Histoire du Québec

Le dirigeable Von Hindenburg

Le dirigeable Von Hindenburg

Le dirigeable Von Hindenburg

Le Von Hindenburg au-dessus de Québec

Le gros dirigeable allemand a passé au-dessus de la ville de Québec vers huit heures, hier soir (1er juillet 1936). – Son voyage à travers la province n’avait pas été annoncé, mais la nouvelle se répand avec une grande rapidité. – Des milliers de personnes envahissent tous les points stratégiques pour le voir- Un magnifique spectacle – Vol à une altitude de trois à quatre mille pieds

La curiosité québécoise a bénéficié d’une aubaine extraordinaire, hier soir, lorsque le plus gros aéronef du monde est venu faire une courbette à la vieille capitale.

La venue du « Hindenburg » fut annoncée par les ondes moins d’une heure avant son passage ici. Dès les premières nouvelles, ce fut une ruée vers les points culminants de la ville. La Terrasse et la Citadelle devinrent grouillantes de têtes levées vers l’azur. Les fenêtres et les toits se garnissent également de grappes humaines. Et tout le long des Plaines d’Abraham, principalement dans les environs de la Terrasse Grey, la foule s’allongea en un épais cordon multicolore.

« Le voilà! C’est lui! » Au-dessus de l’Ile d’Orléans, quelque chose commençait à prendre forme. Il était environ huit heures. Ce n’était alors qu’une tache noire, un peu allongée, apparemment immobile. Mais la tache grossissaient, s’allongeait et se précisait.

La foule était haletante. Tout ce qu’il y avait à Québec de lunette d’approche était braqué sur cette merveille volante. Les foules grossissaient toujours.

La carapace d’aluminium commençait à flamber aux derniers rayons du soleil. On distinguait nettement, alors, le concours, les moteurs et la nacelle. Un ronflement assourdi nous parvenait par moments et l’on voyait maintenant avancer le Hindenbourg.

Il suivait la route du fleuve Saint-Laurent. Un peu lourd, un peu monstrueux, fantasque par son énormité même, il glissait avec une prétentieuse élégance. Doublant la pointe de Lauzon, il révéla soudain à la foule les deux croix gammées qui rutilaient sur le gouvernail de direction.

« En voilà un qui a un drapeau et qui ne le met pas dans sa poche » observe un spectateur.

On peut lire à l’oeil nu, maintenant, le mot « Hindenburg » qui se détache en noir sur le flanc du navire. Il passe au-dessus de nos têtes et les spectateurs en ont bouche bée. La plupart admirent, silencieux. D’autres échangent des observations.

– « C’est ça qui vous bouche un pan d’horizon » dit quelqu’un.

– « Il ne doit pas être à plus de 150 pieds de terre, penses-tu?», dit l’autre.

En réalité, le « Hindenburg » passe à 3,000 pieds d’altitude. Au-dessus de Saint-Pierre de l’Ile d’Orléans, il était à 4,200 pieds de terre. C’est donc une courbette qu’il nous fait.

Chacun en a plein les yeux. On a la sensation qu’il nous glisse entre les mains. C’est à peine si l’on entend le ronflement des moteurs. Comme il passe rapidement en vue de la Terrasse, les gens se bousculent et partent dans la direction de la Citadelle, comme s’il était possible de le suivre. Mais [illisible] après plus rien.

« Quelle merveille! » Les curieux commencent maintenant à se communiquer leurs impressions. La foule commence à se disperser amis un courant contraire se maintient dans la direction de la Terrasse: c’est la parade des retardataires, de ceux qui n’ont pas appris la nouvelle assez tôt et qui étalent à pleins yeux leur désappointement. Ce sera pour le prochain voyage, quoi!

Les premiers signaux

Le « Hindenburg », apparemment, n’avait averti personne de sa visite au Canada. Parti de Francfort, Allemagne, à 12 heures 29 A.M. mardi, il se dirigeait vers Lakehurst, New-Jersey. C’était son quatrième voyage en Amérique et il avait pris l’habitude de filer tout droit aux États-Unis.

Les dépêches nous disent que la route du Saint-Laurent a été suivie, cette fois, pour donner à l’un des passagers, chef du service aérologique allemand, l’occasion d’observer les conditions atmosphériques en dehors de la ligne ordinairement suivie par le dirigeable.

C’est le capitaine Ernst Lehman qui commandait. Le docteur Hugo Eckener, qui avait piloté au cours des autres voyages, n’était pas à bord.

Le vaisseau portait 21 passagers seulement. C’est la plus petite liste de voyageurs qui ait été enregistrée depuis l’institution du service commercial du « Hindenburg ». Il porta aussi une petite cargaison de fret et de malle.

Son passage fut signalé pour la première fois à Shelter Bay à 250 milles de Québec, à 3 heures 05 de l’après-midi. Une dépêche laconique transmise au Service des Signaux disait qu’un dirigeable avait été vu au-dessus de cette ville. Le message eut pour effet de rendre fort perplexe le personnel du Service.

Mais à 4 heures 20, voici qu’un nouveau message signale le passage du « Von Hindenburg » à Bersimis. Il fallait se rendre à l’évidence. Le dirigeable fut ensuite aperçu aux endroits suivants :

  • Matane 4 heures 30
  • Pointe-Au-Père 5 heures 30
  • Île Bicket 6 heures 20
  • Baie Sainte-Catherine 6 heures 45
  • Cap-aux-Saumons 6 heures 50
  • Île-aux-Grues 6 heures 40
  • St-Jean, Île d’Orléans 7 heures 50

Le poste de sans-fil de la compagnie Marconi, à Lévis, lança un premier salut au personnel du dirigeable en se servant des lettres d’identification du poste du « Von Hindenburg », DAKKE, à 6 heures 20. On lui répondit aussitôt, l’informant que le dirigeable filait à une vitesse de 65 milles à l’heure et à une altitude relativement basse. M. J.-E. Glegg, surintendant de la station Marconi, communiqua trois ou quatre fois avec l’opérateur de sans-fil du dirigeable. Au-dessus de Montmagny, on l’informa que le « Hindenburg » voyageait maintenant à 90 milles à l’heure.

À Québec

Il était 8 heures 08 lorsque le vaisseau passa au-dessus de Québec. Sa vitesse était alors considérablement ralentie. Il filait à 40 milles à l’heure, environ. A 8 heures 15, il se trouvait exactement au-dessus de la résidence du Lieutenant-Gouverneur, à Spencer Wood. A ce moment, les moteurs se mirent à gronder et le dirigeable reprit sa vitesse normale. Il survola l’aéroport du bois Gomin et obliqua un peu vers l’ouest.

Il ne passa pas exactement au-dessus du pont de Québec. Il survola la station de péage, du côté nord, probablement pour permettre aux voyageurs de mieux admirer notre merveille d’acier.

À 9 heures 07, le Hindenburg était aux Trois-Rivières et à 10 heures 10, il atteignait la Longue-Pointe. Il contourna Montréal vers 10 heures 15 et de là, se dirigea tout droit vers Lakehurst.

(Paru dans L’Action catholique, 2 juillet 1936).

PS – Rappelons que dix mois plus tard, le Hindenburg sera détruit dans un incendie à Lakehurst, New Jersey.

dirigeable von hindenburg
Long de 245 mètres, porté par 200 000 m3 d’hydrogène, le dirigeable Hindenburg assurait des vols transatlantiques réguliers Francfort – Lakehurst en 60 heures (127km/h). Photo : Auteur inconnu, 1936, image du domaine public

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