Histoire du Québec

Colonisation

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Nous publions aujourd’hui une jolie page sur la colonisation, extraite du rapport de M. Chas. Guérin, 1902.

Dans l’arrière-pays de Montréal, par delà les montagnes qui en obstruent la route, au centre d’une forêt vierge d’une richesse incomparable, vit une population héroïque, qui agrandit lentement le domaine de notre province.

Le pays que ces braves défricheurs envahissent est peu connu : les courageux pionniers sur l’énergie desquels nos gouvernements comptent pour le développement des richesses agricoles du pays, ne le sont pas davantage. Il faut visiter ces belles régions, ces forêts touffues, recelant une terre d’une fertilité inouïe, longer nos superbes rivières et nos milliers de lacs poissonneux, pour se faire une idée de la valeur de cet arrière-pays et se convaincre de la nécessité, de la part du gouvernement, d’appuyer l’oeuvre patriotique de ces modestes travailleurs du sol.

La colonisation est aujourd’hui une question capitale, pour notre province. Tout le monde en parle et plus on l’agitera, plus l’on aura de chance de la voir résolue.

Le nord-ouest de Montréal en plusieurs régions, est méconnu des trois quarts des habitants de notre province; l’on en ignore les beautés, comme l’on ignore le rôle sublime des premiers défricheur qui l’ouvrent à la colonisation. Cependant, le gouvernement actuel semble comprendre, aujourd’hui, ce que réserve de richesses forestières et agricoles cette immense contrée et faire des efforts sérieux pour favoriser les colons qui s’y établissent.

Les trois grandes régiones du Nord-Ouest de Montréal sont :

1. Celle de Labelle, divisée en trois vallées principales. La vallée de la Diable, comprenant les cantons déjà établis d’Archambault, Wolfe, Clyde, Amherst Addington, Montcalm, Salaberry et Grandison, avec Saint-Jovite comme centre d’affaires.
2. La vallée de la Rouge, qui comprend les cantons Joly, Labelle, Minerve, Lesage, Loranger, Lynch, Marchand, Mousseau, Turgeon, Rochon, Montigny et Boyer, avec Saint-Ignace du Nominigue comme chef-lieu.
3. La vallée des rivières Kiamika et du Lièvre la plus riche de toutes, comprend les cantons Kiamika, Bouthillier, Campbell, Robertson, Pope, Wurtele, Gravel et Moreau. Le Rapide de L’Orignal en est le chef-lieu.
La position du colon

J’ai visité les colons que l’on peut classer en trois catégories : le colon à son début, le colon qui commence à retirer les béméfices d’une couple d’années de labeur, et le colon arrivé au succès.

Je dis sans farder les choses que le colon qui s’enfonce dans la forêt et qui entreprend le défrichement d’une terre, doit s’attendre à rencontrer bien des difficultés, à voir son courage bien souvent fléchir devant la tâche ardue qu’il s’impose. Il lui faut tout d’abord « éfardocher », c’est-à-dire faire la clairière, puis abattre les arbres qu’il coupe en longueurs, et auxquels il met le feu. Après que l’incendie a détruit les feuilles et les branches, le colon « log », c’est-à-dire qu’il met en tas toutes les pièces de bois noircies qu’il fait brûler de nouveau.

Il faut, pour se faire une idée de leur sublime mission, voir ces hommes courageux à l’oeuvre, noircis par les cendres de ces abattis, travaillant sans relâche, n’ayant qu’un but, celui de se créer un domaine; visiter ces très modestes « cases » où s’entasse, le soir, la journée finie, toute la famille pour prendre le modeste repas du soir et jouir de quelques heures de repos.

Dans une foule de ces chantiers en bois rond, il n’y a qu’une vitre pour donner de la lumière à l’intérieure du réduit où l’on pénètre en se courbant par une porte très basse. Une table rustique, un ou deux bancs et quelques bûches comme sièges, un lit et un poèle forment l’ameublement. Nous oublions une chose, c’est le berceau; il n’y a pas de logis qui n’ait son berceau et son enfant chez nos colons du Nord!

Je n’avais jamais visité d’habitation aussi primitive, aussi que ne cache pas que je me suis senti ému jusqu’aux larmes en voyant la femme courageuse, qui fait l’ornement de ces logis, exhiber avec orgueil tout un essaim de petits enfants; j’ai eu la curiosité d’interroger ces excellentes mères de famille, et voici la réponse qui m’a été faite :

«  Mais, monsieurs, pourquoi nous ennuierions-nous? Nous vivons dans le calme; nous élevons bien nos enfants, nous leur apprenons l’amour du travail; et puis, après tout, nous mangeons à notre faim le plus souvent, et chaque jour nous rapproche de l’époque où nous pourrons retirer les bénéfices des sacrifices que nous faisons. Notre voisin a passé par les mêmes difficultés, il est presque riche aujourd’hui, pourquoi n’arriverions-nous pas comme lui? »

Dès la seconde année de son établissement, le colon peut récolter du sarrasin, de l’avoine, des pommes de terre, et chaque nouvelle saison voit la forêt reculer sous ses coups de hache. La situation du colon, sans être fort enviable, n’est donc pas, non plus, digne de toute la pitié qu’un visiteur peut ressentir, à première vue.

C’est si bien le cas que tel colon, et l’on pourrait en citer un très grand nombre, qui n’eut les débuts les plus pénibles, se voit aujourd’hui, après cinq ou six ans de travail et de sacrifices, dans une situation de fortune relativement considérable. Du reste, généralement, le colon se trouve heureux, puisqu’il l’affirme. Mais un conseil que l’on devrait donner à tous ceux qui veulent s’établir sur des terres nouvelles est celui-ci : Ne partez jamais sans avoir des provisions pour quelques mois et une somme d’argent de $200 ou $300. Avec ces précautions un colon est toujours sûr de réussir, s’il est courageux et déterminé.

L’une des conditions essentielles du succès pour celui qui veut se faire colon est le choix de la localité. Le Nord-Ouest de Montréal renferme des terres riches, si bien boisées, si variées quant à la conformation générale du sol, embellies par de si nombreux lacs et cours d’eau qu’il est assez difficile de faire un choix judicieux. Cependant, en usant de beaucoup de prudence, en se basant sur l’opinion d’experts, l’on peut arriver à fixer avec profit pour soi-même la localité la plus propice à un établissement de colonisation.

Note : On parlera plus tard de chaque canton en particulier :

  • Quand et comment s’y rendre,
  • Les moyens de subsistance,
  • Facilités de transport, ménage, instruments, coût du fret, etc.,
  • Les conditions de la vente,
  • Le capital qu’il faut apporter,
  • Comment coloniser,
  • Le choix d’un lot,
  • Comment défricher,
  • Conditions de succès,
  • Qui doit s’établir sur les terres boisées.

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Image: GrandQuebec.com

1 commentaire

  1. Sergey

    2016/12/01 at 1:23

    Quebec ne dispose pas des capitaux necessaires pour developper ces industries, il doit mettre en place un environnement legislatif favorisant les investissements etrangers et il doit accepter que son economie soit partiellement controlee par des etrangers.

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