chapeaux. Il y eut une véritable mêlée dans le parterre, les coupe de cannes pleuvaient drus comme grêle, les banquettes furent désarticulées pour fournir des armes aux combattants. Il y eut des yeux au beurre noir, des nez grecs changés en nez camards et plusieurs figures mises en compote.

Un M. Rodolphe Desrivières, un bel homme au torse herculéen, marchand et membre du Club des Fils de la Liberté, qui ignorait ce qu’était la peur, était au plus fort de la mêlée et son poing s’abattait comme une massue sur les bureaucrates qui reprenaient un billet de parterre.

En cette occasion, il fut provoqué en combat singulier par le docteur Jones, chirurgien de l’armée anglaise. Le cartel fut accepté sur le champs et la rencontre eut lieu sur la rue Notre-Dame, devant l’ancienne église anglicane, bâtie à l’endroit où se trouve actuellement le magasin de MM. Lavigne et Lajoie (il s’agit de Christ Church, sise peu à l’ouest de la rue Saint-Laurent. Cet temple fut incendié le 9 décembre 1856).

Le combat se fit à coups de poings et dura peu de minutes. L’avantage resta au Canadien qui mit son adversaire en marmelade. Disons, en passant, que Desrivières était renommé par sa force prodigieuse. Plus tard, des propos un peu aigres, échangés, au tribunal, entre deux avocats, M. W. C. Meredith, aujourd’hui juge de la Cour Supérieure et M. James Scott, amenèrent un duel sérieux.

Les deux adversaires se battirent avec des pistolets d’arçon, au pied de la montagne. M. Scott but blessé à la cuisse, blessure qui le rendit infirme pour le reste de ses jours (l’honorable Meredith est mort en 1894, quant à l’avocat Scott, il a été inhumé le 6 juin 1852).

En 1839, M. Robert Sweeney, inspecteur des potasses, provoqua en duel le major Ward, du 71e régiment Royal, pour venger l’honneur de sa femme. La rencontre eut lieu dans un bocage sur la rivière Saint-Pierre, avec les armes à feu.

La balle de Sweeney traversa le cœur du major. Celui-ci, lorsqu’il fut atteint par le plomb mortel fit un saut de trois ou quatre pieds en l’air et retomba foudroyé sur le terrain. Une cinquantaine de personnes, dont plusieurs vivent aujourd’hui, ont été témoins de ce duel, qui eut lieu le 22 mai 1838 près d’un hippodrome sis à l’ouest de la rue de l’Église, ville de Verdun. M. Ward était du régiment des Royals et M. Sweeney était capitaine dans un bataillon de volontaires.

Peu de temps avant la rébellion de 1837, il y eut un duel entre M. Ludger Duvernay (l’un des fondateurs de la Minerve et fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste) et M. C. C. Sabrevois de Bleury. Ce dernier était un patriote qui avait apostasié la cause libérale pour devenir bureaucrate. La Minerve l’avait vertement tancé pour sa défection, ce qui eut pour résultat un cartel en règle. Duvernay accepta le combat et se rendit sur le terrain.

De Bleury avait eu plusieurs années de salle et passait pour un tirer redoutable. Duvernay, qui était novice au pistolet, manqua son adversaire et reçut une balle dans la cuisse.

Pendant les polémiques ardentes entre l’Avenir et la Minerve, MM. Joseph Doutre et Georges E. Cartier se rencontrèrent sur le terrain, mais le duel n’eut pas lieu à cause de l’intervention opportuné de la police (J. Doutre était un avocat fameux né à Beauharnois en 1825, mort à Montréal, en 1886. Sir G-E Cartier, un des grands hommes d’État du Canada, né en 1814, mort en 1873).

Parmi les duels du bon vieux temps où il n’y eut pas de sang versé, nous mentionnons ceux de M. Ramsay et Labrèche-Viger, Dessaules et Morin, et last but not the least, Globensky et Mathieu (on n’a aucun renseignement sur ce duel, sinon que les deux adversaires devaient être des dentistes bien connus de l’époque).

(Note de E.-Z. Massicotte : L. Labrèche-Viger, avocat, rédigea l’Aurore des Canadas pendant quelque temps. Il est possible que son adversaire ait été Thomas-K. Ramsay, plus tard juge et qui est décédé en décembre 1886. Quant à l’honorable Louis-Antoine Dessaules, greffier de la paix de 1870 à 1876, il est mort en France, tandis qu’on pretend que son adversaire était l’honorable Louis-Sméon Morin, brillant politicien, né en 1832 et qui, à l’âge de 30 ans, faisait déjà ârtie du cabinet Cartier-Macdonald).

En 1858, M. Fournier, rédacteur du National de Québec, eut un duel sur les Plaines d’Abraham avec M.  Vidal, rédacteur du Journal de Québec. M Fournier essuya le feu de son adversaire et déchargea son pistolet en l’air (Note de E.-Z. Massicotte : Ce duel n’eut pas lieu à Québec, mais sur la frontière américaine. M. Thoms Côté a raconté cette affaire fameuse dans tous ses détails, dans le Glaneur de Lévis, 1890, page 108 et seq. L’un des adversaires, l’honorable Télesphore Fournier est mort juge de la Cour Suprême, en 1896, après avoir été ministre dans le cabinet Mackenzie, en 1873. L’autre, Michel Vidal, eut une carrière accidentée. Étant passé à la Louisiane, il y devint influent, fut envoyé en congrès, puis chargé de missions diplomatiques. Finalement, vers 1885 ou 1886, il vint s’échouer à la rédaction de l’Étendard, à Montréal, où nous étions reporter. Depuis, nous avons perdu sa trace).

Parmi les combats singuliers qui eurent beaucoup de retentissement à Montréal, en 1836, nous avons oublié de mentionner la rencontre à coups de poings sur le Champ-de-Mars, entre M. Alfred Rambeau et Norbert Dumas. Ce fut une partie de boxe en règle, en présence d’une centaine de personnes.

L’avantage resta à M. Rabmeau qui fit passer un mauvais quart d’heure à son adversaire. On parla longtemps, à Montréal, de ce duel célèbre. La victime de M. Rambeau fut le sujet d’une chanson composée par un M. Amyot, typographe français à la Minerve, un drôle de pistolet qui se promenait en habit à queue et en chapeau de castor pendant les froids noirs de janvier. La chanson eut beaucoup de vogue. Elle avait été composée sur l’air de gai lon là, gai le rosier. Voici un couplet de cette chanson :

Et pendant une semaine
Dumas s’était soulé,
Buvant à gorge pleine
Avec de Lorimier,
Gai, lon là…

20 novembre 1884

Par Hector Berthelot. Le recueil Le vieux bon temps, compilé, revu et annoté par E.-Z. Massicotte, publié par la Librairie Beauchmein Limitée, Montréal, 1924.

chapelle de bonsecours

Chapelle de Bonsecours de Montréal. Photo : © GrandQuebec.com

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